À 50 ans, Fatima Ezzahra El Mansouri franchit le dernier étage d’une ascension politique entamée à Marrakech. Première femme à prendre les commandes du gouvernement marocain, la coordinatrice de la direction collégiale du PAM arrive à la Primature avec un parcours déjà dense : avocate, maire de la ville ocre, députée, ancienne ministre de l’Habitat et figure centrale de son parti. Mais derrière le symbole historique, une équation politique autrement plus complexe l’attend : bâtir une majorité à partir d’un Parlement fragmenté, transformer la victoire électorale du PAM en capacité d’action gouvernementale et répondre à des attentes économiques et sociales élevées.
Le 29 septembre 2026 restera comme une date à part dans l’histoire politique du Maroc. Reçue au Palais royal de Rabat par le Roi Mohammed VI, Fatima Ezzahra El Mansouri a été nommée cheffe du gouvernement et chargée de former le nouvel Exécutif, conformément à l’article 47 de la Constitution. Elle devient ainsi la première femme à diriger le gouvernement du Royaume.
Cette nomination intervient six jours après les élections législatives du 23 septembre, remportées par le Parti Authenticité et Modernité. Avec 97 sièges sur les 395 de la Chambre des représentants, le PAM est arrivé en tête devant le RNI, crédité de 66 sièges, et l’Istiqlal, qui en a obtenu 65. Le PJD, avec 54 sièges, complète le quatuor de tête. La participation, elle, s’est établie à 38,08 %, un niveau nettement inférieur à celui enregistré lors des précédentes législatives.
Le symbole est donc puissant, mais il ne suffit pas à résumer la portée de cette nomination. Car El Mansouri ne prend pas seulement la tête d’un gouvernement : elle doit désormais convertir une victoire électorale en majorité parlementaire et en feuille de route gouvernementale.
Le PAM ne dispose en effet que de 97 députés. La constitution d’une coalition sera donc la première épreuve de la nouvelle cheffe du gouvernement. Les discussions avec les différentes formations politiques s’annoncent déterminantes pour dessiner la majorité qui accompagnera l’Exécutif pendant les cinq prochaines années.
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Avant d’arriver au Palais royal de Rabat, Fatima Ezzahra El Mansouri a construit l’essentiel de son parcours à Marrakech. Née le 3 janvier 1976 dans la ville ocre, elle grandit dans une famille profondément enracinée dans la vie de la cité. Son père, Abderrahmane El Mansouri, était avocat et pacha de Marrakech. Le droit appartient donc très tôt à son environnement familial, avant de devenir le socle de sa propre carrière.
Elle poursuit des études de droit à l’université Mohammed V de Rabat, avant d’obtenir un DEA en droit des contrats d’affaires à l’université de Montpellier et un certificat en droit anglo-saxon auprès de Pace University, aux États-Unis. Elle devient avocate spécialisée dans le droit foncier et immobilier et s’inscrit au barreau de Marrakech en 2005.
Son entrée en politique intervient en 2007, lorsqu’elle rejoint le Mouvement de tous les démocrates. Un an plus tard, elle figure parmi les membres fondateurs du Parti Authenticité et Modernité, créé dans le sillage de ce mouvement.
Cette implantation précoce dans le PAM lui permet de connaître les différentes étapes de la construction de la formation. Elle en accompagne l’enracinement local, puis la montée en puissance nationale. Mais c’est à Marrakech que son nom devient véritablement connu du grand public.
La conquête de Marrakech
En juin 2009, à seulement 33 ans, l’avocate est élue à la tête du conseil communal de Marrakech sous les couleurs du PAM. Elle devient alors la première femme à diriger la ville. L’épisode marque les esprits : quelques mois seulement après son entrée au premier plan, une jeune responsable politique s’impose dans l’une des principales villes du Royaume.
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Ce premier mandat, qui s’étend jusqu’en 2015, lui permet de se confronter à une réalité politique différente de celle des états-majors nationaux. Gestion des finances locales, fonctionnement administratif, marchés publics, urbanisme, équipements et attentes quotidiennes des habitants : Marrakech devient son véritable laboratoire politique.
