Dans un environnement géopolitique instable, la supply chain augmentée est déjà une réalité. À l’heure où l’intelligence artificielle (IA) s’impose dans les entreprises, une conviction s’affirme : la technologie ne crée pas, à elle seule, la performance, c’est le Supply Chain Manager de demain qui, grâce à une donnée fiable, pertinente et partagée, prend les bonnes décisions au bon moment. C’était l’objet de la 8è édition du Tangier Logistics Days, organisé le 25 septembre 2026 au Tanger Med Port Center.
Nous vivons une période où les chaînes logistiques connaissent des mutations d’une ampleur inédite. Les tensions géopolitiques, les exigences croissantes des marchés, les impératifs de résilience, les transitions énergétique et numérique, mais aussi l’essor spectaculaire de l’IA, redessinent profondément les modèles de création de valeur. Dans ce contexte, la Supply chain augmentée, qui est une chaîne d’approvisionnement pilotée par la data, l’IA et l’arbitrage humain, est devenue plus agile, résiliente et prédictive ; ce qui fait d’elle un levier stratégique de compétitivité, d’innovation et de souveraineté économique.
Cela donne une importance particulière au Tangier Logistics Days, un rendez-vous phare de la rentrée des professionnels du secteur du transport, de la logistique et de la supply chain (SC). Cette édition, met à l’honneur un thème au cœur des transformations actuelles : « Supply Chain augmentée : l’Homme et la data, ressources rares et stratégiques». D’après Amine Berrada, Directeur Général du salon Logismed : «Nous parlons de supply chain augmentée parce que nous croyons que la performance de demain naîtra de la complémentarité et aussi de l’alliance entre les technologies émergentes, les compétences humaines et la puissance de la donnée ».
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« J’aimerais partager avec vous trois convictions », précisa dans son allocution Idriss Larabi, le Directeur général de Tanger Med Autorité. La première, c’est que « la donnée est devenue une infrastructure, au même titre qu’un quai chez nous. La gestion des escales est entièrement dématérialisée grâce à notre Port Community System, les jumeaux numériques, la maintenance prédictive et l’IA qui est appliquée au trafic ; donc ces outils entrent dans notre quotidien. Mais la valeur ne naît pas d’une donnée isolée, mais d’une donnée partagée entre les armateurs, le terminal, le transitaire, la douane et le transporteur ». Sa seconde conviction est qu’une « donnée qui a de la valeur doit être gouvernée. Donc sa qualité, sa sécurité et sa souveraineté ne sont pas des sujets techniques, ce sont des sujets stratégiques ». Et sa 3ème conviction c’est que « Aucun algorithme ne remplace le jugement, l’IA calcule, propose, alerte, mais c’est l’homme qui arbitre, qui décide et qui assume ».
D’après Knut Alicke, expert chez Mackenzy, les équipes commerciales se plaignent parfois que, malgré la mise en place d’outils de prévision performants, un conteneur risque d’être bloqué quelque part et rien ne peut prédire un tel évènement. «Malheureusement, nous allons voir se multiplier ce genre d’événements de type «Cygne noir», telle la fermeture brusque du détroit d’Ormuz ». Il précise aussi que la situation actuelle montre une progression simultanée de l’automatisation et de la fragmentation. « Nous voyons cette fragmentation se poursuivre. Elle pourrait mener à un véritable découplage entre différents blocs : un bloc centré sur les États-Unis et un autre sur la Chine. Cette situation implique inévitablement une perte d’efficacité, face à laquelle l’automatisation et l’IA peuvent apporter des solutions et mieux gérer la situation ».
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Cela implique pour les acteurs de la SC de se propulser au sein des instances décisionnelles pour se faire entendre et démontrer leur valeur. La SC dispose d’énormément de données à partir des ERP (Enterprise Resource Planning), des APS (Advanced Planning System) et des WMS (Warehouse Management System), des logiciels qui pilotent les activités d’une entreprise et sa chaîne logistique, et qui forment le cœur du système d’information de la SC et ils constituent donc de véritables usines à données. Pour transformer cette masse d’informations brutes en leviers de performance, il est essentiel de comprendre la nature des données générées par chaque outil et la manière dont elles se complètent.
