La baisse du dirham offre des gains aux exportateurs et aux opérateurs touristiques, mais elle renchérit les coûts des entreprises et pèse sur le pouvoir d’achat des ménages. Omar Bakkou, économiste spécialisé en politique de changes, analyse les effets de cette dépréciation sur une économie fortement dépendante des importations énergétiques. Tout en relativisant les risques au regard du régime de change marocain, il explique le rôle des recettes extérieures et des interventions éventuelles de Bank Al-Maghrib, et souligne l’importance d’accélérer la transition énergétique pour réduire cette vulnérabilité. Explications..
Challenge : Comment expliquer la récente dépréciation du dirham face au dollar et à l’euro ? Est-elle aux tensions internationales ou aux fragilités de l’économie marocaine ?
Omar Bakkou : Les deux à la fois. En effet, le Maroc, importe environ 85% de ses besoins en produits énergétiques ce qui se traduit naturellement, dans un contexte d’envolée des cours de ces produits, par une augmentation substantielle des dépenses en devises du Maroc adossées aux importations desdits produits.
Challenge : Dans quelle mesure cette dépréciation risque-t-elle d’alourdir la facture des importations, notamment énergétiques, et d’aggraver le déficit commercial ?
O.B. : Généralement, le taux de couverture des importations par les exportations au Maroc varie entre 50 et 60%, en fonction de la conjoncture économique nationale et internationale.
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En effet, ce taux se situe à des niveaux proches de 50 % dans les années marquées à la fois par des tensions sur les cours des produits énergétiques et par la sècheresse. En revanche, ce taux tend à s’approcher de 60% dans les années marquées par une accalmie sur les marchés mondiaux des produits énergétiques.
Donc à mon avis, le déficit de la balance commerciale restera dans la fourchette précitée. Bien entendu, ce déficit n’impactera pas de manière substantielle le marché des changes, dans la mesure où il sera compensé par les recettes touristiques, les transferts des MRE, les recettes au titre des Investissements directs étrangers et les emprunts extérieurs de l’Etat.
Challenge : Quelles sont les conséquences concrètes d’un dirham plus faible sur les coûts de production des entreprises, les prix à la consommation et le pouvoir d’achat des ménages ?
O.B. : Globalement un dirham plus faible est favorable pour les entreprises qui opèrent dans les secteurs exposés à la concurrence internationale : celles qui exportent ou qui vendent des produits substituables à l’importation.
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Quant aux entreprises qui opèrent dans les secteurs non exposés à la concurrence internationale, notamment dans les services, ils souffriraient généralement de l’augmentation de leurs coûts de production et seront confrontées à la délicate tâche de l’indexation de ces coûts sur leurs prix de vente.
En revanche, pour les ménages, l’impact sera globalement négatif, mais il sera également amorti par plusieurs autres éléments, notamment les subventions publiques à certains produits de base (électricité, gaz, etc.).
Challenge : Quels avantages, cette dépréciation peut-elle offrir aux exportateurs et au secteur touristique ? Ces gains peuvent-ils compenser les effets négatifs sur les importations ?
O.B. : Bien évidemment, les exportateurs et les opérateurs touristiques vont engranger quelques gains inhérents à la baisse du cours du dirham : plus de recettes en dirhams ou des gains en termes de parts de marché pour les secteurs extrêmement concurrentiels.
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Mais globalement, sur le plan macroéconomique, cette dépréciation agit négativement sur le Maroc car, nos importations de biens et des services dépassent nos exportations à ce titre.
Challenge : Si la baisse du dirham se poursuit, quels risques pour la croissance marocaine et quels leviers Bank Al Maghrib et les pouvoirs publics peuvent-ils mobiliser pour en limiter les effets ?
O.B. : Compte tenu du régime de change adopté actuellement au Maroc, la baisse du taux de change ne peut pas dépasser 5% par rapport au cours central fixé par les autorités publiques. Or, ce taux n’est pas suffisamment élevé pour impacter de manière substantielle la situation financière du Maroc : pouvoir d’achat des ménages, performances des entreprises et budget de l’Etat.
Toutefois, dans le cas où la demande de devises sur le marché des changes devient supérieure à l’offre de devises à ce niveau de taux de change, Bank Al Maghrib sera obligée de puiser sur les réserves stratégiques en devises du Maroc pour combler le déficit éventuel constaté sur le marché des changes, et ce, à travers la cession de devises sur ledit marché.
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Cette intervention (ou ces interventions éventuelles) doit être complétée par d’autres mesures visant à pallier la cause fondamentale à l’origine de ces déficits du marché des changes, notamment à travers l’accélération de la mise en œuvre des actions programmées dans le cadre de la stratégie nationale de transition énergétique : développement de la production des énergies alternatives aux produits pétroliers, renforcement de l’efficacité énergétique à travers la modernisation du transport collectif, l’optimisation de la circulation intra-urbaine et la rationalisation de la consommation énergétique dans les divers secteurs (secteurs public, industriel, la construction, le tourisme etc.) .