En parallèle, elle poursuit sa carrière parlementaire. Elle siège à la Chambre des représentants de 2011 à 2016, avant d’être réélue pour la période 2016-2021. Entre-temps, son parcours municipal connaît une rupture. En 2015, elle perd la mairie au profit du PJD. Une alternance qui aurait pu interrompre son ascension. Elle choisit au contraire de poursuivre son implantation politique. Six ans plus tard, en septembre 2021, elle reconquiert Marrakech. Depuis, elle préside de nouveau le conseil communal de la ville, mandat qui doit courir jusqu’en 2027.
Cette expérience de la défaite, puis du retour aux responsabilités, constitue l’une des particularités de son parcours. El Mansouri n’a pas suivi une trajectoire politique parfaitement linéaire. Elle a connu l’alternance locale avant de retrouver son fauteuil et de renforcer, dans le même temps, sa position au sein du PAM.
Au cœur du dispositif du PAM
L’influence de Fatima Ezzahra El Mansouri au sein du PAM ne repose pas uniquement sur ses mandats électifs. Elle s’est également construite dans les structures internes du parti. Présidente du Conseil national du PAM de 2015 à 2024, elle a occupé pendant près d’une décennie une position stratégique dans l’appareil partisan. Le Conseil national constitue l’une des principales instances de la formation. Cette fonction lui a permis d’accumuler une connaissance fine des équilibres internes, des élus locaux et des différentes sensibilités du parti.
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En février 2024, le PAM franchit une nouvelle étape organisationnelle en adoptant une direction collégiale à trois. El Mansouri en devient la coordinatrice. Depuis lors, elle incarne une partie essentielle de la représentation politique du parti et de ses arbitrages.
Cette fonction prend une dimension nouvelle après les législatives de septembre 2026. En plaçant le PAM en tête du scrutin, les électeurs ont fait de la formation la première force parlementaire. La nomination de sa coordinatrice à la tête du gouvernement apparaît dès lors comme l’aboutissement institutionnel de cette séquence. Mais la victoire du PAM ne lui donne pas les mains totalement libres. Avec 97 sièges, la formation reste très éloignée des 198 députés nécessaires pour disposer seule de la majorité absolue.
Une ministre confrontée au réel
Entre la mairie de Marrakech et la Primature, il y a eu le gouvernement. En octobre 2021, Fatima Ezzahra El Mansouri est nommée ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville. Elle conserve cette responsabilité jusqu’en 2026.
Ce portefeuille l’installe au cœur de problématiques particulièrement sensibles : accès au logement, prix de l’immobilier, habitat insalubre, urbanisme, aménagement du territoire et développement des villes.
Son passage au ministère est notamment marqué par une réorganisation interne. Selon les éléments réunis dans les différents volets, elle entreprend de rapprocher des départements auparavant dispersés, notamment l’habitat et la politique de la ville, ainsi que l’urbanisme et l’aménagement du territoire. Cette réorganisation aboutit à une structure administrative plus resserrée.
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Son entourage professionnel insiste également sur une méthode fondée davantage sur les compétences que sur les appartenances partisanes. À son arrivée au ministère, elle n’aurait pas procédé à une remise en cause systématique des responsables issus d’autres formations politiques, privilégiant la continuité administrative et l’expertise.
Une approche qui éclaire peut-être l’image qui s’est progressivement construite autour d’elle : celle d’une responsable attentive aux équilibres, cherchant le consensus, mais assumant ses décisions une fois celles-ci arrêtées. C’est toutefois sur le terrain du logement que son passage au gouvernement laisse sa marque la plus identifiable.
Le programme d’aide directe au logement, lancé pour la période 2024-2028, a modifié la logique traditionnelle de soutien public à l’accession à la propriété. L’aide est directement versée aux ménages éligibles plutôt que d’être principalement accordée aux promoteurs sous la forme d’avantages fiscaux ou fonciers.
Le dispositif prévoit une aide de 100000 DH pour l’acquisition d’un logement dont le prix ne dépasse pas 300 000 DH et de 70 000 DH pour un logement situé dans une tranche allant jusqu’à 700 000 DH. Selon les chiffres communiqués par les autorités, le programme comptait déjà 72 185 bénéficiaires à fin octobre 2025 et avait dépassé 105 000 bénéficiaires en juin 2026.
