À quelques jours des législatives, les partis affûtent leurs promesses économiques pour séduire un électorat confronté au pouvoir d’achat, à l’emploi et aux attentes sociales. Du million d’emplois promis par le PAM à la croissance revendiquée par le RNI, en passant par les ambitions sociales du PPS, de l’Istiqlal ou de l’USFP, les programmes rivalisent de mesures. Mais derrière cette surenchère se pose une question centrale : leur coût budgétaire et leur capacité réelle à être mis en œuvre.
«It’s the economy, stupid !» (l’économie, il n’y a que cela qui compte !), cette phrase culte attribuée à Bill Clinton en pleine élection présidentielle pourrait bien marquer le premier scrutin législatif du royaume qui fait ainsi la part belle aux priorités économiques dans ses grandes lignes.
Bien sûr, il est tentant de se poser la question de savoir ce que pensent les électeurs de la création d’un million d’emplois nets avec, en prime, un recul du chômage à 7 % voulu par le PAM ? De la croissance (à 5,2 %), souhaitée par les militants d’Aziz Akhannouch ? Du vaste programme axé sur la protection de la famille, le pouvoir d’achat, la tolérance zéro face à la corruption et la souveraineté nationale, brandis par Nizar Baraka ? Ou encore des mesures prévoyant la hausse de 15 % du SMIG et du SMAG, ainsi qu’une aide scolaire de 1 000 dirhams par enfant, proposées par les camarades du PPS de Nabil Benabdellah ?
Lire aussi | Le Maroc face aux élections: quels défis et quelles priorités ?
C’est bien la réponse à ces questions qui donne des sueurs froides à tous les états-majors des partis entrés officiellement en campagne ce 10 septembre.
Si la politique a bien besoin de l’économie, l’économie est bien assujettie à la politique et il semble bien qu’en matière de priorités électorales, l’offre partisane est aujourd’hui riche et variée. Ce qui mérite un tour d’horizon des principales mesures défendues par chaque camp pour les élections législatives, d’autant plus que les différents camps politiques n’ont que quelques jours pour défendre le programme qu’ils envisagent de mettre en œuvre en cas de victoire.
Si les thèmes sociaux font l’objet de beaucoup de promesses, c’est en raison des grandes attentes des citoyens et, pour un parti comme le RNI, il s’agit de mettre en avant une logique de consolidation des politiques publiques mises en œuvre depuis 2021, notamment en matière d’emploi et d’investissement, tout en s’engageant à prendre des mesures fortes telles que l’indexation des aides sur l’inflation, l’ouverture de 15 nouvelles universités, la mise en place d’un médecin de famille, entre autres. Pour ne pas être en reste, le PAM promet de répondre aux inquiétudes des Marocains avec cinq pactes et vingt engagements, dont l’exonération de l’impôt sur le revenu pour les salaires inférieurs à 15 000 DH bruts, une pension minimale de 3 000 DH, 500 000 contrats de première expérience professionnelle, la construction de quatre CHU et de six stations de dessalement.
Lire aussi | Législatives 2026: quelles solutions pour booster l’emploi?
Quant aux islamistes du PJD, ils tablent sur une croissance durable au service de l’emploi, la conditionnalité des soutiens publics à la création d’emplois, des taux réduits pour les TPE et un contrôle sévère des prix des produits de première nécessité. Au Parti de l’Istiqlal (PI), on préfère tabler sur la cohésion familiale, le pouvoir d’achat, les services publics et la souveraineté. Parmi ses 99 propositions figurent un taux d’impôt sur les sociétés de 40 % pour les monopoles, le contrôle des marges bénéficiaires et une loi sur les conflits d’intérêts.
Avec ses 220 engagements, le PPS veut mobiliser 575 milliards de dirhams de dépenses supplémentaires en proposant notamment le doublement des effectifs hospitaliers, l’extension de l’AMO à 8,5 millions de personnes, le recrutement de 12 000 cadres éducatifs par an et une contribution de l’industrie portée à 20 % du PIB.
Les socialistes de l’USFP rêvent toujours d’une social-démocratie qui assurera la souveraineté industrielle, soutenue par la création de 250 000 emplois industriels, avec une part des énergies renouvelables portée à 60 % et la réservation de 30 % des marchés publics aux TPME.
Lire aussi | Elections et corruption: un divorce préalable, nécessaire et incontournable
Pour sa part, le Mouvement populaire (MP), malgré la modestie de ses effectifs, n’en fait pas moins de 33 mesures, dont beaucoup sont originales, telles que la plateforme de suivi des prix et des marges, le transfert de 70 % du budget de la santé au niveau régional et le « contrat de stabilité rurale ».
Petit parti, l’Union constitutionnelle (UC) n’en a pas moins de grandes ambitions puisqu’il rêve d’«un Maroc à une vitesse », où le pouvoir d’achat sera soutenu et où les marchés seraient régulés.
En amont, chaque formation s’est bien donné la peine de produire des notes censées permettre la mise en application concrète, en cas de victoire, de son programme. Et chaque état-major s’efforce aujourd’hui de montrer aux électeurs la crédibilité de ses propositions pour participer à la dynamique.
Lire aussi | Législatives: près de 16 millions d’électeurs appelés aux urnes
Des questions de fond qui impliquent néanmoins de réfléchir aux changements normatifs et aux enjeux budgétaires qui devraient les accompagner. Des choix que nous avons à faire aujourd’hui, qui engagent notre avenir, et ce, au moment où les transitions écologiques et numériques ne laisseront pas beaucoup de liberté de manœuvre à la coalition qui sortira des urnes.
Sur le plan strictement économique, les partis politiques, par pragmatisme, n’appliqueront probablement pas toutes les mesures affichées dans leur programme et seraient donc tentés de ne pas prendre de mesures potentiellement lourdes dès les premières semaines s’ils sont au pouvoir. Mais comment imaginer que le choc psychologique et économique n’aura pas un effet récessif ?
Quel que soit le pragmatisme dont ils peuvent faire preuve, le choix de reporter la mise en œuvre d’un certain nombre de promesses coûteuses serait, à moyen terme, inévitablement trop coûteux pour l’économie du pays, qui est appelé pourtant à faire face à des défis énormes. Comment alors établir la balance des risques ?