Le 20 septembre, le Maroc reculera ses montres d’une heure et retrouvera l’heure de Greenwich, huit ans après l’avoir quittée. Le GMT+1 avait été adopté au nom d’économies d’énergie estimées à 0,17 % de la consommation nationale. Son abandon rapproche le pays de son heure solaire — celle que plusieurs sociétés savantes du sommeil jugent la plus favorable à la santé. La question qui reste ouverte est économique : ce que des matins moins sombres peuvent rendre à l’école et au travail.
Ce qui a été décidé
Le décret adopté le 25 juin abroge celui d’octobre 2018 et fixe le retour à l’heure de Greenwich le dimanche 20 septembre, à deux heures du matin. Le changement est définitif : plus aucun basculement saisonnier, y compris la suspension pratiquée chaque année pendant le Ramadan. Le régime qui s’achève constituait une singularité mondiale — le Maroc figurait parmi les très rares pays à appliquer l’heure d’été toute l’année avec une seule exception annuelle, un modèle hybride qui imposait aux ménages deux changements d’heure par an sans les bénéfices d’un système saisonnier assumé.
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La décision de 2018 s’appuyait sur une étude diligentée par le gouvernement, portant sur cinq années de pratique du changement d’heure. Selon les comptes rendus parus à l’époque, ce travail ne tranchait pas : il proposait trois scénarios — l’heure de Greenwich toute l’année, le GMT+1 toute l’année ou le maintien du système saisonnier. Une seconde étude, publiée en juin 2019 par le ministère délégué à la Réforme de l’administration, avançait des réalisations chiffrées : 37,6 GWh d’électricité économisés en hiver, 33,9 millions de dirhams de carburant, 11 444 tonnes de CO2 évitées. Son périmètre ne couvrait ni les résultats scolaires, ni la santé, ni les horaires de travail, ni la qualité des services publics. Les effets de l’heure légale sur la vie quotidienne de 37 millions de personnes sont restés, huit années durant, en dehors du champ de l’évaluation.
Le sommeil, l’école et la route
La recherche en économie de la santé a mesuré ce que produit une heure de lumière supplémentaire en soirée : une perte de sommeil d’environ vingt minutes par nuit, avec des effets documentés sur la santé et sur le revenu par habitant — effets plus marqués chez les personnes aux horaires matinaux et chez celles ayant des enfants scolarisés. Le mécanisme est simple : le soleil couché plus tard retarde l’endormissement, quand l’école et le travail maintiennent l’heure du réveil. La différence se paie en sommeil.
Au Maroc, les données disponibles sont déclaratives, mais elles convergent. Une enquête présentée en avril dernier par la Fédération nationale des associations de consommateurs auprès de 2 845 répondants livre d’abord une donnée de sécurité : 61,2 % des 777 élèves et étudiants interrogés déclarent ne pas se sentir en sécurité lors de leurs trajets matinaux d’hiver, effectués dans la pénombre. Les deux tiers jugent par ailleurs leur sommeil de mauvaise qualité avant la première séance. Côté enseignants, les trois quarts constatent une hausse de l’absentéisme et des retards matinaux en hiver — et 66,6 % considèrent que la première heure de cours ne sert plus à l’acquisition de savoirs, mais à lutter contre la somnolence. Deux tiers des enseignants estiment ainsi donner une heure de cours qui ne produit pas d’apprentissage.
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Les mesures qui permettraient d’objectiver ces constats existent, mais elles ne sont pas publiques : les analyses de mortalité routière par heure et par lieu n’ont pas été publiées dans le détail, non plus que les séries horaires de charge électrique de l’Office national de l’électricité. Huit ans durant, le pays a payé un coût diffus — du sommeil, de l’attention, des heures de classe — qu’aucune comptabilité ne consolidait, précisément parce qu’il était réparti sur trente-sept millions de personnes. Un coût que personne ne porte en entier n’apparaît dans aucun bilan.
Le Portugal, ou l’expérience déjà faite
Un pays a déjà vécu cette trajectoire, à la même longitude. Le Portugal adopte l’heure d’Europe centrale en 1992 pour s’aligner sur ses partenaires européens — la justification exacte du choix marocain de 2018 — et y renonce quatre ans plus tard. Les motifs composent une liste familière : économies d’énergie jugées faibles, sommeil des enfants perturbé, répercussions sur les performances scolaires. Le retour a été annoncé en février 1996 par le Premier ministre António Guterres, sous la pression d’associations de parents dont les enfants partaient à l’école dans le noir. Sa formule : il est erroné d’aller contre la nature.
Le parallèle a même reçu une validation scientifique. L’Espagne occidentale et le Portugal, longitudes proches et heures officielles différentes, ont servi d’expérience naturelle à la recherche sur les effets du décalage horaire sur le sommeil et les rythmes biologiques, à soleil égal.
L’hypothèse du gain
Le retour à GMT ne produira pas d’effet spectaculaire, et personne ne devrait en attendre un. La littérature documente une chaîne d’effets modestes mais convergents : un sommeil allongé de quelques dizaines de minutes, une vigilance matinale améliorée, une fatigue accumulée moindre. Ces effets se traduisent, dans les travaux disponibles, par des gains mesurables de productivité du travail — le canal par lequel une décision horaire devient une variable économique.
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Le même raisonnement vaut pour l’école. Si la première heure de cours d’hiver redevenait productive, le système éducatif récupérerait du temps d’enseignement sans dépenser un dirham — dans un pays où le temps scolaire effectif est déjà un sujet. La vérification sera possible rapidement : l’absentéisme à la première heure, les résultats aux évaluations nationales, les accidents matinaux entre six et huit heures, la consommation électrique hivernale constituent autant d’indicateurs disponibles, dont les premières séries complètes existeront dès l’hiver prochain.
Un sommeil plus long, des élèves plus attentifs le matin : les conditions d’un gain de productivité sont réunies. Modeste, mais gratuit. Dans une économie où la productivité progresse peu, ce sont précisément les gains de cette nature qu’il faudra apprendre à repérer.