Le récent rapport, publié par le Fonds international de développement agricole (FIDA), évalue les transferts de fonds par les migrants à destination de pays à revenu faible ou intermédiaire à 729 milliards de dollars (MM$) en 2025, soit plus de 4 fois supérieur à l’aide publique au développement mondiale (APD) et plus élevé que les investissements étrangers directs (IDE) réalisés dans ces pays.
D’après ce rapport, intitulé ’’Sending Money Home 2026’’, chaque année environ 220 millions de migrants envoient des fonds vers leur pays d’origine, ce qui profite à quelque 1,1 milliard de proches. En 2025, le montant des transferts de fonds officiellement enregistrés vers les pays à revenu faible ou intermédiaire (PRFI) a atteint un niveau estimé à 729 MM$, faisant de ces flux l’une des sources de financement extérieur les plus importantes et les plus stables pour ces économies.
L’importance vitale des transferts de fonds dépasse leur simple volume : ils apportent un soutien matériel concret aux familles et à leurs communautés. Pour des millions de ménages, les transferts de fonds permettent de payer la nourriture, les soins de santé, l’éducation, le logement et d’autres dépenses courantes. Les enquêtes mondiales indiquent qu’en moyenne, environ 75% des envois de fonds familiaux sont consacrés aux besoins immédiats tels que l’alimentation, le logement et le règlement des factures. Les 25% restants, soit environ 180 MM$ par an, servent à bâtir un avenir plus sûr grâce à une meilleure éducation, une santé améliorée, l’épargne ainsi que l’investissement dans des actifs et des activités génératrices de revenus. Ces flux financiers permettent à la diaspora et aux travailleurs expatriés de garder un lien avec leurs familles et leurs communautés, par-delà les frontières et les continents.
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Selon les estimations dudit rapport, 233 MM$ d’envois de fonds mondiaux à destination des PRFI ont atteint les zones rurales en 2025, dont environ 22 MM$ ont été investis dans les systèmes agroalimentaires, un montant supérieur au total de l’APD consacrée à l’agriculture. Ces ressources témoignent de manière éloquente de la contribution substantielle des migrants et de leurs familles aux économies rurales.
Dans la partie réservée aux tendances régionales, il y a le cas de l’Afrique où le paysage migratoire et celui des envois de fonds en Afrique ont considérablement évolué au cours de la dernière décennie. Les envois de fonds ont augmenté bien plus rapidement que la population ou les flux migratoires, soulignant leur importance croissante pour les ménages et les économies nationales à travers le continent. La population a augmenté de 24%, le nombre d’émigrants a progressé de près de 32% pour atteindre près de 46 millions, et les entrées de fonds ont bondi de 86% pour s’établir à environ 124 MM$.

Plus de la moitié des émigrants africains résident sur le continent. Parmi ceux qui vivent hors du continent, l’Europe demeure la principale destination, suivie de l’Asie et de l’Amérique du Nord. Les couloirs migratoires établis de longue date entre l’Afrique du Nord et l’Europe reflètent la proximité géographique, la demande de main-d’œuvre et les liens historiques, tandis que la migration vers les pays du Golfe a continué de se développer.
Cette dynamique migratoire continue de soutenir une forte croissance des envois de fonds, mais la composition des principaux marchés du continent a changé. L’Égypte a supplanté le Nigeria en tant que premier pays bénéficiaire en Afrique, avec des entrées passant de 18,6 MM$ en 2016 à 41,5 MM$ en 2025. Les entrées de fonds au Nigeria ont augmenté plus modérément, passant de 19,7 MM$ à 22,8 MM$, tandis que le Maroc a vu ses flux plus que doubler, passant de 6,4 MM$ à 13,7 MM$ sur la période. L’Éthiopie et le Kenya ont intégré la liste des cinq principaux marchés de destination. Ensemble, ces cinq principaux bénéficiaires, l’Égypte, le Nigeria, le Maroc, l’Éthiopie et le Kenya, ont reçu 90 MM$ en 2025, soit environ 73% du total des envois de fonds vers l’Afrique. Sans oublier que les pays où les envois de fonds ont le plus de poids sont généralement des économies de plus petite taille. En 2025, ces envois représentaient 22% du PIB en Gambie et 21% au Liberia, aux Comores et au Lesotho, 11% pour le Sénégal (7% au Maroc).
S’agissant des coûts de transfert, ils ont baissé mais l’Afrique demeure la région où l’envoi de fonds est le plus onéreux. Le coût moyen (hors banques) pour envoyer 200 $ vers l’Afrique est passé de 9% au T3 2016 à 7,2% au T3 2025, soit une réduction de 20%. Malgré ces progrès, l’Afrique reste au-dessus de la moyenne mondiale, et son coût régional demeure plus de deux fois supérieur à la cible fixée par les ODD (Objectifs de développement durable), à savoir moins de 3%.
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Toutefois, au cours de la dernière décennie, le marché des transferts de fonds a évolué, d’un modèle reposant essentiellement sur les espèces et les réseaux d’agents, vers un écosystème mixte associant applications, sites web, comptes bancaires, portefeuilles mobiles, plateformes de paiement et réseaux de distribution d’espèces. Cette rapide évolution s’explique par le fait que les services numériques permettent de réduire les coûts de distribution et de traitement et permettent également de rendre les transferts disponibles à tout moment, de réduire les temps de déplacement et d’attente, d’assurer la transparence et la comparaison des prix, d’accélérer l’exécution des opérations et de relier directement les transferts à des comptes ou à des portefeuilles.
De même, la numérisation a considérablement facilité les investissements transnationaux. Les services bancaires à distance, l’identité numérique, l’ouverture de comptes en ligne et l’accès aux marchés financiers internationaux permettent de plus en plus aux migrants de gérer leurs investissements sans avoir à retourner dans leur pays d’origine.
En conclusion, le rapport insiste sur les politiques publiques qui peuvent amplifier l’impact des transferts de fonds sur le développement en instaurant des cadres réglementaires et économiques qui reconnaissent le rôle des migrants et de leurs familles. Les prestataires de services de transfert de fonds peuvent rendre ces opérations plus sûres, plus accessibles, moins coûteuses et plus transparentes.
