Charafat Afilal revient sur la scène politique huit ans après, avec un portefeuille hautement stratégique. Portrait d’une camarade du PPS, aujourd’hui à la tête d’un ministère de première ligne.
La nomination de Charafat Afilal à la tête du ministère de l’Énergie, des Mines et du Développement durable, le 16 octobre 2026 par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, se lit d’abord comme un retour. Les notices consultées rappellent qu’elle avait été ministre déléguée puis secrétaire d’État chargée de l’Eau, entre 2013 et 2018, avant de revenir, après plusieurs années d’absence de l’exécutif, avec un portefeuille que les mêmes textes qualifient de hautement stratégique.
Le mot n’est pas excessif : le département qu’elle dirige désormais concentre des décisions qui touchent à la souveraineté énergétique, à la dépendance aux importations, à la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique, à la mobilisation des investissements, au développement des infrastructures et à l’accompagnement de la transition énergétique. Autant de dossiers structurants que les documents présentent comme les principaux enjeux de sa nouvelle mission. Charafat Afilal revient donc sur la scène politique huit ans après, avec un portefeuille hautement stratégique.
Une ingénieure dans le monde politique
Charafat Afilal est diplômée de l’École Mohammadia d’ingénieurs, promotion 1997. Elle est également titulaire d’un certificat en audit et contrôle de gestion de l’Institut supérieur de commerce et d’administration des entreprises. Cette double empreinte, ingénierie et contrôle de gestion, n’est pas un détail dans un ministère chargé de l’énergie, des mines et du développement durable : elle suggère un profil habitué aux systèmes techniques, mais aussi à l’évaluation des coûts, des dispositifs et des responsabilités.
Avant la politique, elle travaille au sein d’organismes publics, notamment à l’Office national de l’eau potable et au Centre national de l’énergie, des sciences et des techniques nucléaires, où elle est chargée de l’unité de surveillance de l’environnement. Le parcours professionnel n’est donc pas étranger aux questions d’énergie, de contrôle et d’environnement, même si l’essentiel de son identité publique s’est ensuite construit autour de l’eau.
C’est précisément cette trajectoire qui rend le personnage intéressant. Charafat Afilal n’arrive pas au gouvernement par une trajectoire d’apparatchik purement politique. Son engagement militant existe, et les sources le documentent : elle intègre la Jeunesse socialiste dès son jeune âge, siège au bureau national de cette organisation entre 1994 et 1999, puis rejoint le bureau politique du Parti du progrès et du socialisme en 2000.
En 2011, elle est élue députée au sein du Groupe du progrès démocratique et devient huitième vice-présidente de la Chambre des représentants. La politique n’est donc pas un habillage : elle est un métier, avec ses mandats, ses responsabilités et ses passages par les institutions représentatives.
Mais le socle reste technique. Ce mélange explique peut-être pourquoi son nom est associé, à la gestion de l’eau plutôt qu’à la seule parole partisane. Son premier passage au gouvernement est entièrement consacré à l’eau. En octobre 2013, elle est nommée par le roi Mohammed VI ministre déléguée auprès du ministre de l’Énergie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement, chargée de l’Eau, dans le gouvernement Benkirane II.
En avril 2017, sous le gouvernement El Othmani, elle conserve ce portefeuille avec le titre de secrétaire d’État chargée de l’Eau auprès du ministre de l’Équipement, du Transport, de la Logistique et de l’Eau. Cette première expérience gouvernementale l’inscrit dans la gestion d’un dossier devenu central pour le Maroc, confronté à la raréfaction des ressources hydriques et aux défis de leur mobilisation et de leur préservation.
Changement de cap
Charafat Afilal retrouve les responsabilités gouvernementales après plusieurs années d’absence de l’exécutif, mais elle change de périmètre ministériel : l’eau ne relève plus de son département, désormais centré sur l’énergie, les mines et le développement durable. Le déplacement est symbolique autant que technique. D’un côté, il consacre la reconnaissance d’un parcours de gestion des ressources rares ; de l’autre, il la place devant un ensemble de décisions où la rareté ne se mesure pas seulement en mètres cubes, mais en dépendance importatrice, en capacités installées, en investissements à mobiliser et en infrastructures à développer. Les deux mondes ne sont pas séparés : l’énergie et l’eau sont des secteurs de réseau, de planification et de souveraineté.
Mais le passage de l’un à l’autre n’est pas automatique. C’est là que se portrait devient analytique : le ministère qu’elle dirige est présenté comme un département de première ligne. La souveraineté énergétique, la réduction de la dépendance aux importations, le développement de la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique, la mobilisation des investissements, le développement des infrastructures et l’accompagnement de la transition énergétique sont autant de chantier qui pointent à l’horizon.
Rappelons que le profil international de Charafat Afilal éclaire autrement le personnage. Experte auprès du Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies, membre du groupe consultatif stratégique d’ONU-Eau et du Water Policy Group. De 2021 à 2023, elle siège au comité de pilotage du Partenariat mondial de l’eau, le Global Water Partnership. Ces fonctions ne sont pas des titres décoratifs : elles situent son expertise dans un espace où les questions de ressources, de droits sociaux et de politiques publiques se croisent.
Sa stratégie à l’Énergie
Charafat Afilal inscrit son action dans une logique de continuité des grands chantiers tout en accélérant leur exécution. Lors de sa passation de pouvoirs avec Leïla Benali, elle s’est engagée à poursuivre les projets structurants engagés par le Maroc dans l’énergie et les mines.
Priorités affichées
Souveraineté énergétique : renforcer la capacité du Maroc à produire, transporter et distribuer son énergie.
Transition énergétique : accélérer la transformation du système énergétique, notamment autour des renouvelables et de l’hydrogène vert.
Intégration climatique : intégrer les enjeux climatiques, environnementaux et de biodiversité dans les politiques publiques. Valorisation minière : développer les ressources minières tout en tenant compte de leurs contraintes industrielles et environnementales.
Articulation eau-énergie : prendre en compte les liens entre énergie, mines, eau, souveraineté alimentaire et développement durable, notamment pour l’alimentation électrique du dessalement. Méthode de gouvernance
Mme Afilal a lancé, dès sa prise de fonction, une revue des chantiers avec les directions chargées des hydrocarbures et mines, de la stratégie et du développement durable, des réseaux énergétiques, ainsi que du climat et de la biodiversité. Elle mise sur la régionalisation, la déconcentration, la transparence et des réunions périodiques de suivi pour évaluer l’avancement des projets, lever les blocages et lancer de nouvelles initiatives alignées sur le programme gouvernemental.