Seoul et Rabat ont enfin pris le taureau par les cornes, en accélérant les discussions pour aboutir à la version finale d’un accord de libre-échange adoubé par les deux pays. Même si les objectifs de chaque partie ne sont pas forcément identiques à ceux de l’autre. Décryptage.
D’ici à la fin de l’année, l’accord de libre-échange que négocie le Maroc avec la Corée du sud devrait être finalisé. «La conclusion est imminente. Seuls quelques détails techniques restent à régler», indique-t-on au niveau des Coréens. La conclusion de l’accord pourrait intervenir en aout prochain et les négociations portent désormais sur les secteurs de la défense, le rail, les batteries, les chantiers navals et les minerais stratégiques . Cet accord de partenariat économique global, ou CEPA, dont les grandes lignes ont été déroulées au cours des entretiens tenus les 11 et 12 juin à Rabat entre Omar Hejira, Secrétaire d’État chargé du commerce extérieur auprès du ministère de l’Industrie et du commerce, et Yeo Han-koo, qui pilote les négociations commerciales du côté de la Corée.
Les négociations devraient aboutir à une version de libre-échange aussi souple que possible dépassant ainsi, la seule dimension de réduction des droits de douane sur certains produits pour s’ouvrir à l’investissement, aux chaînes d’approvisionnement, à la production industrielle et l’accès sans entraves aux marchés des deux pays. Non seulement la Corée du Sud espère accroître ses échanges et assurer ses investissements au Maroc, mais le dragon de l’Asie voit le royaume comme «un carrefour géoéconomique qui relie l’Europe, les Amériques, le Moyen-Orient et l’Afrique. Pour ceux qui ne le savent pas encore, le Maroc est aujourd’hui«le seul pays africain à avoir conclu des accords de libre-échange avec les États-Unis et l’Union européenne, ce qui offre aux industriels Coréens un accès préférentiel à plusieurs grands marchés. C’est pour cela que l’intérêt de Séoul pour une implantation locale durable ne concerne pas uniquement les achats de matériels ou l’importation des voitures, bien au contraire.
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Les pourparlers qui ont lieu aujourd’hui entre Rabat et Séoul pour poser les bases de cet accord de libre-échange entre les deux pays s’acheminent vers des discussions au cas par cas, une option que réclamait notamment Séoul pour défendre les intérêts de ses champions industriels au Maroc. Pour ne pas le citer, il s’agit essentiellement de Hyundai Rotem qui a remporté tout récemment l’un des plus importants contrats ferroviaires de l’histoire du Maroc, signé en 2025, concrétisé par la mise en place d’une usine de production de rames pour répondre aux besoins de l’Office national des chemins de fer .
Dans l’argumentaire de la Corée, le royaume devrait activer l’ouverture de son marché parce que le processus de production des rames a grandement besoin d’intrants importés de Corée, qui restent prohibitifs en raison des tarifs douaniers et ce, d’autant plus que Hyundai Rotem ne veut pas se limiter à ce marché et se prépare à installer une usine de maintenance, de réparation et de révision navales, capable de prendre en charge aussi bien des navires marchands que des bâtiments militaires.
Sa filiale HD Hyundai Heavy Industries, associée au marocain Somagec, fait partie des trois derniers concurrents encore en lice pour l’appel d’offres du chantier naval de Casablanca, dont l’issue doit être annoncée en août 2026 par l’Agence nationale des ports. Le duo est encore concurrencé par l’industriel italien Palumbo Group et un trio de partenaires chinois, espagnol et marocain regroupés sous l’entité New Shipyard World.
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L’appel d’offres lancé par l’ANP s’inscrit dans le cadre d’un vaste programme de restructuration et de développement du Complexe portuaire de Casablanca, et porte sur «la réalisation d’une cale sèche de 240 mètres de longueur, 40 mètres de largeur et de 8,10 mètres de profondeur, pouvant accueillir des bateaux de 220 mètres de longueur et 32 mètres de largeur, l’aménagement d’une darse de 60 mètres de longueur, de 13 mètres de largeur et de 8,7 mètres de profondeur, équipée d’un élévateur à sangles d’une capacité de 450 tonnes».
Côté Marocain, on bataille sur un accord de libre-échange qui ne soit pas trop mauvais pour le royaume, mais il faudrait que la partie Marocaine ne perde pas de vue qu’en raison du déséquilibre des deux écosystèmes, la libéralisation des échanges entre les deux pays n’est pas forcément une bonne chose. S’ils veulent disposer de marge de manoeuvre supplémentaire pour protéger leurs propres industries, les institutionnels du cru, doivent tenir compte des difficultés à faire face à une concurrence déloyale de ce pays qui ne ferait qu’aggraver les difficultés des industriels locaux . Le meilleur exemple restant celui de l’exportation des matières premières critiques (lithium, cuivre…) qui reviennent dans le royaume via l’importation d’automobiles, aux prix prohibitifs, alors que le pays veut protéger ses propres sites de production.