Premier parti à dévoiler sa feuille de route pour l’après-2026, le Rassemblement national des indépendants (RNI) présente un programme articulé autour de trois engagements et douze mesures. Pouvoir d’achat, territorialisation de l’État social et inclusion économique constituent les piliers d’un projet qui entend faire émerger un modèle d’« État accompagnateur », davantage tourné vers la protection des citoyens, l’investissement dans le capital humain et la création d’opportunités économiques.
Le Rassemblement national des indépendants (RNI) ouvre officiellement le débat sur les élections législatives de 2026. En présentant son programme pour la période 2026-2031, la formation dirigée par Aziz Akhannouch devient le premier parti politique à mettre sur la table une feuille de route détaillée pour le prochain mandat gouvernemental. Baptisé «Trois engagements. Douze mesures. La feuille de route 2026-2031 », le document marque une évolution dans le discours politique du parti. Plutôt que de multiplier les promesses, le RNI structure son offre autour de trois priorités clairement identifiées : protéger durablement le pouvoir d’achat, renforcer la résilience des territoires et réussir l’inclusion économique. Au cœur de cette stratégie se dessine une vision assumée d’un «État accompagnateur», qui ne se limite plus à redistribuer les richesses mais cherche à sécuriser les parcours de vie, réduire les inégalités territoriales et favoriser l’autonomie économique des citoyens.
Un nouveau contrat autour du pouvoir d’achat
Premier pilier du programme, la protection du pouvoir d’achat occupe une place centrale. Le RNI estime que les réformes sociales engagées depuis 2021 doivent désormais être consolidées par des mécanismes permanents capables d’amortir les chocs économiques. Le parti propose ainsi un Bouclier social destiné à protéger près de 12 millions de Marocains, soit environ quatre millions de ménages. Le dispositif prévoit d’indexer automatiquement les aides sociales directes sur l’inflation lorsque celle-ci dépasse un seuil prédéfini, tout en maintenant la subvention du gaz butane comme filet de sécurité complémentaire.
Autre innovation, un Bouclier d’épargne ciblera les travailleurs du secteur informel. L’objectif est de leur permettre de constituer progressivement une épargne grâce à un compte abondé à hauteur de 25 % par l’État sur les sommes immobilisées, afin de préparer aussi bien les imprévus que les investissements futurs. Le troisième levier concerne la revalorisation des revenus. Le RNI promet de poursuivre l’augmentation du SMIG, de rapprocher progressivement le SMAG du salaire minimum industriel et de revaloriser les pensions de retraite afin d’améliorer le niveau de vie de près des deux tiers des salariés du secteur formel. Enfin, le parti introduit un Bouclier Éducation, sous forme d’un crédit d’impôt pouvant atteindre 5 000 dirhams par enfant et par an à partir de 2028. Cette mesure vise principalement la classe moyenne et entend alléger le coût de la scolarisation.
Territorialiser l’État social
Le deuxième engagement repose sur une idée forte : faire de la période 2026-2031 celle de la territorialisation de l’État social. Le RNI considère que les droits fondamentaux doivent être garantis partout sur le territoire, indépendamment du lieu de résidence. Pour y parvenir, quatre axes structurent son action. Le premier concerne l’eau. Le parti ambitionne de garantir un accès universel sécurisé à l’horizon 2030 en combinant les grands projets hydrauliques — barrages, interconnexions et dessalement — avec des solutions de proximité destinées aux territoires ruraux, notamment des citernes individuelles, des branchements domestiques et des dispositifs de collecte des eaux pluviales.
Le deuxième axe porte sur l’énergie. Le programme prévoit un vaste plan d’équipement des ménages en panneaux photovoltaïques sans avance financière. Le remboursement serait effectué progressivement grâce aux économies réalisées sur la facture électrique, permettant aux foyers de produire leur propre énergie et de revendre les excédents. L’éducation constitue le troisième pilier de cette stratégie territoriale. Le RNI prévoit la généralisation des écoles pionnières dès 2027, des collèges pionniers en 2028 puis des lycées pionniers avant 2031. Le parti promet également de réduire de moitié le décrochage scolaire, d’étendre le réseau universitaire de 12 à 27 universités et de développer les Cités des métiers et des compétences. La santé complète ce deuxième engagement. Le programme prévoit de porter la densité médicale de 30 à 45 professionnels de santé pour 10 000 habitants d’ici 2030, de généraliser les Groupements sanitaires territoriaux et de mettre progressivement en place le tiers payant dans le secteur public afin de supprimer le reste à charge au moment des soins.
Faire de la protection sociale un tremplin vers l’emploi
Le troisième engagement traduit une évolution importante de la philosophie du programme. Pour le RNI, la protection sociale ne doit plus seulement protéger contre les risques, mais devenir un véritable levier d’insertion économique. Le parti fixe ainsi un objectif ambitieux: créer un million d’emplois d’ici 2030, ramener le taux de chômage de 12,8% à 9 % et soutenir une croissance moyenne de 5 % par an. Cette dynamique reposerait sur plusieurs moteurs : les grands chantiers liés à la Coupe du monde 2030, le tourisme, l’agriculture, l’industrie, les services, l’artisanat ainsi que le numérique. Le programme prévoit également la création d’un Droit au parcours d’activation économique, destiné aux jeunes sans emploi, aux travailleurs du secteur informel et aux personnes éloignées du marché du travail. Il comprendrait diagnostic, orientation, formation et accompagnement vers l’insertion professionnelle.
Autre mesure phare : la transformation de l’actuelle indemnité pour perte d’emploi en une Allocation Retour à l’Emploi. Sa durée serait portée de six à douze mois, les conditions d’accès assouplies et son bénéfice étendu aux travailleurs non salariés ainsi qu’aux saisonniers. Le RNI souhaite également sécuriser les parcours des travailleurs saisonniers en généralisant leur affiliation à la CNSS, en leur ouvrant des droits à la retraite, à l’assurance maladie et à une indemnisation en cas de perte d’activité. Une carte spécifique accompagnerait ces travailleurs tout au long de leur carrière. Enfin, le programme annonce la création d’un Fonds de prêts productifs gratuits, proposant des financements garantis par l’État et accordés à taux zéro aux très petites entreprises, indépendants et porteurs de projets. L’objectif est de lever l’obstacle du financement initial pour favoriser l’entrepreneuriat local et l’économie sociale.
Une vision assumée de l’État accompagnateur
Au-delà des douze mesures, le programme du RNI traduit une évolution doctrinale. Le parti défend désormais une conception de l’action publique où l’État intervient moins comme simple redistributeur que comme accompagnateur des trajectoires individuelles et des dynamiques économiques. Protection contre l’inflation, soutien à l’épargne, accès facilité à l’énergie, sécurisation des parcours professionnels, prêts à taux zéro ou encore territorialisation des services publics : l’ensemble des propositions converge vers une même logique consistant à réduire les vulnérabilités tout en créant les conditions de l’autonomie.
En dévoilant dès aujourd’hui son projet pour 2026-2031, le RNI prend également une longueur d’avance sur ses concurrents et lance de facto la bataille des idées avant les prochaines échéances électorales. Reste désormais à voir comment les autres formations politiques répondront à cette première offensive programmatique et quelles propositions elles mettront en avant pour convaincre les électeurs.n