Des grandes entreprises plus productives, des PME capables de grandir et de nouveaux paris industriels et technologiques : Yassir Zouaoui, Managing Partner Morocco chez McKinsey & Company, identifie trois moteurs pour accélérer l’économie marocaine. Lors du Forum « Entrepreneurs en mouvement : Transformer les priorités en actions », organisé par la CGEM ce samedi 17 octobre, il a plaidé pour un investissement davantage orienté vers l’innovation et une mobilisation collective qui dépasse l’horizon 2030.
Le Maroc a consolidé ses fondations économiques et sociales. Il lui reste à en tirer pleinement parti pour accélérer sa croissance. C’est le diagnostic présenté par Yassir Zouaoui, Managing Partner Morocco chez McKinsey & Company, devant les entrepreneurs réunis au Forum de la CGEM. Dans une intervention intitulée « Morocco: What’s next? », il a confronté la trajectoire du Royaume aux transformations de l’économie mondiale, avec une question centrale : comment convertir les acquis des vingt dernières années en gains de productivité, en emplois et en nouvelles positions industrielles ?
Son analyse part d’un bilan qu’il juge solide. Selon les données projetées lors de sa présentation, la valeur des exportations industrielles a été multipliée par près de cinq entre 2005 et 2024, le réseau autoroutier par trois entre 2005 et 2025 et le tonnage du trafic portuaire par quatre sur la même période. Le PIB par habitant a, quant à lui, été multiplié par 2,6 en vingt ans. L’espérance de vie a progressé de cinq années, tandis que le taux d’électrification rurale atteint 99,9 % en 2025.
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Ces avancées constituent un point d’appui. Elles ne suffisent cependant pas, selon lui, à exploiter tout le potentiel du pays. Le ralentissement tendanciel de la croissance, les difficultés des entreprises à grandir et la faible mobilisation d’une partie de la population en âge de travailler appellent une nouvelle étape.
Investir mieux pour produire davantage
Pour Yassir Zouaoui, l’enjeu porte autant sur la destination de l’investissement que sur son volume. Le Maroc consent un effort important, mais celui-ci reste, dans son analyse, fortement orienté vers la construction et insuffisamment vers l’innovation, les équipements productifs et la transformation technologique.
La question est donc celle de la richesse supplémentaire que chaque investissement permet de créer. À travers les travaux du McKinsey Global Institute qu’il évoque, l’intervenant met la productivité au centre de l’explication des trajectoires de croissance durablement élevées. Cette lecture donne une place essentielle aux entreprises : leur capacité à investir, à innover, à améliorer leurs procédés et à conquérir des marchés détermine une partie de la progression de l’économie. Elle conduit également à s’interroger sur les obstacles qui empêchent les petites structures de devenir moyennes, puis grandes.
L’emploi représente un autre potentiel à mobiliser. Yassir Zouaoui souligne l’écart entre le taux d’emploi marocain et celui d’économies émergentes plus performantes. Alors que le vieillissement démographique commence à modifier les perspectives du Royaume, l’intégration des jeunes au marché du travail devient, à ses yeux, une priorité économique autant que sociale.
Une compétition mondiale qui change de règles
Cette accélération doit s’opérer dans un environnement profondément différent de celui des dernières décennies. Yassir Zouaoui décrit une économie mondiale où la géopolitique influence davantage les échanges, où la technologie transforme les métiers et où l’accès à l’énergie devient une condition décisive de compétitivité.
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Le coût de l’approvisionnement compte, mais sa disponibilité et sa prévisibilité prennent également une importance croissante. Parallèlement, la montée des besoins numériques et de l’intelligence artificielle ouvre de nouveaux marchés, tout en imposant des investissements considérables.
La présentation identifie ainsi dix-huit « arènes » susceptibles de remodeler l’économie mondiale d’ici 2040. Elles couvrent notamment les fondations de l’IA, la digitalisation, l’électrification, les nouvelles technologies industrielles et les biotechnologies. Semi-conducteurs, services cloud, cybersécurité, batteries, robotique ou spatial figurent parmi les activités citées.
Pour le Maroc, ces transformations posent un enjeu de positionnement : identifier les domaines dans lesquels ses atouts peuvent permettre de développer de nouveaux métiers mondiaux.
Premier moteur : des grandes entreprises qui tirent la productivité
Le premier levier proposé concerne les grandes entreprises. Yassir Zouaoui les présente comme un moteur de productivité, grâce à leur capacité à financer la recherche et développement, à déployer des technologies et à affronter la concurrence internationale.
« Aujourd’hui, chaque entreprise devrait se définir comme une entreprise technologique », affirme-t-il. La technologie devient, dans cette perspective, une composante centrale de la stratégie, de l’organisation et de la performance.
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Cette ambition suppose aussi un tissu économique qui se renouvelle. L’intervenant souligne que les économies performantes permettent à de nouvelles entreprises, plus innovantes et plus compétitives, de rejoindre les rangs des grands acteurs. Faire émerger les champions de demain passe donc également par la capacité à faire grandir ceux d’aujourd’hui.
Deuxième moteur : donner aux PME les moyens de grandir
Les PME constituent le deuxième pilier de cette trajectoire. Leur rôle associe création d’emplois, intégration locale et développement de nouvelles spécialisations. Yassir Zouaoui insiste sur leur accès aux financements et leur insertion dans les écosystèmes nationaux, autour des grands groupes, des multinationales et des acteurs publics. L’objectif est de leur permettre de changer d’échelle et d’accroître leur valeur ajoutée.
Il met également en avant leur contribution à l’innovation. Les nouvelles générations d’entrepreneurs apportent des idées, des usages et des modèles susceptibles de renouveler l’économie. Leur développement doit alimenter à la fois la croissance du tissu productif et l’émergence de futures grandes entreprises.
Troisième moteur : engager de nouveaux paris stratégiques
Le troisième axe consiste à construire une compétitivité renouvelée autour de projets structurants. La présentation évoque notamment un corridor énergétique vers l’Europe, les renouvelables, l’hydrogène vert et les infrastructures technologiques. Ces investissements auraient, dans son analyse, un double effet : développer de nouvelles activités et améliorer les conditions de compétitivité de l’ensemble des entreprises marocaines. Une énergie plus compétitive ou des infrastructures numériques renforcées peuvent ainsi soutenir plusieurs secteurs simultanément.
Leur réalisation exige toutefois de changer d’échelle dans le financement et la coordination. Yassir Zouaoui appelle à rapprocher acteurs publics, entreprises privées, territoires et partenaires internationaux. Le cofinancement international figure parmi les conditions de mise en œuvre de ces ambitions. Le Royaume dispose, selon lui, d’atouts pertinents pour engager cette étape : sa géographie, ses infrastructures, sa base industrielle, son potentiel énergétique et ses forces entrepreneuriales. L’enjeu est désormais de les mobiliser autour de plans d’action communs.
Avec une perspective qui dépasse les prochaines échéances : si 2030 constitue un jalon, c’est bien une trajectoire vers 2040 qu’il invite les acteurs économiques à construire.