Cinquante-et-un ans après la Marche verte, le Maroc entend transformer son ancrage territorial en levier de puissance économique et diplomatique. Du port Dakhla Atlantique à l’ouverture stratégique vers les pays du Sahel, en passant par le soutien croissant des grandes puissances au plan d’autonomie, la vision royale redessine les équilibres régionaux. La séquence diplomatique du 30 octobre 2026 marque une nouvelle étape dans cette stratégie de long terme, où infrastructures, développement et alliances internationales se conjuguent pour inscrire durablement le Sahara au cœur des ambitions africaines du Royaume.
Le joli coup diplomatique du 30 octobre 2026, qui marque un tournant dans l’histoire du dossier du Sahara marocain avec des conséquences inespérées : la non-reconduction du mandat de la MINURSO, trente-cinq ans après sa création, ne peut être appréhendée que comme la conséquence logique d’un demi-siècle de décisions stratégiques qui ont changé l’avenir du Sahara. Les 50 ans de la Marche verte ont ainsi été mis à profit par une vision royale inédite pour bâtir un processus long, mais bétonné, et une présence sur le terrain qui s’est révélée bénéfique pour la suite.
Lire aussi | Sa Majesté le Roi préside une réunion sur l’après-Minurso
Dans ce chef-d’œuvre de realpolitik, le Souverain a bâti, pierre par pierre, un territoire pensé comme l’avenir de l’Afrique et la porte ouverte à tous ceux qui rêvent de profiter des largesses de ce riche continent, le plus riche sans doute de la planète. Cela a commencé par le lancement du plus grand port d’Afrique (après Tanger Med, bien sûr), à Dakhla. Prévu comme un hub maritime et logistique, le port, dont la mise en exploitation est prévue entre 2028 et 2029 (les travaux sont réalisés à près de 70 %), a pour ambition de devenir un carrefour commercial majeur entre le Maroc, l’Europe, l’Amérique et les pays de la façade ouest-africaine (comme la Mauritanie, le Sénégal et la Côte d’Ivoire).
Dans cette perspective, l’ouverture sur le Sahel est l’un des objectifs majeurs servant la vision atlantique que le Souverain a lancée. Elle vise à servir de débouché maritime et de corridor logistique pour les pays enclavés de la région (Mali, Niger, Burkina Faso et Tchad).
Ouvrir l’océan Atlantique aux alliés du Sahel via Dakhla
Dans son discours du 6 novembre 2023, commémorant le 48e anniversaire de la Marche verte, S.M. le Roi Mohammed VI a tracé une feuille de route stratégique audacieuse pour engager et réussir la structuration de l’espace géopolitique que constitue la façade atlantique africaine. Cette initiative vise à consolider la sécurité, la stabilité et la prospérité partagée au niveau des 23 États africains atlantiques et à favoriser l’accès des États du Sahel à l’océan Atlantique. L’initiative royale pour l’Afrique atlantique est une feuille de route qui met en valeur son appartenance africaine en privilégiant le versant atlantique.
Lire aussi | Marche Verte: le souvenir vif d’une épopée qui inspire encore et toujours
Les nouveaux partenaires privilégiés du Royaume en Afrique subsaharienne sont totalement enclavés, coupés de la mer et souvent en conflit avec leurs voisins côtiers immédiats. Pour survivre économiquement et valoriser leurs ressources, ils ont un besoin vital d’un accès à l’océan. «Le Maroc est un arbre dont les racines plongent en Afrique et qui respire par ses feuilles en Europe», avait martelé le Roi Mohammed VI. L’édification de plateformes industrielles et d’infrastructures portuaires, aéroportuaires, ainsi que d’autoroutes et de lignes de TGV, de même que l’ouverture de lignes aériennes sillonnant le monde et faisant escale au Sahara marocain, sont autant d’invitations pour toutes les bonnes volontés, qu’elles soient occidentales, africaines ou arabes.