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Cette réforme constitue l’une des réalisations les plus visibles de son passage au ministère. Elle illustre également une manière d’aborder l’action publique qui devrait être observée désormais à l’échelle nationale : transformer un dispositif administratif en mesure directement perceptible par les citoyens.
La résilience comme marqueur politique
Ceux qui ont travaillé avec Fatima Ezzahra El Mansouri décrivent une responsable attachée au consensus, impliquée dans les dossiers et attentive aux détails. Une réputation que son parcours contribue à expliquer. Sa carrière politique n’a pas été exempte de difficultés. Elle a connu une défaite municipale, des tensions politiques et des attaques personnelles. Elle a néanmoins réussi à conserver une place centrale dans le PAM et à reconquérir Marrakech.
Cette capacité à encaisser les chocs est devenue l’un des éléments récurrents de son portrait politique. Lors du séisme d’Al Haouz en septembre 2023, son déplacement sur les lieux du drame et son contact avec les victimes ont également renforcé cette image d’une responsable allant sur le terrain dans les situations de crise.
Derrière la communication politique, le parcours révèle surtout une responsable habituée à exercer le pouvoir dans des environnements où les décisions ont des conséquences immédiates. La singularité de Fatima Ezzahra El Mansouri tient précisément à la combinaison de ces expériences.
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Elle connaît l’administration locale à travers Marrakech. Elle connaît le Parlement, où elle a siégé à plusieurs reprises. Elle connaît l’appareil partisan du PAM, dont elle a présidé le Conseil national avant d’en devenir la coordinatrice de la direction collégiale. Elle connaît enfin l’administration centrale à travers cinq années passées à la tête d’un ministère particulièrement exposé.
Cette accumulation d’expériences constitue aujourd’hui son principal capital politique. Elle arrive donc à la Primature sans être une inconnue, ni une personnalité extérieure au système. Sa nomination représente une rupture sur le plan de la représentation des femmes à la tête de l’Exécutif, mais elle s’inscrit aussi dans une trajectoire politique déjà longue. C’est toute l’ambivalence de cette nouvelle séquence : le symbole est inédit, le parcours, lui, est celui d’une professionnelle de la politique.
Le symbole et le défi de la majorité
La première femme à diriger le gouvernement marocain doit maintenant affronter un problème très concret : gouverner. La victoire du PAM a ouvert la porte de la Primature, mais elle ne lui fournit pas à elle seule une majorité parlementaire. Les consultations avec les autres formations seront donc déterminantes.
Le RNI, l’Istiqlal et le PAM étaient déjà associés dans la coalition sortante. Mais la campagne électorale a également été marquée par les critiques adressées au bilan du gouvernement précédent. Si certains de ces partenaires doivent à nouveau se retrouver autour de la table, la nouvelle cheffe du gouvernement devra donner un contenu politique à la nouvelle majorité.
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Le PJD et l’Alliance de la gauche ont, selon les éléments du dossier, choisi de s’installer dans l’opposition. Cette configuration réduit mécaniquement le nombre de combinaisons possibles, tout en donnant aux consultations une importance particulière.
L’enjeu ne sera donc pas seulement de compter les sièges. Il s’agira de définir un contrat politique entre les partenaires, de répartir les responsabilités et de fixer les priorités d’un gouvernement appelé à agir dans un contexte marqué par de fortes attentes sociales. «La nomination de Madame Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement constitue une étape importante dans le parcours politique du Maroc. Elle intervient dans un contexte particulièrement délicat, marqué par d’importants défis sociaux, économiques, politiques et diplomatiques. L’enjeu aujourd’hui ne réside donc pas uniquement dans la formation d’un nouveau gouvernement, mais aussi dans sa capacité à répondre aux attentes légitimes des citoyennes et des citoyens et à restaurer la confiance dans l’action politique et dans les institutions. », analyse Dr Tarik Tlaty, Professeur de sciences politiques, Expert en politiques publiques et Président du Centre Marocain d’Études et de Recherches Stratégiques.
La nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri par S.M. le Roi Mohammed VI possède une portée symbolique incontestable. Une femme prend pour la première fois la direction du gouvernement marocain. Pour de nombreuses Marocaines, cette image peut constituer un marqueur important de l’évolution de l’accès aux responsabilités publiques. Mais le symbole ne dispense pas du bilan.
Le PAM a fait campagne sur un programme chiffré à environ 350 milliards de DH sur cinq ans, avec notamment l’objectif affiché de créer un million d’emplois nets. Ces engagements devront désormais être confrontés aux contraintes budgétaires, aux équilibres sociaux et à la capacité réelle de l’administration à les mettre en œuvre.
La nouvelle cheffe du gouvernement devra également composer avec un indicateur politique moins favorable : la participation aux législatives s’est établie à 38,08 %. Le scrutin a certes donné une première place nette au PAM, mais il s’est déroulé avec une mobilisation électorale inférieure à celle de 2021.
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Cette donnée constituera nécessairement l’un des arrière-plans de son mandat. La question ne sera pas uniquement celle de l’efficacité des politiques publiques, mais aussi celle de leur capacité à renouer avec les citoyens. « Je considère que Madame la Cheffe du gouvernement dispose d’une réelle opportunité pour proposer un nouveau modèle de gouvernance fondé sur la compétence, l’efficacité et la proximité avec le citoyen, tout en assurant la mise en œuvre des grands chantiers stratégiques du Royaume, au premier rang desquels figurent la protection sociale, la santé, l’éducation et l’emploi.», estime Dr Tarik Tlaty.
Pour El Mansouri, cette réalité n’est pas nouvelle. Elle a déjà exercé des responsabilités ministérielles dans cette configuration et connaît les mécanismes de coordination entre gouvernement et Palais. Ce qui change, désormais, c’est l’échelle de la responsabilité. Il y a, dans son parcours, un fil rouge qui conduit invariablement à Marrakech.
C’est là qu’elle est née. C’est là qu’elle a étudié, exercé comme avocate et commencé sa carrière politique. C’est là encore qu’elle a remporté sa première grande bataille électorale, perdu la mairie, puis reconquis son fauteuil. La ville ocre aura ainsi constitué sa première école du pouvoir.
Avant de gérer un ministère, elle avait déjà appris à composer avec des élus, une administration, des intérêts économiques, des habitants et des urgences concrètes. Avant de prendre la direction du gouvernement, elle avait déjà expérimenté l’alternance et la reconquête. Cette trajectoire contribue à expliquer la solidité de son implantation politique.
La 20e à diriger le gouvernement depuis l’Indépendance
Avec sa nomination, Fatima Ezzahra El Mansouri devient la quatrième cheffe du gouvernement depuis l’entrée en vigueur de cette appellation constitutionnelle en 2011, et la vingtième personne à diriger le gouvernement marocain depuis l’Indépendance en 1955, selon le décompte présenté dans le dossier.
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Elle succède à Aziz Akhannouch, dont le RNI a reculé lors des dernières législatives. Son arrivée ouvre donc une nouvelle séquence politique, mais également une période de transition pour le PAM, qui passe du statut de partenaire de la majorité à celui de première force parlementaire et de formation chargée de conduire l’Exécutif.
La question sera désormais de savoir comment cette nouvelle architecture fonctionnera dans la durée. Fatima Ezzahra El Mansouri entre dans l’histoire avant même d’avoir présenté son gouvernement. Sa nomination restera comme la première accession d’une femme à la tête de l’Exécutif marocain.
Mais l’histoire politique ne s’écrit pas seulement avec des premières. Elle se mesure ensuite à la capacité de transformer une nomination en pouvoir d’action, une majorité parlementaire en coalition cohérente et des promesses électorales en politiques publiques.
À 50 ans, l’ancienne maire de Marrakech, avocate, parlementaire, ancienne ministre et dirigeante du PAM atteint ainsi le sommet d’une trajectoire construite sur près de deux décennies. Le symbole est désormais acquis. Le véritable rendez-vous commence.
Car après Marrakech, après le Parlement, après le ministère et après la bataille électorale, Fatima Ezzahra El Mansouri doit désormais apprendre à gouverner à l’échelle du Maroc tout entier.