Le 4 juin 2026, l’Institut de l’Entreprise Familiale du Maroc (IEF-Maroc) dévoilait la première étude nationale mesurant avec précision le poids des entreprises familiales dans l’économie marocaine. Réalisée avec le soutien de l’International Finance Corporation, cette photographie révèle que ces entreprises représentent 92,9 % du tissu entrepreneurial national et près de 65 % de l’emploi, soit environ 6,3 millions de postes. Un mois d’octobre plus tard, Moulay Hafid Elalamy (MHE) frappait un grand coup en lançant Saham Bank Private. La banque du puissant homme d’affaires ne se contente pas de surfer sur une tendance : elle ouvre un nouveau chantier au cœur du capitalisme marocain, là où se joue l’avenir d’un modèle économique à la fois puissant et fragile.
Jusqu’ici, le poids des entreprises familiales relevait de l’intuition ou d’estimations approximatives. L’étude de l’IEF-Maroc, la première du genre, acte une réalité statistique incontournable. Les entreprises familiales ne sont pas une composante périphérique du royaume ; elles en sont le socle absolu. Avec 92,9 % du tissu entrepreneurial et 65 % de l’emploi national, elles constituent le moteur quasi exclusif de la création de richesse et de postes de travail. Cependant derrière ce tableau se cache une vulnérabilité que l’étude identifie clairement : l’investissement stratégique.
C’est le point faible de ce modèle. Les entreprises familiales, parce qu’elles privilégient souvent la préservation du patrimoine, la transmission intergénérationnelle et la prudence financière, peinent à franchir le cap des investissements structurants. Expansion, diversification, digitalisation, ouverture de capital : autant de décisions qui exigent des ressources, des compétences et une gouvernance que le cadre familial ne fournit pas toujours spontanément.
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Dans une économie où 92,9 % des entreprises sont familiales et où elles portent 65 % de l’emploi, la moindre frilosité de leur part se répercute mécaniquement sur la croissance nationale, l’innovation et la compétitivité. Le sujet dépasse donc largement la sphère privée des familles fondatrices : il engage la trajectoire économique du pays tout entier. L’étude de l’IEF-Maroc pose ainsi une équation que les pouvoirs publics et les acteurs financiers ne peuvent plus ignorer. Comment transformer un tissu entrepreneurial massif mais fragmenté en moteur d’investissement ? Comment aider des entreprises familiales à financer leur passage à l’échelle ?
Contacté par Challenge, Zakaria Fahim, Managing partner BDO Maroc qui a fait de cette question un sujet clé de l’action de son cabinet, explique : « L’étude de l’IEF-Maroc confirme une réalité que nous observons depuis longtemps : l’économie marocaine est d’abord une économie de familles. Le débat ne doit pas s’arrêter au financement. Le premier risque qui pèse sur ces entreprises est l’absence de préparation à la transmission, bien avant le manque de capital. Nos travaux le montrent : 60 % des dirigeants marocains se disent ouverts à la transmission, mais seulement 15 % l’ont réellement planifiée. Or une transmission réussie se prépare au minimum trois à cinq ans à l’avance. Et dès la deuxième génération, la gouvernance familiale cesse d’être une option pour devenir une nécessité ».
Saham Bank Private : une réponse, un positionnement
C’est précisément dans cet espace que se positionne Saham Bank. En lançant récemment Saham Bank Private, la banque de Moulay Hafid Elalamy — puissant homme d’affaires dont l’envergure n’est plus à démontrer — ne se contente pas d’ajouter une ligne à son catalogue de produits. Elle se positionne au cœur du capitalisme marocain, là où se concentrent les patrimoines, les décisions d’investissement et les enjeux de transmission. Le calendrier n’est pas fortuit.
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Entre l’étude de l’IEF-Maroc (juin 2026) et le dévoilement de l’offre private banking et family office de Saham Bank (octobre 2026), s’est joué une séquence stratégique : d’abord la prise de conscience documentée du poids des entreprises familiales, ensuite l’outil financier censé accompagner leur développement. La banque ne se contente pas de suivre une mode ; elle répond à une demande identifiée, chiffrée, et désormais médiatisée. L’offre de Saham Bank Private intègre par ailleurs une dimension technologique, avec une intégration de l’intelligence artificielle dans son dispositif de banque privée. Un signal fort : le family office à la marocaine ne sera pas seulement une affaire de relations personnalisées et de gestion de patrimoine traditionnelle, mais aussi d’outils numériques capables de traiter la complexité des situations familiales, des actifs multiples et des besoins de gouvernance.
Le temps long : le vrai chantier de MHE
Mais l’offre financière ne suffira pas si les entreprises familiales ne modifient pas leur rapport au temps. Comme l’analyse le rapport d’Administrateur.ma de juin 2026, la gouvernance se joue dans l’anticipation, bien avant l’heure des décisions contraintes. Les chiffres sont sans appel : 47 % des dirigeants jugent leur propre conseil source de pression court-termiste, et 60 % des administrateurs admettent devoir combattre ce court-termisme. Le principal risque des conseils marocains est l’habitude de ne regarder que ce qui presse. Il existe deux temps dans l’entreprise : le temps court, celui des résultats à constater et des décisions à entériner ; et le temps long, celui des ruptures à anticiper, de la relève à préparer.
Les entreprises qui traversent les générations ne sont pas celles qui contrôlent mieux leur passé, mais celles qui ont la lucidité d’ouvrir leur conseil et de regarder devant. Pour réussir cette mue, les entreprises familiales marocaines doivent s’ouvrir à des voix extérieures. L’administrateur indépendant joue ici un rôle crucial. Il n’est pas là pour surveiller la famille, mais pour dire la vérité sur les chiffres, les personnes et les orientations stratégiques, sans risquer de rupture affective. Les données de l’IEF-Maroc sont éclairantes : 51 % des entreprises de première génération sont dirigées par un seul administrateur. Ce chiffre tombe à 38 % à maturité, puis à 7 % chez les entreprises pérennes. À l’inverse, près de la moitié des entreprises pérennes comptent au moins deux administrateurs non majoritaires. Ouvrir son conseil n’est pas perdre le contrôle ; c’est protéger le patrimoine contre ce que l’on ne voit pas venir.
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En se lançant dans cette niche Saham Bank ambitionne : la transformation d’un patrimoine familial en un actif financier structuré, transmissible et valorisable. L’étude de l’IEF-Maroc a posé le diagnostic d’une économie portée par ses familles. L’émergence d’offres de private banking et de family office montre que le secteur financier a compris où se trouvait le cœur de l’économie marocaine. Mais la finance n’est qu’un moyen. Sans décisions d’investissement effectives, les 92,9 % resteront un chiffre impressionnant, mais fragile.
En ouvrant le chantier de Saham Bank Private, MHE ne se contente pas de lancer un produit bancaire. Il propose une réponse privée à une question publique : comment faire durer et fructifier le capitalisme familial marocain. La véritable évaluation de ce nouveau chantier commence maintenant. « Les groupes marocains qui ont traversé les générations ont fait les mêmes choix : investir dans la gouvernance, professionnaliser leur management et préparer leurs héritiers. Toute nouvelle offre financière est donc bienvenue, à une condition : qu’elle accompagne ce travail de structuration. Sans gouvernance, le capital ne fait qu’accélérer la dilution. La transmission ne se décrète pas. Elle se prépare », précise Zakaria Fahim.