Dans son dossier thématique sur l’impact de la transformation numérique au Maroc, le rapport de la Banque mondiale (BM), édition été 2026, révèle que moins d’une entreprise sur cinq intègre de manière intensive des technologies avancées. Cette « numérisation incomplète » engendre un manque à gagner substantiel, car l’utilisation intensive des nouvelles technologies permet de réaliser jusqu’à 70% des gains de productivité.
Le thème spécial du récent rapport de la BM concernant le suivi de la situation économique au Maroc intitulé «Consolider la croissance : la transformation numérique comme moteur de productivité» examine la dimension critique du défi de productivité, à savoir la transformation numérique incomplète. Pour ce faire, le rapport s’est appuyé sur l’enquête FAT (Firm level Adoption of Technology) qui fournit un ensemble de données représentatif sur l’adoption de la technologie parmi les entreprises officiellement enregistrées au Maroc comptant 5 employés ou plus.
Achevée récemment, l’enquête porte sur 1.256 entreprises des secteurs manufacturier et tertiaire, classées par taille, région et secteur. Elle recueille des informations granulaires sur l’adoption et l’utilisation de plus de 300 technologies dans plus de 60 fonctions commerciales, y compris les processus généraux et sectoriels. L’enquête évalue aussi dans quelle mesure ces technologies sont utilisées dans les opérations de base, ce qui permet une analyse nuancée de la transformation numérique dans le secteur privé marocain.
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Si l’enquête reconnaît que les entreprises marocaines ont accompli des progrès réels dans l’adoption des outils numériques, le constat est que seule une entreprise sur cinq, fait actuellement un usage intensif et intégré des technologies avancées telles que les logiciels d’entreprises, les plateformes de gestion de la relation client, ou les outils de commerce électronique. Or, approfondir cette adoption représente une opportunité considérable, car les entreprises qui s’orientent vers une utilisation plus intensive du numérique enregistrent des gains de productivité pouvant atteindre 70%, créent des emplois 10% plus rapidement et versent des salaires supérieurs d’environ 27% en moyenne. « Combler le fossé numérique du Maroc pour l’aligner sur celui des pays comparables pourrait augmenter la productivité globale de 10 à 15% », précisa dans sa présentation de l’étude, Ahmadou Moustapha Ndiaye, Directeur de Division de la BM pour le Maghreb et Malte.
L’écart entre les entreprises marocaines et la norme, ou «frontière technologique», est particulièrement prononcé parmi les entreprises ayant des niveaux de sophistication plus élevés. Cela signifie que les entreprises marocaines les plus avancées sur le plan technologique sont plus en retard sur le plan de la numérisation que les entreprises moins sophistiquées, tant dans le secteur manufacturier que dans les services, ce qui explique en partie la faible croissance de la productivité du secteur privé.
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De même, l’adoption de la technologie varie considérablement d’un secteur à l’autre. L’industrie automobile, l’hébergement, l’habillement et les autres services affichent des niveaux de sophistication technologique supérieurs à la moyenne nationale, tandis que le fer et l’acier, la transformation des aliments, le cuir, le commerce de gros et de détail se situent en dessous de la médiane nationale. En outre, les entreprises exportatrices sont beaucoup plus susceptibles d’adopter des technologies avancées, du fait de la nécessité de respecter les normes de qualité internationales et de rester compétitives sur les marchés mondiaux. Sans oublier aussi, que les interactions avec les entreprises multinationales sont positivement associées à la sophistication technologique, par le biais de canaux tels que le transfert de technologie, la diffusion des connaissances et la transmission du savoir-faire managérial.
Par ailleurs, l’enquête précise que même lorsque des technologies avancées sont adoptées, elles sont rarement utilisées de manière intensive dans les fonctions opérationnelles de base, ce qui entrave la réalisation de gains de sophistication technologique au sein des secteurs. Or, les gains de productivité les plus substantiels proviennent non seulement de l’adoption de nouvelles technologies, mais aussi de leur utilisation intensive. Les entreprises qui intègrent profondément les technologies numériques dans leurs opérations commerciales de base enregistrent une augmentation de la productivité de plus de 30%.
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Ainsi, malgré des améliorations récentes, les entreprises marocaines restent loin de la «frontière numérique» et restent à la traîne par rapport à leurs pairs à forte croissance. Les comparaisons entre pays tirées de l’enquête FAT montrent que les niveaux moyens de numérisation des entreprises marocaines sont proches de la médiane parmi les 18 pays pour lesquels des informations comparables sont disponibles. L’enquête précise aussi que seuls 31% des établissements utilisent des logiciels spécialisés et seulement 8% utilisent des systèmes ERP (planification des ressources) pour la gestion d’entreprise.
Cela soulève la question de savoir pourquoi les entreprises marocaines ne mettent pas à niveau leurs technologies plus rapidement pour saisir ces avantages. D’après l’enquête, la grande majorité des responsables sondés citent les considérations de coût comme l’obstacle le plus important à l’adoption de nouvelles technologies. L’intensité de cette contrainte varie en fonction de la taille de l’entreprise, les entreprises de taille moyenne étant particulièrement touchées. En outre, si le manque d’accès au financement est un défi important pour les petites et moyennes entreprises, il est moins prononcé pour les grandes structures.
