Alors que Bank Al-Maghrib (BAM) a maintenu son taux directeur à 2,25 % en juin 2026, le coût du crédit a amorcé une hausse inattendue. Au deuxième trimestre 2026, le taux débiteur moyen global s’est établi à 4,81 %, contre 4,66 % au premier trimestre, soit une progression de 15 points de base. Une évolution modérée, mais qui rompt avec la tendance de détente observée précédemment et masque d’importantes disparités entre emprunteurs et secteurs.
Le 23 juin, le Conseil de Bank Al-Maghrib a maintenu son taux directeur à 2,25 %. Cette stabilité n’empêche pas les taux débiteurs d’évoluer. Le refinancement bancaire ne dépend pas exclusivement des guichets de BAM et, lorsque le taux directeur reste stable sur une période prolongée, son influence sur les conditions de crédit atteint progressivement un palier. Les taux appliqués évoluent alors selon la demande de liquidité, le coût des ressources bancaires et le profil de risque des emprunteurs.
La hausse n’est d’ailleurs pas généralisée : 83 % des entreprises considèrent que le coût du crédit est resté stable au deuxième trimestre, contre 17 % qui font état d’une augmentation. Le mouvement concerne surtout les entreprises non financières, dont le taux moyen de crédit a progressé de 17 points de base, à 4,71 %. Les crédits à l’équipement ont enregistré la plus forte hausse, de 28 points, à 4,65 %, tandis que les facilités de trésorerie et comptes débiteurs ont augmenté de 16 points, à 4,63%.
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Cette progression intervient dans un contexte de forte demande d’investissement. Les entreprises doivent renforcer leurs capacités opérationnelles afin de répondre aux besoins liés aux grands chantiers nationaux, notamment ceux associés à la CAN et à la préparation de la Coupe du monde 2030. Le taux moyen reflète ainsi des projets présentant des niveaux de risque différents. Pour la trésorerie, l’urgence joue davantage : une entreprise ayant un besoin immédiat de liquidités privilégie l’accès aux fonds plutôt que la négociation, ce qui réduit sa marge de manœuvre face à la banque.
Le fossé persistant entre grandes entreprises et TPME
La ventilation par catégorie d’emprunteurs révèle toutefois le principal point de tension. Les grandes entreprises continuent de bénéficier de conditions favorables, avec un taux moyen de 4,56 %, contre 5,20 % pour les Très Petites, Petites et Moyennes Entreprises (TPME). Cette différence traduit notamment la prime de risque associée aux structures jugées plus vulnérables. Les grandes entreprises disposent généralement d’un historique financier plus étoffé, de garanties et de fonds propres plus importants, ainsi que de flux de trésorerie plus prévisibles. Leur taille leur confère aussi un pouvoir de négociation supérieur.
Les TPME présentent souvent un profil plus fragile : dépendance à quelques clients, fonds propres limités, trésorerie exposée aux retards de paiement et visibilité réduite sur l’activité. Ces facteurs peuvent renchérir leur financement. La question est donc de savoir comment éviter que les entreprises qui ont le plus besoin de crédit soient précisément celles qui y accèdent aux conditions les moins favorables.
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Pour l’Economiste et analyste Driss Aissaoui, cette problématique doit être replacée dans une réflexion plus large sur l’accompagnement des PME et leur contribution au développement économique. Ses analyses sur le financement du Nouveau Modèle de développement mettent notamment l’accent sur l’amélioration de l’accès des entrepreneurs au financement et sur un accompagnement bancaire adapté aux réalités des petites entreprises.
L’enjeu dépasse donc le seul niveau des taux : il s’agit de permettre à une entreprise viable de mobiliser les ressources nécessaires à son développement dans des conditions compatibles avec sa capacité financière. Un crédit durablement plus cher peut alimenter un cercle vicieux : charges financières accrues, investissement réduit, croissance limitée et perception renforcée du risque par les banques.
Le regard de Fakir El Mehdi, Expert-comptable et analyste économique, élargit cette réflexion. Le coût du financement dépend aussi de la qualité de l’information financière, de la gouvernance et de la capacité de l’entreprise à présenter un projet solide. «Une TPME disposant d’une comptabilité transparente, d’états financiers fiables, d’une bonne visibilité sur ses flux de trésorerie et d’un projet d’investissement clairement structuré est davantage en mesure de rassurer son banquier et de négocier ses conditions de financement», souligne notre analyste.
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L’amélioration de la «bancabilité» constitue ainsi un levier essentiel : transparence financière, meilleure gestion des risques et structuration rigoureuse des projets peuvent contribuer à réduire la prime appliquée aux petites structures. À l’inverse, les particuliers profitent d’une évolution plus favorable. Leur taux débiteur moyen a reculé de 15 points de base, à 5,59 %. Les crédits immobiliers ont diminué de 7 points, à 5,06 %, tandis que le taux des nouveaux crédits à l’habitat est revenu à 4,53 %, contre 4,66 % au trimestre précédent. Cette détente s’explique notamment, par la concurrence entre les banques pour attirer les meilleurs dossiers, dans un marché immobilier où les transactions ont progressé de 11 % sur un trimestre. Les crédits à la consommation suivent la même tendance, avec un recul de 5 points, à 6,81 %.
Le contraste est donc net entre des particuliers bénéficiant d’une concurrence accrue et des TPME toujours pénalisées par une prime de risque. La remontée des taux ne remet toutefois pas en cause la vigueur de la distribution du crédit. À fin juillet 2026, l’encours total a atteint 1 286,2 milliards de dirhams (MMDH), en hausse de 10,3 % sur un an. Le crédit au secteur non financier progresse de 10,1 %, porté par les entreprises privées, dont l’encours augmente de 11 %, à 498,4 MMDH. Les crédits à l’équipement progressent de 18 %, à 151,3 MMDH, et les facilités de trésorerie de 11,3 %, à 197,2 MMDH. L’encours des ménages atteint 403,4 MMDH (+3,3%), tandis que la Mourabaha immobilière progresse de 17,1%, à 32,1 MMDH. Les créances en souffrance augmentent de 3,1%, mais leur ratio reste stable à 8,1% du crédit global.
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Parallèlement, les dépôts bancaires atteignent un record de 1 423,2 MMDH, en hausse de 9,1 %. Les dépôts des ménages s’élèvent à 1 034,5 MMDH et ceux des entreprises privées à 255,3 MMDH, en progression de 11,7 %. Les taux des dépôts à terme ont légèrement reculé, à 2,45 % à six mois et 2,58 % à douze mois. L’agrégat M3 atteint 2 195 MMDH (+11,2 %).
La remontée des taux débiteurs ne traduit donc pas un resserrement structurel de la politique monétaire de BAM. Elle reflète davantage la demande de financement, la nature des projets et la perception du risque selon les emprunteurs. Le véritable enjeu réside désormais dans la capacité du système bancaire à accompagner l’ensemble du tissu productif. Avec un écart de 64 points de base entre grandes entreprises et TPME, le financement reste plus coûteux pour les structures disposant pourtant de moyens plus limités.
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À l’heure où le Maroc accélère ses investissements dans les infrastructures, l’industrie, le tourisme et les grands projets, les TPME devront pouvoir investir, se moderniser et gagner en compétitivité. La question des prochains trimestres sera donc moins celle d’une simple hausse ou baisse des taux que celle de la capacité du système financier à mieux évaluer le risque, accompagner les entreprises et réduire les obstacles qui pénalisent encore l’accès des TPME au crédit.