Au Forum «Entrepreneurs en mouvement: Transformer les priorités en actions», organisé par la CGEM, ce samedi 17 octobre à Casablanca, Moulay Hafid Elalamy, président fondateur de Saham Group, a partagé dix règles tirées de son parcours. Entre erreurs assumées et convictions affirmées, il plaide pour un entrepreneuriat ambitieux, rigoureux et éthique, capable de conquérir les marchés internationaux et de préparer sa pérennité.
Ne pas confondre action et agitation, audace et inconscience, passion et garantie de réussite. Devant les entrepreneurs réunis à la Fondation Mohammed VI des Sciences de la Santé, Moulay Hafid Elalamy a choisi de questionner les réflexes qui accompagnent parfois la création et le développement d’une entreprise. Son «anti-manuel de l’entrepreneur» repose sur une conviction: l’ambition doit s’appuyer sur une stratégie réfléchie et une exécution maîtrisée.
Pour transmettre ce message, le président de Saham Group a puisé dans ses propres expériences, y compris les moins heureuses. Des projets informatiques au développement dans la santé, il reconnaît avoir parfois accéléré trop tôt, insuffisamment étudié un marché ou sous-estimé les conditions nécessaires à la réussite. De ce parcours, il tire dix règles.
Règle 1: «Ne jamais dépasser la ligne jaune»
La conformité constitue la première fondation. Fiscalité, douane, réglementation des changes, obligations sociales ou exigences des régulateurs : les manquements peuvent compromettre les ambitions futures de l’entreprise.
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Moulay Hafid Elalamy l’illustre par les vérifications menées lors de l’introduction en Bourse de Majorel à Amsterdam. Selon son récit, les établissements accompagnant l’opération ont examiné les dossiers et les informations susceptibles d’engager leur réputation. Pour accéder à de nouveaux marchés, il faut pouvoir démontrer la solidité de ses pratiques, documents à l’appui.
Règle 2: «Restons proches des clients»
La croissance peut éloigner le dirigeant du terrain. Un bureau confortable, une organisation plus structurée et la délégation commerciale risquent de le priver progressivement du contact direct avec les clients.
Or, cette proximité nourrit les décisions stratégiques. Elle permet d’identifier une opportunité, de percevoir un retournement ou de comprendre qu’il est temps de quitter une activité. Pour le dirigeant, conserver le pouls du marché reste une responsabilité essentielle de l’entrepreneur.
Règle 3: «Voyons grand, démarrons petit»
L’ambition ne commande pas de mobiliser immédiatement des moyens considérables. Commencer à une échelle maîtrisée permet de tester le modèle, de corriger les erreurs puis d’accélérer.
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Moulay Hafid Elalamy revient sur des projets engagés trop rapidement, notamment dans les services informatiques et la santé. Un modèle observé à l’étranger ne pouvait être transposé sans une compréhension approfondie du marché local. À l’inverse, il raconte comment une activité d’assistance a pu être redressée après des erreurs initiales de recrutement et d’organisation. Démarrer petit avait laissé la possibilité de corriger la trajectoire.
Règle 4 : «Osons les marchés matures»
Le président de Saham Group encourage les entrepreneurs marocains à affronter la concurrence internationale, y compris sur les marchés matures. Il y voit une occasion de grandir, mais aussi d’apprendre.

Ces marchés imposent des exigences qui obligent à améliorer l’organisation, la qualité et l’exécution. Les compétences acquises peuvent ensuite renforcer les activités au Maroc. Son appel est celui d’entrepreneurs capables de construire depuis le Royaume, de réussir ailleurs et de revenir contribuer au développement national avec une expérience élargie.
Règle 5: «Intégrons avant de diversifier»
La diversification ne doit pas devenir une dispersion. Avant d’explorer de nouvelles activités, Moulay Hafid Elalamy recommande de maîtriser son métier et d’examiner les possibilités d’intégration verticale.
