Cinquante ans après l’épopée du 6 novembre 1975, la Marche verte trouve un nouvel écho dans le tournant diplomatique du 30 octobre 2026. La non-reconduction du mandat de la MINURSO, qualifiée par le Palais royal de page définitivement tournée, vient marquer une nouvelle étape dans le dossier du Sahara marocain. De l’unité populaire portée par Feu S.M. le Roi Hassan II à la vision stratégique de S.M. le Roi Mohammed VI, cet héritage historique nourrit désormais un nouveau récit national.
«Désormais, il y aura un avant et un après 31 octobre 2025. Il est venu le temps du Maroc uni qui s’étend de Tanger à Lagouira. » Chose dite, chose faite : cette sentence royale, prononcée lors du discours royal du 31 octobre 2025, est aujourd’hui une réalité tangible avec la non-reconduction du mandat de la MINURSO, que le Palais royal qualifie, dans son communiqué du 30 octobre 2026, de «page de 35 ans définitivement tournée». «Héritée d’un contexte anachronique et révolu, cette Mission a longtemps constitué un instrument d’internationalisation du différend régional relatif au recouvrement légitime par le Royaume du Maroc de ses provinces sahariennes.» Clap de fin.
Si les derniers événements marquent ainsi un tournant historique lié à la question du Sahara marocain, les résultats ne valent que par le temps. C’est bien avec du temps et de la patience que la feuille de mûrier devient de la soie. Or, qui peut nier que c’est bien la force de la dynamique et de l’esprit de la Marche verte qui a conduit à ce dénouement extraordinaire ?
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Malgré l’usure du temps, il y a des événements qui continuent à éclairer de leur éclat notre époque incertaine. C’est ainsi qu’il faut appréhender la Marche verte aujourd’hui. Il faut y voir, en effet, une étape décisive, un fait historique éclairant qui consolide le récit national autour de sa cause sacrée : le Sahara marocain.
Pourquoi ? Pourquoi alors tenir tant à un événement qui nous parle bien de nous, mais qui remonte au siècle dernier ?
C’est que l’espérance de ce peuple et de ses dirigeants y aura joué un rôle majeur et concret, par le simple fait d’avoir mis ensemble des milliers de Marocains avec, pour seules armes, une détermination sans faille dans le cœur et un Coran dans la main. C’est là le résumé de tout le génie de Feu Hassan II, qui croyait dur comme fer que la reconnaissance du Sahara en tant que partie intégrante du pays n’était pas un mirage. Dans cette perspective, quel est notre viatique? C’est celui d’un récit qui continue d’irriguer la politique du Royaume parce que la Marche verte, ce ne fut pas seulement un coup de théâtre qui a marqué les esprits, mais un épisode majeur dans l’histoire de ce pays. Il s’agit vraiment de ce long périple à pied de milliers de Marocains qui changera le cours de l’Histoire et restera gravé dans la mémoire collective.
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Comment comprendre aujourd’hui l’engouement pour la Marche verte de tout un pays, l’enthousiasme suscité par un événement qui a traversé les ans sans prendre une ride ? D’abord, la cause est juste : certes, récupérer une partie de ses territoires spoliés par le colon espagnol, mais l’un des objectifs de la campagne visait clairement l’opinion publique, marocaine d’abord, bien sûr, mais aussi mondiale, dont l’indifférence nourrissait la perpétuation d’un système colonial. À travers le génie de la Marche verte, le Royaume aura délivré un message au monde qui réussit à faire émerger, d’un contexte complexe, des données géopolitiques intangibles à travers la force symbolique d’une marche pacifique de milliers de personnes. Et ce, pour la réappropriation d’un territoire vital spolié et subtilisé au peuple marocain par le système colonial.
On ne peut plus nier, à l’heure actuelle, que la Marche verte est devenue le cœur battant du récit national du Maroc d’aujourd’hui et un thème récurrent dans les projections d’avenir. Résultat, dans un remake de l’alliance entre l’institution monarchique et le mouvement national (la Révolution du Roi et du Peuple), la Marche verte a également cimenté le lien entre la monarchie du nouveau règne et le champ politique marocain (sur tous les plans institutionnel, économique, social et culturel), comme cette rupture peut être créditée d’une nouvelle alliance entre le Roi et le peuple.
