Le veto russe du 30 octobre a bloqué le projet américain sur l’avenir de la Minurso, malgré onze voix favorables. Cette double impasse fragilise la reconduction automatique du dispositif onusien et ouvre une nouvelle séquence diplomatique en faveur du Maroc. Une note de l’Alliance des Deux Intelligences (A2I), think tank marocain indépendant associant intelligence humaine et intelligence artificielle dans ses analyses prospectives, en décrypte les conditions.
Le 30 octobre 2026, le Conseil de sécurité n’a adopté aucun des deux projets consacrés au Sahara. Le texte américain a recueilli onze voix pour, une contre – celle de la Russie – et trois abstentions. Le veto russe l’a bloqué. Il proposait de renouveler le mandat de la mission en plaçant l’autonomie sous souveraineté marocaine au cœur du processus politique. Le contre-projet russe, qui prévoyait une reconduction du dispositif existant, n’a obtenu que trois voix favorables, une contre et onze abstentions.
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La continuité institutionnelle qui permettait de prolonger la mission sans faire progresser le règlement ne va plus de soi. Le Conseil n’a pu s’accorder ni sur une transformation de la Minurso, ni sur sa reconduction à l’identique.
De la gestion du dossier à la négociation
La note intitulée « Sahara, le tournant stratégique : Après le veto, comment le Maroc peut-il transformer la rupture en règlement ? » voit l’occasion de déplacer le débat du renouvellement annuel de la mission vers les conditions concrètes d’une solution politique.
Cette évolution s’inscrit dans la continuité de la démarche marocaine engagée avec la présentation, en 2007, de l’initiative d’autonomie. Rabat considère que celle-ci, dans le cadre de la souveraineté marocaine, constitue la voie de règlement à privilégier. La résolution 2797, adoptée le 31 octobre 2025, avait demandé que les négociations prennent comme base la proposition marocaine et reconnu qu’une véritable autonomie pourrait représenter l’issue la plus réalisable. Le scrutin prolonge cette évolution.
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La rupture procédurale ne contient cependant pas le règlement. L’expiration d’un mandat, le retrait effectif d’une mission et la poursuite de l’examen du différend sont des mécanismes distincts. L’enjeu est de faire de la nouvelle configuration un levier de négociation, sans laisser s’installer un vide politique ou opérationnel.
Donner un contenu à l’autonomie
Pour passer du principe à une solution applicable, le débat devra porter sur son architecture : compétences des institutions autonomes, garanties constitutionnelles, ressources, mécanismes de contrôle et relations avec les institutions nationales. Les populations doivent aussi être au cœur du règlement : représentation politique, droits, mobilité, liens familiaux, sécurité quotidienne, accès aux services et perspectives économiques. Le règlement doit offrir un cadre lisible, des garanties et des perspectives.
Le développement des provinces du Sud constitue un élément de crédibilité. Les investissements, infrastructures et services publics doivent se traduire par des résultats mesurables : emplois, formation, débouchés pour les entreprises locales et amélioration des conditions de vie. Développement territorial et proposition politique doivent avancer ensemble.
Consolider les soutiens, élargir les partenariats
Les onze voix recueillies par le projet américain représentent un capital diplomatique. Les partenaires du Maroc peuvent soutenir l’évolution du processus sans partager la même lecture du calendrier, du format de la mission ou des garanties. La cohésion exige dialogue et propositions précises.
Le rôle des États-Unis sera déterminant. Washington a manifesté son refus d’une reconduction inchangée et porté un texte soutenu par une majorité du Conseil. La Russie conserve une capacité de blocage liée à son statut de membre permanent. La Chine, abstentionniste sur les deux textes, doit être considérée à partir de ses positions propres. Le Maroc devra élargir ses partenariats, convaincre les États prudents et préciser les engagements attendus : négociation, garanties, transition ou appui économique.
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L’A2I distingue quatre scénarios: une transition maîtrisée préservant les contacts politiques ; une accélération des discussions sur l’autonomie et ses garanties, dans un horizon de six à vingt-quatre mois ; une dispersion du différend faute d’architecture politique de remplacement ; ou un retour à une continuité adaptée, au risque de réinstaller l’attentisme.
Le temps des propositions
La feuille de route marocaine repose sur trois priorités : préserver la cohésion diplomatique, rendre l’autonomie plus précise et maîtriser la transition institutionnelle. Cela exige des propositions sur les compétences, les garanties et leur application, assorties d’un calendrier.
Dans son verdict stratégique, l’A2I estime que le 30 octobre a rompu une continuité procédurale et révélé l’étendue du soutien à l’orientation marocaine, sans produire encore de règlement. La question centrale devient celle de l’après: comment rendre l’autonomie suffisamment précise, attractive et garantie pour servir de base à un règlement politique durable ?
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L’issue dépendra de la capacité à séquencer les décisions. La note recommande de suivre les instructions données à la mission, les réunions politiques, la position américaine et la convergence des onze soutiens. Les arrangements de liaison devront être documentés pour prévenir les incidents au quotidien. L’ouverture de groupes de travail, des propositions écrites et un calendrier seraient les signes tangibles d’une négociation dépassant les déclarations de principe.