L’Office des Changes (OC) vient de publier les indicateurs mensuels des échanges extérieurs à fin août 2026. Ces statistiques affichent un déficit commercial record de 283 Mds DH en augmentation de 25% par rapport à 2025 et un taux de couverture des importations par les exportations qui perd 3,5 points et chute à 54,2%, durant cette période. Cette situation attise les tensions sur le marché des changes où la valeur du Dirham recule de 6% par rapport au Dollar et 4% face à l’euro.
D’après le bulletin de l’OC, les échanges commerciaux de marchandises marquent une aggravation du déficit de la balance commerciale durant les huit premiers mois de l’année 2026. L’aggravation de ce déficit est liée aux tensions géopolitiques au Moyen Orient et l’envolée des prix de l’énergie, du transport international et des assurances. Ainsi, les importations de biens augmentent de 15,8% atteignant 618 Mds DH à fin août 2026 (+85 Mds DH).
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Cette situation s’explique par l’évolution des produits finis d’équipement qui ont progressé de 19,3% à 149 Mds DH. Elle s’explique aussi et surtout par le poids de la facture énergétique qui s’est alourdie de 32,6%, à 96 Mds DH (+24 Mds DH). En 3ème position, il y a le poste des Produits bruts dont la facture a augmenté de +63,3% atteignant 46 Mds DH, une facture aggravée par le doublement du prix du soufre sur le marché international dont le géant marocain des phosphates et des engrais OCP importe 6,7 millions de tonnes par an. Selon l’OC, le prix moyen à l’importation du soufre a bondi de 182% entre janvier et juillet 2026.
En parallèle, les exportations s’améliorent de 8,7%, passant de 308 Mds à fin août 2025 à 335 Mds DH en 2026. Cette évolution s’explique par les performances du secteur automobile dont les exportations ont progressé de +14,5% à 116 Mds DH. De même, les exportations du secteur de l’agriculture et l’agroalimentaire ont progressé de +8,3% atteignant 65 Mds DH. Le secteur Aéronautique arrive en 3ème position avec un volume d’exportation qui a atteint 23 Mds DH, soit une progression de 21,5%.
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Bien que les ventes marocaines progressent de 8,7%, le rythme s’avère insuffisant pour compenser la dynamique des achats au reste du monde. Ainsi, l’envolée des exportations de 15,8% a généré un solde de la balance commerciale qui affiche un déficit abyssal de 283 Mds DH, en augmentation de 25,4% par rapport à 2025. Par conséquent, le taux de couverture se rétracte à 54,2%, contre 57,7% au titre de la même période en 2025. Par contre, au niveau des échanges de services la situation est plus satisfaisante, les importations de services ont progressé de +12,6% à 111 Mds DH et les exportations de services ont augmenté de +11,7% à 230 Mds DH. Ainsi, la balance des services a dégagé un excédent de 118 Mds, en accroissement de +13,4% par rapport à fin août 2025.
S’agissant des autres composantes de la balance des paiements, les recettes touristiques ont progressé de +9,7% à 98 Mds DH à fin août 2026 et les transferts de fonds effectués par les Marocains Résidant à l’Étranger ont atteint 89 Mds DH, soit une progression de +9%. Et enfin, le flux net des Investissements Directs Étrangers a progressé de +65% à 34 Mds DH (+14 Mds DH), une hausse qui confirme la dynamique des capitaux étrangers orientés vers le Royaume, dans un contexte marqué par le renforcement de l’attractivité du marché marocain. De même, les investissements directs marocains à l’étranger affichent eux aussi une progression avec un flux net de 6,7 Mds DH, contre 2,4 Mds un an auparavant.
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Le solde du commerce extérieur au Maroc est impacté par le cours du dollar qui reste très élevé sur le marché international à cause de la hausse des rendements obligataires. En effet, les taux d’intérêt américains et les rendements des emprunts du Trésor ont fortement progressé dépassant 5%, attirant les investisseurs internationaux en quête de meilleurs rendements. Prenant le contrepied de ce que souhaitait Donald Trump, le Trésor américain (Fed) a relevé, le 16 septembre 2026, son taux directeur de 0,25 point de pourcentage pour s’établir à 5%. Une semaine avant, le 10 septembre 2026, la Banque centrale européenne (BCE) a relevé de 25 points de base son taux directeur qui s’établit aux alentours de 2,5% pour faire face aux pressions inflationnistes liées aux tensions géopolitiques et énergétiques. Au même moment, Bank Al-Maghrib a préféré le statu quo en maintenant son taux directeur à 2,25% lors de la 3ème réunion trimestrielle de son Conseil le 22 septembre 2026.
Du fait que le Dirham est rattaché à un panier de devises composé de 60% d’€uro et de 40% de Dollar, la hausse des cours de ces deux devises a eu un impact sur l’ampleur du solde du commerce extérieur. Dans son bulletin sur les Indices du commerce extérieur, le Haut-commissariat au plan (HCP) a indiqué que l’indice des valeurs unitaires à l’importation a enregistré une hausse de 10% au cours du T2 de 2026 par rapport au même trimestre de 2025. Cette évolution résulte principalement de la hausse des valeurs unitaires de l’énergie et lubrifiants de 53,1%, des produits bruts d’origine minérale de 97%, entre autres.
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Le renchérissement des biens importés et les fortes demandes du Dollar, ont généré des tensions sur le marché des changes marocain. En effet, la monnaie nationale a perdu près de 6% face au Dollars (7% depuis le début de l’année) et plus de 4% face à l’€uro, en deux mois seulement. Résultat, le Maroc paye plus cher ce qu’il achète à l’étranger avec une monnaie qui lui coûte davantage à convertir. Ainsi, le Maroc, économie largement importatrice, subit un double choc entre renchérissement des importations et dépréciation de notre monnaie, ce qui alourdit directement la facture en Dirhams. Des niveaux qui commencent à peser sur le portefeuille des ménages et potentiellement sur les comptes des entreprises.
Le communiqué de presse de Bank Al-Maghrib, suite à la réunion de son Conseil du 22 septembre dernier, reconnaît qu’après une appréciation de 2% de la valeur du Dirham en 2025, le taux de change effectif réel devrait se déprécier de 4,1% en 2026 et de 2% en 2027. Toutefois, les réserves des changes du pays, selon ce même communiqué, constituent un matelas de devises assez suffisant pour assurer 5 à 6 mois d’importation. Ce qui permet aux experts de conclure que le Dirham n’est pas en danger, il recule certes face aux principales devises, parce que le dollar est de plus en plus cher, mais il reste à l’intérieur de la bande de fluctuation de ±5% fixée par Bank Al-Maghrib.
