Dix-huit ans après sa création, le PAM accède à la tête du gouvernement. Son parcours institutionnel avait commencé par une victoire aux élections communales de 2009, suivie de plusieurs années dans l’opposition parlementaire. Dans ce contexte de victoire, une question demeure : quels seront les premiers chantiers économiques et sociaux de ce nouveau gouvernement ?
Dix-huit ans. C’est le temps qu’il aura fallu au Parti Authenticité et Modernité (PAM) pour franchir la dernière marche et s’installer à la tête du gouvernement marocain. Un parcours institutionnel qui avait débuté par une victoire aux élections communales de 2009, suivie de longues années passées dans l’opposition parlementaire. Aujourd’hui, le voilà aux commandes. Et avec lui, une femme, Fatima Ezzahra El Mansouri, devient la première à diriger le gouvernement du Royaume. Un symbole fort, assurément.
Mais au-delà de l’événement politique, une question taraude les observateurs de la chose économique et sociale : quels seront les premiers chantiers de ce nouvel exécutif ? La réponse à cette interrogation n’est pas qu’une simple curiosité institutionnelle. Elle conditionne la crédibilité d’une formation qui a mis près de deux décennies à convaincre les électeurs, et qui doit désormais prouver que son passage dans l’opposition n’était pas qu’une salle d’attente.
Un parcours lent, méthodique, mais révélateur d’une impatience
L’histoire du PAM est celle d’une construction patiente. Créé il y a dix-huit ans, le parti a d’abord dû se faire une place dans un paysage politique marocain dense et souvent clivé. Sa victoire aux communales de 2009 a été son premier véritable acte de naissance électoral. Elle lui a permis de s’enraciner localement, de tisser des réseaux, de se doter d’une assise territoriale. Mais elle ne lui a pas ouvert les portes du pouvoir central.
Lire aussi | SM le Roi nomme Fatima Ezzahra El Mansouri au poste de cheffe de gouvernement
Il a fallu attendre, encore et encore. Les années passées dans l’opposition parlementaire ont été, dit-on, formatrices. Elles ont permis au parti d’affûter ses arguments, de critiquer les politiques publiques, de se poser en alternative. Mais elles ont aussi pu nourrir une certaine frustration, celle de voir les autres gouverner sans lui. Aujourd’hui, le PAM accède enfin à la tête de l’exécutif. Et ce n’est pas une mince affaire.
Car gouverner, ce n’est pas seulement occuper des fauteuils. C’est décider, arbitrer, trancher. C’est faire face à des réalités économiques et sociales qui ne se laissent pas réduire à des discours de campagne. Le PAM, fort de son expérience locale et de son passage dans l’opposition, arrive avec un capital de légitimité, mais aussi avec une obligation de résultats. Les électeurs qui lui ont fait confiance attendent des actes. Les observateurs, eux, attendent de voir s’il saura transformer l’essai. Car le temps des promesses est révolu. Place à l’action.
Une femme à la tête du gouvernement : symbole ou rupture ?
La nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement est bien plus qu’une simple anecdote. Elle marque une première dans l’histoire politique du Maroc. Une femme, pour la première fois, dirige l’exécutif. C’est un signal envoyé à la société tout entière. Un signal d’ouverture, de modernité, de dépassement des clivages traditionnels. Mais, ce symbole ne doit pas masquer les défis. Car si l’accession d’une femme à la tête du gouvernement est une avancée, elle ne dispense pas de répondre aux questions de fond. Au contraire, elle les rend peut-être plus pressantes. Car l’attente est immense. Les Marocains, et en particulier les femmes, attendent des mesures concrètes en faveur de l’égalité, de l’emploi, de la protection sociale. Le PAM, en portant une femme à la tête du gouvernement, a pris une responsabilité historique. Il ne pourra pas se contenter de symboles.
Lire aussi | Qui est Fatima Ezzahra El Mansouri, la nouvelle cheffe du gouvernement ?
D’autant que le contexte économique et social est loin d’être simple. Le Maroc, comme de nombreux pays, fait face à des mutations profondes. La question des premiers chantiers est donc centrale. Quels sont-ils ? La réponse n’est pas encore connue. Mais on peut déjà esquisser quelques pistes à partir de la logique même de l’accession du PAM. Un parti qui a passé des années dans l’opposition a nécessairement un programme de changement. Il a critiqué les politiques menées. Il a promis de faire autrement. Aujourd’hui, il doit démontrer sa capacité à gouverner. Les premiers chantiers économiques et sociaux seront donc scrutés à la loupe. Répondront-ils aux urgences ? Permettront-ils de réduire les inégalités, de stimuler la croissance, de créer des emplois ? Telles sont les questions que se posent le marocain lambda.
Les chantiers économiques : l’urgence de la lisibilité
Sur le plan économique, le nouveau gouvernement devra très vite donner un cap. Les acteurs économiques, les investisseurs, les entrepreneurs attendent des signaux clairs. La stabilité politique est une condition nécessaire, mais elle ne suffit pas. Il faut une stratégie. Le PAM, pendant ses années d’opposition, a pu formuler des critiques. Mais il doit maintenant proposer des solutions.
On peut penser que le PAM, fort de son ancrage local, mettra l’accent sur le développement territorial. Ses victoires aux communales de 2009 lui ont permis de connaître les réalités des régions. Il sait que les disparités sont fortes. Il sait que l’économie marocaine ne se résume pas aux grandes métropoles. Les premiers chantiers économiques pourraient donc inclure des mesures en faveur des zones rurales, des petites villes, des territoires enclavés. Mais là encore, ce ne sont que des hypothèses.
Lire aussi | Mme El Mansouri entame les consultations pour la formation d’un nouveau gouvernement
Pour l’économiste Mehdi Lahlou, la réponse est toute faite : « Le PAM a reçu malheureusement un témoin assez lourd. Ses premiers chantiers seront notamment les questions chaudes du chômage, de l’éducation, du déficit commercial ». De son côté, l’économiste Mehdi Fakkir met d’abord le curseur sur la confiance des marocains : « Aujourd’hui, pour moi, le défi c ’est de redonner confiance aux marocains dans l’action politique. Ensuite les deux autres chantiers prioritaires c’est le pouvoir d’achat et l’emploi ».
Ce qui est certain, c’est que le PAM n’a pas droit à l’erreur. Le PAM le sait. Il sait que son accession à la tête du gouvernement est un aboutissement, mais aussi un point de départ. Le plus dur commence. Par ailleurs au-delà du contenu des chantiers, la question de la méthode est cruciale. Le PAM arrive au pouvoir après des années d’opposition. Il a une culture de parti, mais pas nécessairement une culture de gouvernement.
Lire aussi | Législatives 2026: Et maintenant, place au jeu d’alliances
« Il devra apprendre à travailler avec l’administration, avec les partenaires sociaux, avec les autres institutions. Il devra arbitrer entre ses promesses et les contraintes budgétaires. Il devra gérer l’urgence sans sacrifier le long terme. C’est un exercice d’équilibre difficile. Les premiers mois seront donc décisifs. Ils donneront le ton. Ils montreront si le PAM est capable de transformer son discours en action », nous confie une source.
La question des premiers chantiers économiques et sociaux n’est donc pas une simple question technique. C’est une question politique. Elle engage l’avenir du parti. Aujourd’hui Les défis sont nombreux. Les attentes sont fortes. Le PAM, en accédant à la tête du gouvernement, a pris une responsabilité immense. Il ne peut pas se permettre de décevoir. Dix-huit ans après sa création, il est enfin à l’heure du pouvoir. Mais l’heure du pouvoir, c’est aussi l’heure de vérité.