Le Maroc, par le biais de l’Initiative royale pour l’Atlantique, de son réseau routier transsaharien et, finalement, du mégaport stratégique de Dakhla Atlantique, offre l’usage de ce corridor économique entre le Sahel et l’océan Atlantique aussi bien aux Africains qu’aux Européens. Résultat, les Occidentaux, à commencer par l’oncle Sam, ont parfaitement compris l’intérêt qu’il y avait à soutenir le Royaume dans cette initiative d’ouverture. Le joli coup est venu du premier gouvernement américain de Donald Trump, en décembre 2020, qui avait annoncé clairement son soutien sans condition au plan d’autonomie du Maroc, considéré comme l’option la plus sérieuse et la plus réaliste pour régler la question du Sahara.
Ce mouvement politique s’inscrivait dans le cadre des célèbres accords d’Abraham, parrainés par les États-Unis, grâce auxquels plusieurs pays arabes ont établi des relations diplomatiques avec Israël en vue de pacifier la région du Moyen-Orient et de promouvoir son développement. Le Maroc s’est engagé dans cette dynamique de rapprochement avec Israël et les États-Unis parce que ces pays ont fait un grand pas en avant pour soutenir ses aspirations concernant ses provinces du Sud.
Le plan d’autonomie, qui incluait le Sahara comme partie intégrante de la nation marocaine, mais avec une grande capacité d’autonomie pour les Sahraouis, a fini par recevoir un large soutien international. Si plus de 120 pays ont apporté leur soutien à la proposition marocaine, la considérant comme l’option la plus sérieuse, crédible et réaliste pour résoudre le différend sahraoui, c’est la reconnaissance de pays comme les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne ou l’Espagne qui fait désormais la différence.
Lire aussi | Sahara marocain: la souveraineté en marche
Aujourd’hui, cinq décennies après cet événement mémorable, le Maroc poursuit la réalisation de ses projets pour faire de cette partie du Royaume un véritable pôle de croissance et un trait d’union entre le Maroc et sa profondeur africaine. Du coup, les provinces sahariennes du Royaume sont devenues un vaste chantier à ciel ouvert et tous les secteurs économiques sont touchés par cette frénésie de développement: infrastructures, pêche, immobilier, santé, emploi, enseignement…
La machine est bien lancée. Au point que les pouvoirs publics ne lésinent pas sur les moyens afin de permettre à ces territoires de combler les retards accumulés durant l’occupation espagnole. Car, faut-il le rappeler, l’État marocain est, au lendemain de la Marche verte, le premier investisseur et le premier employeur dans les provinces du Sud. Les investissements consentis dépassent de très loin les recettes tirées de l’exploitation des ressources de ces provinces, comme l’avait si bien dit le Souverain dans l’un de ses discours : «Pour chaque dirham de recettes de la région, le Maroc investit 7 dirhams dans son Sahara, dans le cadre de la solidarité entre ses régions et entre les enfants de la Patrie unie».
Lire aussi | 31 octobre : une journée nationale de mémoire et d’espoir
En filigrane, le développement des provinces du Sud et leur rayonnement international constituent le meilleur hommage appuyé à ces quelque 300000 citoyens marocains qui, ce 6 novembre 1975, se sont lancés pacifiquement à l’assaut du territoire sahraoui pour revendiquer un territoire qui a toujours fait partie du Maroc. Ceux qui portaient des drapeaux nationaux et le Coran à la main et scandaient des slogans en faveur de l’intégration du Sahara occidental dans le cadre de la souveraineté marocaine.
Débarrassé de trente-cinq ans de tutelle onusienne, le Maroc est désormais seul maître à bord et parfaitement responsable du destin de son Sahara. C’est quand l’Histoire se met en branle que les États ont du souci à se faire. Or, l’Histoire en marche bouleverse le nouveau monde, avec sa globalisation forcée, où la puissance bascule de l’Occident vers l’Orient avec les guerres du Proche-Orient, le manque de pétrole, une crise financière d’envergure et le désordre climatique. C’est sur ce séisme, où s’entrechoquent les plaques tectoniques de l’humanité, que le Royaume est appelé à se positionner pour avancer ses cartes.