Depuis l’indépendance, trois dates ont profondément marqué la mémoire collective au Maroc : le 18 novembre 1955 qui consacre la victoire du Mouvement de libération national (MLN), le retour de Feu le Sultan Sidi Mohammed Ben Youssef et la fin du protectorat français ; le 6 novembre 1975 au cours duquel a été organisée et lancée la Marche Verte pour la réintégration du Sahara Occidental (SO) dans la mère-patrie ; et le 31 octobre 2025, jour d’adoption par le Conseil de Sécurité (CS) de l’ONU de la résolution 2797 qui a placé la proposition du plan d’autonomie du Sahara Occidental au centre des négociations pour le règlement définitif d’un conflit ayant duré plus de 50 ans.
La mémoire collective d’une nation fait partie de son patrimoine immatériel. Elle ne sert pas seulement à un peuple de s’identifier, de connaitre son passé et son «devenir à travers le temps et l’espace». Elle n’est pas uniquement une source de nostalgie. Elle est aussi un «puits profond» où la Nation peut puiser dans le passé pour «irriguer le présent et l’avenir». Dans cette optique, la mémoire devient constructive d’une Unité qui trouve sa véritable force dans la Diversité.
Dans l’histoire récente du Maroc, il est impossible de séparer ces trois dates. Leur articulation humainement intelligente et subtile permet d’espérer de nouvelles dates annonçant des moments meilleurs d’évolution et de progression dans la stabilité et la paix. Ainsi, la période allant de 1912 à 1955 a été une longue parenthèse au cours de laquelle le royaume du Maroc, pays et Etat séculaire, va être soumis à un «régime de protectorat», dénomination juridique «euphémisée», désignant en fait une mise sous tutelle, voire tout simplement une occupation coloniale par la France et l’Espagne (Tanger fut soumise à un «régime international spécial»). Ce «régime du protectorat» va prendre fin et se terminer «en queue de poisson», avec l’exil forcé du Sultan Mohamed V (20 août 1953) et son retour imposé par le peuple marocain, le 16 novembre 1955.
Deux jours après ce retour, c’est-à-dire le 18 novembre 1955, à l’occasion de la Fête du Trône coïncidant avec cette date, le Sultan Mohamed V prononçait un discours historique devant la mosquée Hassan à Rabat, et proclama la fin du régime du «protectorat français», l’engagement du pays vers l’indépendance et la construction d’un Etat moderne, prononçant ainsi cette phrase qui sera profondément gravée dans la mémoire collective du peuple marocain : «Nous nous réjouissons de pouvoir annoncer la fin du régime de tutelle et du protectorat et l’avènement de la liberté et de l’indépendance», tout en ajoutant par ailleurs : «Le Maroc sort du petit jihad pour s’engager dans le grand jihad», celui de la démocratie et du développement qui devaient assurer au peuple marocain prospérité, justice sociale et dignité.
Ainsi, la date du 18 novembre 1955 est très significative. Le Maroc n’a pas choisi celle du 2 mars 1956 où la France a officiellement entériné la fin du «protectorat» sur le Maroc. La préférence de la date du 18 novembre 1955 n’est pas fortuite. Elle privilégie la volonté populaire et non le formalisme juridique. Le 7 avril 1956, l’Espagne rejoint la France en reconnaissant officiellement l’indépendance du Maroc, tout en se préparant à quitter le territoire occupé au nord. Mais il faudra plusieurs années pour en découdre avec le régime colonial franquiste au niveau des autres territoires qui resteront occupés. notamment au Sud.