Désormais, l’IA est capable d’analyser et de croiser différents fichiers et sources de données pour en tirer du sens et faciliter la prise de décision. Si l’on considère le quotidien des managers de la SC, de la logistique, de la production ou des achats, ils passent 60 à 70 % de leur temps à collecter des données, à essayer de les interpréter et à les compiler dans des rapports souvent inutiles. Ce genre de tâches prendrait des semaines et nécessiterait des compétences spécifiques. Aujourd’hui, une fois les besoins exprimés, les modèles d’IA se chargent de ce travail : ils effectuent des recherches, élaborent un plan, le vérifient, le mettent en œuvre, programment si nécessaire, évaluent les résultats et reviennent vers vous avec un tableau de bord ou le livrable attendu en quelques minutes.
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Toutefois, ces modèles ont leurs limites : ils ne remplacent pas un planificateur expérimenté. Il ne faut jamais laisser les agents IA agir en totale autonomie ; la vérification et la validation humaines sont indispensables, car le système peut encore «halluciner». Il faut donc « s’assurer que l’humain reste dans la boucle pour relever des défis » insista dans son Keynote Knut Alicke.
Pendant longtemps, on demandait aux supply chain managers d’optimiser les flux. Aujourd’hui, on leur demande d’anticiper les crises, de piloter la donnée, d’intégrer l’IA, de coordonner des organisations de plus en plus complexes et de fédérer des équipes extrêmement diverses. Ainsi, le saut technologique est tel qu’il est crucial pour les managers de développer leurs compétences, de comprendre les capacités offertes, sinon ils ne seront pas remplacés par l’IA elle-même, mais par quelqu’un qui sait l’utiliser.
2025, année exceptionnelle pour le Port Tanger Med
D’après Idriss Larabi, Directeur Général de Tanger Med Autorité, « En 2025, notre complexe portuaire a franchi le cap de 11 millions de conteneurs équivalent 20 pieds, en hausse de 8,4% par rapport à 2024, pour 161 millions de tonnes manutentionnés. Deux reconnaissances ont marqué également cette année. Le «Lloyd’s List» classe Tanger Med désormais au 16ème rang mondial des ports à conteneurs. Et l’»Indice de Performance des Ports à Conteneurs» (CPPI), un classement mondial établi conjointement par la Banque Mondiale et S&P Global Market Intelligence, nous place au 6ème rang mondial, 1er en Afrique et 1er en Méditerranée. Or, cet indice ne mesure ni la longueur de nos quais ni le nombre de grues ; il mesure le temps que les navires passent au niveau du port. Donc la qualité de la coordination, une donnée partagée et des équipes qui savent s’en servir. C’est, je pense, tout le sens du choix de notre thématique «Supply chain augmentée : l’homme et la data ressources rares et stratégiques» ».
Le rôle de la Supply chain selon les régions géographiques
D’après Marie Oxley, vice-présidente chez DHL Global Forwarding, le rôle de la Supply chain varie considérablement selon les régions géographiques. Si l’on compare les différentes zones géographiques, on peut observer de nombreuses transformations organisationnelles au fil des ans et des priorités distinctes :
• En Europe, les entreprises se concentrent davantage sur l’optimisation, la durabilité et le «nearshoring» (rapprochement des sites de production). Le rôle du responsable de la supply chain consiste alors à évaluer la faisabilité des réseaux et à faire passer l’activité à un niveau supérieur.
• Au Moyen-Orient, plus particulièrement vers des marchés en forte croissance comme les Émirats arabes unis et l’Arabie Saoudite, la rapidité et l’agilité deviennent primordiales. Le responsable ne doit pas seulement viser l’excellence opérationnelle, mais aussi soutenir l’entreprise dans ses décisions d’investissement et ses projets de développement.
• Le continent africain est marqué par des schémas commerciaux spécifiques et des chaînes d’approvisionnement fragmentées. Dans un marché comme celui de l’Afrique, le rôle de la supply chain est crucial : elle exige une communication ouverte pour traduire la réalité du terrain à l’échelle mondiale.