Il met particulièrement en garde contre le changement simultané de pays et de métier. Cumuler ces deux transformations multiplie les inconnues. Mieux vaut aborder un nouveau marché avec une activité maîtrisée, ou découvrir un nouveau métier dans un environnement que l’on connaît.
Règle 6 : «Donnons un sens»
La réussite financière pose une question : pourquoi continuer à entreprendre ? Pour Moulay Hafid Elalamy, l’accumulation de richesse ne suffit pas à donner durablement une direction à l’action.
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L’entrepreneur doit pouvoir expliquer ce qu’il construit et ce qui justifie son engagement. Cette finalité concerne aussi les collaborateurs et les générations suivantes. Il défend, dans le même temps, la création de richesse par des entreprises qui respectent leurs obligations, contribuent aux recettes fiscales et assument leurs responsabilités envers leurs salariés.
Règle 7: «Savoir quitter un métier»
L’attachement à une entreprise familiale ne doit pas empêcher de prendre une décision de cession. Moulay Hafid Elalamy critique le refus de vendre au seul motif qu’une activité a été créée par un parent ou un grand-parent.
Le fondateur était lui-même un entrepreneur, rappelle-t-il en substance : face à un environnement différent, il aurait pu faire évoluer ses choix. Savoir sortir d’un métier peut préserver la valeur créée et permettre un nouveau développement. Cela exige de distinguer la fidélité à une histoire de l’immobilisme stratégique.
Règle 8: «Choisissons nos associés»
Une association demande davantage qu’un enthousiasme partagé au démarrage. Elle suppose une compatibilité sur l’éthique, le rapport au risque et l’horizon d’investissement.
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Un partenaire qui recherche une plus-value rapide ne poursuit pas nécessairement le même objectif qu’un autre engagé sur le long terme. De même, des pratiques incompatibles avec les exigences de conformité peuvent fragiliser un projet international. Pour le dirigeant, les dispositions contractuelles ne suffisent pas à résoudre des divergences aussi fondamentales.
Règle 9: «Entourons-nous de meilleurs que nous»
La compétence des équipes constitue un autre pilier. Moulay Hafid Elalamy décrit le risque de responsables qui, pour protéger leur position, s’entourent de collaborateurs moins compétents qu’eux. Répété à plusieurs niveaux, ce comportement affaiblit l’organisation.
Il recommande d’évaluer les managers à travers la qualité de leurs équipes, afin d’encourager le recrutement et le développement des talents. Cette exigence vaut également pour les enfants appelés à rejoindre l’entreprise familiale et pour les prestataires : la proximité personnelle ne remplace ni la compétence ni l’envie d’assumer une fonction.
Règle 10 : «Préparons la pérennité»
La transmission ne se résume pas au partage du patrimoine. Elle suppose d’organiser la continuité de la gestion, de préparer les responsabilités et d’anticiper les conditions dans lesquelles l’entreprise poursuivra son activité.
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Moulay Hafid Elalamy alerte sur les conflits familiaux et les successions insuffisamment préparées. Préserver l’entreprise exige aussi de laisser aux générations suivantes la capacité de faire évoluer ses métiers et ses choix.
Anticiper les ruptures
Ces recommandations prennent une dimension supplémentaire face à l’intelligence artificielle et à la robotisation. Dans son intervention, le dirigeant exprime ses inquiétudes quant à leurs conséquences sur l’emploi et sur les choix de localisation industrielle. Il appelle à anticiper ces transformations et à réexaminer les stratégies à leur lumière.
Sa conclusion résume le fil conducteur de son propos: «L’audace d’entreprendre n’est pas un pari. C’est un risque assumé, sur des fondations solides».
Et l’ambition qu’il adresse aux entrepreneurs dépasse la réussite individuelle: «Le Maroc a besoin d’entrepreneurs audacieux et éthiques, qui construisent ici, qui savent gagner ailleurs et revenir au pays encore plus forts».