En effet, ce n’est qu’en 1969, que la ville de Sidi Ifni sera officiellement rétrocédée au Maroc. Entretemps, les opérations de résistance armée de l’Armée de Libération Nationale au Sud (ALNS) ont poussé l’Espagne à quitter la région de Tarfaya, en 1958. Ainsi, le processus de libération du territoire marocain ne s’est jamais interrompu. C’est aussi le cas pour l’ensemble du Maghreb où le Souverain Mohamed V joua un rôle historique déterminant dans la décolonisation, en soutenant le Front de Libération Nationale (FLN) en Algérie ou Lumumba au Congo. Fervent partisan du panafricanisme, il impulsa, en 1961, la Conférence de Casablanca qui avait réuni des chefs d’Etat tels que Kwame Nkrumah, Sékou Touré ou Modibo Keïta, posant ainsi les premiers jalons de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), née deux ans plus tard, en 1963. Cependant, la partie sud du Maroc resta occupée par l’Espagne dirigée par le dictateur militaire Francisco Franco.
Après la défaire de l’ALNS, en 1958, au cours de l’«Opération Ecouvillon», appelée aussi «Ouragan» ou «Teide», la situation va être relativement figée au Sud du Maroc. Le Royaume va privilégier la voie diplomatique pour poursuivre ses revendications territoriales. En effet, l’avis consultatif de la Cour Internationale de Justice (CIJ), rendu le 16 octobre 1975, sur le Sahara Occidental, va reconnaitre que ce territoire n’était pas une «terra nullius» (territoire sans peuple) au moment de sa colonisation par l’Espagne en 1884, c’est-à-dire au même moment de la Conférence de Berlin qui a consacré le partage colonial du monde entre les puissances coloniales européennes. La CIJ a même reconnu l’existence de liens d’allégeance entre les tribus de ce territoire et le Royaume du Maroc, ainsi qu’avec «l’ensemble mauritanien».
Sur la base de cette reconnaissance, le Roi Hassan II, paix à son âme, va lancer un appel pour annoncer l’organisation d’une marche pacifique vers le SO. Plus de 350 000 citoyens marocains volontaires ont répondu à cet appel. Quelques jours après, ce sera l’Accord de Madrid, conclu le 14 novembre 1975, ouvrant la voie au retrait de l’Espagne. La journée du 6 novembre 1975 sera ainsi consacrée en tant que journée nationale commémorant l’unité nationale et l’intégrité territoriale.
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L’évolution de la situation au SO sera par la suite fortement influencée aussi bien par les séquelles postcoloniales au Maghreb, que par le contexte mondial de la «guerre froide». Après une longue période ponctuée par des affrontements militaires entre le Maroc et le Front Polisario, soutenu principalement par l’Algérie, un accord de cessez-le-feu a été conclu et a pris effet, en 1991, avec pour objectif l’organisation d’un référendum d’autodétermination qui n’a jamais pu être mis en œuvre. Face à une situation de «ni guerre ni paix» et donc d’impasse, dont profitent surtout les marchands d’armes, le Royaume du Maroc va présenter, en 2007, au Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, une proposition intitulée «Initiative marocaine pour la négociation d’un statut d’autonomie de la région du Sahara».
Cette proposition va surtout révéler à la Communauté internationale (CI), la volonté sincère du Royaume du Maroc de trouver une issue/solution équitable et honorable à un conflit artificiel. Les autres parties directes et indirectes audit conflit n’ayant rien proposé, si ce n’est le statu quo. A cela, s’ajoute la démonstration concrète du Maroc à travers les grandes réalisations en matière d’infrastructures et de développement, au profit de l’ensemble de la région du Sahara Occidental (SO) et de sa population. Sur cette base, une grande partie de la Communauté internationale va appuyer l’Initiative d’autonomie au SO présentée par le Royaume du Maroc, soit aujourd’hui plus des deux tiers des Etats-membres de l’ONU. C’est là un succès diplomatique accumulé avec patience et sagesse, certes dans un contexte international plus favorable, différent de celui de la «guerre froide» où le monde était souvent réduit à une perception duale et superficielle, où dominait une distinction simpliste entre des «Etats progressistes» et des «Etats réactionnaires».
