À l’approche des élections législatives, la question du chômage est au cœur du débat public. L’ensemble des partis politiques lui consacre une place centrale dans leurs programmes. Les pistes de réflexion fusent de toutes parts, mais les politiciens, les institutionnels et les économistes n’ont pas la même vision de la solution. Les réformes en cours suffiront-elles à endiguer le fléau ou faut-il changer complètement de paradigme en matière d’emploi ?
Le 23 septembre 2026, les Marocains sont appelés aux urnes pour renouveler les 395 membres de la Chambre des représentants. Si les enjeux classiques – santé, éducation, protection sociale – figurent en bonne place dans les programmes, un sujet domine les préoccupations des électeurs : l’emploi. Les statistiques du Haut-Commissariat au Plan (HCP) sont sans appel.
Au premier trimestre 2026, le taux de chômage au sens strict atteignait 10,8 %, avant de reculer à 9,5 % au deuxième trimestre, grâce à un changement méthodologique qui a rebattu les cartes du calcul de la population active. Mais cette amélioration statistique ne saurait masquer une réalité plus douloureuse. Le chômage des jeunes de 15 à 24 ans culmine à 27,2 %, celui des femmes à 14,8 %, et les diplômés du supérieur sont frappés de plein fouet avec un taux de 16,7 %.
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La question qui taraude les élites économiques et politiques est la suivante : faut-il repenser la politique économique du Maroc, comme l’invitent à le faire les travaux de Thomas Piketty sur les inégalités et les erreurs de politique conjoncturelle ? Un « New Deal » marocain, sur le modèle des grands travaux de Roosevelt après la crise de 1929, est-il la solution ? Ou bien la stratégie actuelle, fondée sur l’accélération sectorielle et le soutien à l’offre, finira-t-elle par produire les effets escomptés ?
Les chiffres d’une crise d’espérance
Les données du HCP pour le T2-2026 dressent un portrait contrasté. Le taux global de 9,5 % est en baisse de 1,3 point par rapport au trimestre précédent, mais il reste élevé en milieu urbain (11,9 %), tandis que le milieu rural affiche un taux de 5,4 % . Cette différence s’explique en partie par la prédominance de l’agriculture, un secteur qui emploie encore 24,1 % de la main-d’œuvre marocaine mais qui est structurellement fragile, exposé aux aléas climatiques et à la sécheresse.
L’écart entre les sexes est frappant : 14,8 % pour les femmes contre 8,1 % pour les hommes. La sous-représentation des femmes sur le marché du travail est un vieux problème, mais la tendance s’aggrave. Un récent rapport de la Banque mondiale indique que le taux d’activité des femmes est passé de 20,9 % en 2021 à 19 % en 2025, une régression qui compromet les objectifs du Nouveau Modèle de Développement (NMD), qui visait 45 % pour 2035.
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Mais le signal le plus alarmant vient peut-être du chômage des diplômés. Les titulaires d’un diplôme avancé enregistrent un taux de 16,7 %, tandis que ceux qui n’ont aucun diplôme sont à 3,8 %. Les secteurs porteurs comme l’aéronautique, l’automobile ou les services absorbent une partie de cette main-d’œuvre, mais pas suffisamment pour éponger le flux annuel de nouveaux entrants sur le marché du travail.
Le diagnostic des économistes : conjoncturel ou structurel ?
L’économiste Mehdi Fakir, cité dans notre analyse, penche pour une lecture conjoncturelle du pic de chômage. Il rappelle que la sécheresse en milieu rural a mis des éleveurs sur le carreau, et que les crises mondiales (Covid, guerre en Ukraine, tensions au Moyen-Orient) ont bouleversé l’équilibre économique. Il compare la situation à celle de l’Espagne post-crise immobilière, où le marché s’est finalement autorégulé. Mais cette vision est contestée.
Pour sa part, l’économistes istiqlalien Adnane Benchekroune parle d’une « politique économique insuffisante ». Il estime que cette question nécessite une convergence des actions publiques. Abondant dans le même sens, l’économiste Hicham Alaoui souligne : « La base de tout ruissellement positif passe par une augmentation mécanique de la croissance économique. Or, tendre vers les 5 ou 6 % de croissance annuelle que chacun appelle de ses vœux semble un pré-requis indispensable. Nous ne semblons pas prendre cette orientation, du moins pas à court terme. » Pour lui, les réformes du système éducatif sont de nature à améliorer l’employabilité des jeunes, mais à condition d’accroître la productivité et l’efficience.
Faut-il un « New Deal » marocain ?
Face à l’urgence, des voix s’élèvent pour réclamer une action d’envergure, à l’image du New Deal de Roosevelt après la crise de 1929. Aux États-Unis, la Work Project Administration et la National Recovery Administration ont permis de traverser le désert du crash boursier en créant des millions d’emplois publics.
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Mehdi Fakir évoque cette piste : « À défaut de cela, on peut opter comme ce qu’a fait les USA avec le New deal où l’État a impulsé de grands travaux qui ont été pourvoyeurs en grande masse d’emploi ». Le parallèle n’est pas anodin. Le Maroc dispose d’un vaste chantier de régénération urbaine et d’infrastructures, en lien avec la Coupe du monde 2030. Les projets ferroviaires, portuaires et énergétiques pourraient jouer un rôle d’amortisseur social. Mais la question du financement reste entière.