Cet événement représente l’une des étapes les plus glorieuses de l’histoire contemporaine du Maroc, au-delà de l’épopée de plus de 350 000 volontaires civils, venus des quatre coins du Royaume, convergeant de manière organisée, pacifique et disciplinée vers le Sud du pays, mettant à bas les barricades imaginaires et les frontières artificielles et brandissant fièrement le drapeau national sur une terre qui a toujours fait partie du Maroc. Résultat, face à cette marée humaine qui a répondu spontanément à l’appel historique lancé le 16 octobre 1975 par Feu Sa Majesté le Roi Hassan II, appelant le peuple marocain à participer à la libération des provinces du Sud, il a fallu refuser du monde et bien des Marocains ont été très déçus de ne pas avoir leur place dans le convoi.
«Le monde entier a reconnu que le Sahara était en notre possession depuis très longtemps, le monde entier a reconnu qu’il existait des liens entre le Maroc et le Sahara qui n’ont été altérés que par le colonisateur », avait précisé le père de l’actuel Souverain, ajoutant qu’«il ne nous reste donc qu’à entreprendre une marche pacifique du Nord au Sud pour nous rendre au Sahara et renouer avec nos frères ». Après plusieurs semaines de préparatifs minutieux, dans une discrétion qui restera dans les annales de l’histoire, la Marche verte finit par se lancer à l’assaut du Sud, le 6 novembre 1975, dans un élan d’exaltation nationale. C’est pour cela que la commémoration de la Marche verte demeure, pour chaque Marocain, un symbole de fierté et une source d’inspiration pour consolider un Royaume uni, moderne et solidaire.
Par sa dimension politique et historique exceptionnelle, elle continue d’incarner le génie de Hassan II, ce souverain unificateur qui a réussi, malgré tous les avertissements alarmistes des diplomates occidentaux, à brandir le drapeau national dans le ciel dégagé du Sahara, donnant ainsi le coup de sifflet final à la présence du colon espagnol. Au-delà du patrimoine mémoriel que constitue la Marche verte, l’événement continue de tisser une conscience collective forte aussi bien au centre du pays qu’au niveau des provinces du Sahara marocain. En effet, quand on parle du Sud du pays, on n’évoque pas uniquement un territoire : on parle de populations à l’identité propre, porteuses d’un héritage vivant, dont les récits et les traditions forgent une identité encore plus forte, celle d’un Royaume millénaire.
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Dans sa genèse, la Marche était un événement symbolique qui incarnait l’unité de la volonté populaire par rapport à la cause sacrée. Cinquante ans plus tard, le Roi Mohammed VI peut souffler et se féliciter «d’une nouvelle conquête dans le processus de consolidation du désert marocain et de la fin de ce conflit artificiel dans le cadre d’une solution consensuelle sur la base de l’initiative d’autonomie». Cette victoire diplomatique, issue d’une vision royale perspicace de Feu Hassan II, va connaître son couronnement avec le lancement de projets souverains dans une zone désormais reconnue comme marocaine par le droit international et adoubée par le monde entier, passant sans transition de la logique de la défense à la logique des réalisations grandioses, à commencer par le mégaport de Dakhla Atlantique.
Un pari gagné grâce à une logique implacable, celle du chef d’État qui a fait désormais du Sahara le seul prisme à travers lequel il construit ses partenariats et décide de ses alliances stratégiques. D’un côté, la persuasion internationale et, de l’autre, la construction interne d’un territoire où se consacre la souveraineté.
Ce n’est pas pour rien que le Maroc va profiter de la commémoration de l’anniversaire de la Marche verte pour enfoncer le dernier clou dans le cercueil de la MINURSO, en portant la bataille diplomatique du Sahara devant la Quatrième Commission de l’Assemblée générale des Nations unies, pour convaincre définitivement les 193 États membres du bien-fondé des revendications marocaines.