La proposition faite par le Maroc, en 2007, a donc eu le temps de gagner en maturité et en adhésion, d’être mieux connue et de plus en plus soutenue, face au vide ou absence d’offre de la part des parties adverses. Et en définitive, c’est cette proposition qui a été retenue par le CS de l’ONU le 31 octobre 2025. Reste aujourd’hui l’étape décisive et ultime de la mise en œuvre effective de cette résolution.
L’Initiative marocaine pour la négociation d’un statut d’autonomie de la région du Sahara (11 avril 2007) : commentaire et extraits
Au préalable, il y a lieu de signaler que la force de la diplomatie marocaine réside dans le fait que le Royaume a constamment soutenu le processus onusien. Ce n’est qu’après le constat multilatéralement partagé d’une situation d’impasse, que le Maroc a pris l’initiative de débloquer cette situation en proposant une alternative qui s’inspire des meilleures pratiques et expériences internationales. Cette alternative a été déclinée sous une forme de proposition de «solution politique mutuellement acceptable», dans le cadre de la souveraineté du Royaume, de son intégrité territoriale et de son unité nationale. Il s’agit d’une «initiative de compromis, novatrice, responsable et ouverte, qui, par son contenu et sa finalité, permet à tous les Sahraouis, qu’ils soient de l’intérieur ou de l’extérieur, de gérer eux-mêmes et démocratiquement leurs affaires, à travers différents organes législatif, exécutif et judiciaire représentatifs». Cette initiative permet de réaliser «le principe de l’autodétermination à travers une expression libre, démocratique et moderne sur le statut d’autonomie. Elle est, de ce fait, conforme à la légalité internationale (…)». Cette solution proposée peut en fait devenir une étape menant vers «l’émergence d’une Union du Maghreb Arabe stable, solidaire, prospère et démocratique (…)».
L’Initiative marocaine pour la négociation d’un statut d’autonomie de la région du Sahara s’articule autour de trois axes : l’engagement du Maroc en faveur d’une solution politique définitive ; les éléments de base de la proposition marocaine ; et le processus d’approbation et de mise en œuvre du statut d’autonomie.
L’Initiative marocaine est avant tout une réponse à l’appel du CS de l’ONU et donc de la Communauté internationale. De ce fait, elle «s’inscrit dans le cadre de l’édification d’une société démocratique et moderne, fondée sur l’Etat de droit, le respect des libertés individuelles et collectives et le développement économique et social». Les populations du Sahara géreront elles-mêmes et démocratiquement leurs affaires. L’Etat conservera ses compétences dans les domaines régaliens, en particulier la défense, les relations extérieures et les attributions constitutionnelles et religieuses du Souverain (…). Le statut d’autonomie, résultat des négociations, sera soumis à une consultation référendaire des populations concernées (…). En définitive, il est question d’un appel aux autres parties en vue «d’écrire une nouvelle page de l’histoire de la région». Une fois créée, la région autonome du Sahara aura des compétences en matière administrative, de police locale, de justice, ainsi qu’en matière économique, budgétaire et fiscale, infrastructurelle, sociale, culturelle et environnementale. La région autonome du Sahara disposera des ressources financières nécessaires à son développement dans tous les domaines. L’Etat conservera la compétence exclusive au niveau des attributions de souveraineté telles que le drapeau, l’hymne national et la monnaie, ainsi que la sécurité nationale, la défense extérieure et l’intégrité territoriale, la diplomatie (…). Sont prévus comme organe de la région, un Parlement régional autonome du Sahara, un gouvernement local autonome, un tribunal régional supérieur (…). Le statut d’autonomie de la région du Sahara sera soumis à une libre consultation référendaire des populations concernées. Toutes les personnes rapatriées pourront bénéficier d’une réinsertion complète dans des conditions garantissant leur dignité, leur sécurité et la protection de leurs biens, avec l’adoption d’une amnistie générale (…).