À l’horizon 2030, le Maroc ambitionne de faire de l’intelligence artificielle un moteur de croissance, de productivité et de création d’emplois qualifiés. Mais entre ambitions stratégiques et retombées concrètes, plusieurs défis demeurent : souveraineté numérique, formation des compétences, modernisation des services publics et inclusion des PME. Pour Ahmed Fal Merkazi, expert en technologies éducatives et IA, la réussite de cette transformation dépendra de la valeur réellement créée et mesurée.
Challenge : À l’horizon 2030, le Maroc ambitionne de faire de l’intelligence artificielle un moteur de croissance, de productivité et de création d’emplois qualifiés. Mais entre ambitions stratégiques et retombées concrètes, plusieurs défis demeurent : souveraineté numérique, formation des compétences, modernisation des services publics et inclusion des PME. Pour Ahmed Fal MERKAZI, expert en technologies éducatives et IA, la réussite de cette transformation dépendra de la valeur réellement créée et mesurée.
Ahmed Fal MERKAZI : Les objectifs visés à l’horizon 2030, notamment les 100 milliards de dirhams de valeur ajoutée et les 50 000 emplois directs et indirects, donnent la mesure des ambitions marocaines en matière d’intelligence artificielle. Toutefois, la véritable question est de savoir comment les concrétiser en gains de productivité, en création de valeur et en emplois qualifiés.
Un investissement dans l’IA ne produit pas automatiquement un gain de productivité. Encore faut-il disposer de données fiables, de processus bien organisés et de collaborateurs capables d’intégrer ces outils dans leurs pratiques professionnelles. Cette exigence rejoint l’orientation du programme gouvernemental, qui entend passer d’une logique centrée sur le volume des investissements à une logique de productivité, d’emploi et de résultats.
Quant aux secteurs, je distinguerais les bénéfices relativement rapides des transformations plus profondes. Les services numériques, l’offshoring, la banque et l’assurance disposent d’activités déjà largement numérisées, dans lesquelles l’IA peut améliorer le traitement de l’information, l’analyse des données et la relation client. Pour l’offshoring, le véritable enjeu sera de monter en gamme vers des prestations plus complexes et mieux valorisées, plutôt que de rechercher uniquement une réduction des coûts.
Dans l’industrie, notamment automobile, aéronautique et agroalimentaire, les perspectives sont également importantes : maintenance prédictive, contrôle qualité, optimisation des chaînes de production et de la logistique. L’agriculture représente un gisement stratégique, particulièrement dans la gestion de l’eau, la prévision des rendements et l’utilisation plus rationnelle des ressources. La santé, l’éducation et l’administration publique peuvent aussi bénéficier de l’IA, avec des retombées économiques et sociales considérables, mais leur transformation exige davantage de précautions en matière de données, de compétences et de qualité des services.
Reste la question de l’emploi. Il serait réducteur de penser que l’IA créera uniquement des postes d’ingénieurs ou de spécialistes des algorithmes. Nous aurons aussi besoin de professionnels capables de concevoir, d’adapter, de superviser et d’évaluer les solutions d’IA dans chaque métier. Cela suppose une coopération étroite entre universités, centres de recherche, dispositifs de formation et entreprises, en accordant une place centrale à la reconversion et à la formation continue. Il faudra également anticiper les emplois dont certaines tâches seront automatisées.
La réussite de Maroc IA 2030 se jouera donc moins sur le nombre de solutions déployées que sur leur diffusion effective dans le tissu économique, notamment auprès des PME, et sur la capacité à mesurer la valeur réellement créée.
Le véritable changement de dimension interviendra lorsque l’IA cessera d’être principalement un objet d’investissement technologique pour devenir un levier quotidien de productivité, d’innovation et de développement des compétences.
Challenge : Face à la domination des grandes puissances technologiques, comment le Maroc peut-il préserver sa souveraineté numérique ? Doit-il développer ses propres modèles d’IA ou privilégier les partenariats, tout en maîtrisant ses données et ses choix technologiques ?
A.F.M. : Il faut d’abord dépasser une idée assez répandue : celle qui consiste à assimiler la souveraineté numérique à la capacité de produire soi-même l’ensemble des technologies utilisées. Dans un domaine aussi mondialisé et concentré que l’intelligence artificielle, cette ambition serait difficilement soutenable, même pour des pays disposant de moyens considérables. Pour le Maroc, l’enjeu est moins d’atteindre une autonomie technologique absolue que de préserver sa capacité à faire des choix, à maîtriser ses ressources stratégiques et à ne pas se retrouver prisonnier d’une technologie ou d’un fournisseur.
Cela suppose de considérer les données comme un véritable actif stratégique. Leur protection ne se résume pas à les héberger sur le territoire national. Il faut également maîtriser les conditions de leur collecte, de leur utilisation, de leur circulation et de leur accès, tout en garantissant leur sécurité et le respect des droits des citoyens. À cet égard, le programme gouvernemental 2026-2031 prévoit notamment le développement d’infrastructures cloud souveraines, le renforcement de la cybersécurité et la construction d’un écosystème marocain d’intelligence artificielle. Ces infrastructures ne prendront toutefois tout leur sens qu’avec une gouvernance rigoureuse des données et une capacité nationale à contrôler les systèmes qui les exploitent.
Concernant le développement de modèles marocains, je privilégierais une approche sélective et pragmatique. Il ne me semble ni nécessaire ni économiquement judicieux de chercher à reproduire systématiquement les grands modèles généralistes développés par les puissances technologiques. En revanche, nous avons tout intérêt à concevoir ou à adapter des modèles répondant à nos besoins spécifiques, notamment dans les domaines de l’administration, de la santé, de l’éducation et de l’agriculture, sans oublier les particularités linguistiques de notre pays, qu’il s’agisse de l’arabe, de la darija ou de l’amazighe. C’est dans cette capacité d’adaptation aux réalités nationales que nous pouvons construire une valeur technologique propre.
Les partenariats internationaux restent indispensables. Encore faut-il les concevoir comme des instruments de développement de nos capacités nationales, et non comme de simples contrats d’acquisition de solutions technologiques. Le partenariat engagé avec Mistral AI, qui a notamment donné lieu à l’annonce de modèles adaptés à la darija marocaine, illustre cette possibilité de coopération. L’essentiel sera de veiller à ce que ces collaborations favorisent le transfert de compétences, la recherche conjointe, l’adaptation des technologies et l’émergence d’entreprises marocaines capables de développer leurs propres solutions.
Il faut également préserver notre liberté de choix technologique dans la durée. Cela signifie éviter une dépendance exclusive à un fournisseur, privilégier autant que possible l’interopérabilité et les standards ouverts, prévoir des garanties contractuelles permettant de changer de solution et développer des capacités nationales d’audit et de maintenance. Les universités, les centres de recherche et le réseau des instituts JAZARI peuvent jouer un rôle déterminant, à condition de travailler en étroite relation avec les besoins des administrations et des entreprises.
En définitive, il ne faut pas opposer souveraineté et coopération internationale. La véritable question est de savoir ce que nous devons impérativement maîtriser, ce que nous pouvons développer avec nos propres compétences et ce que nous avons intérêt à construire avec des partenaires.
À mes yeux, la souveraineté numérique du Maroc se mesurera moins à sa capacité de tout produire lui-même qu’à sa liberté de choisir ses technologies, de protéger ses données et de faire évoluer ses solutions sans subir de dépendances qu’il ne maîtrise pas.
Challenge : Comment l’IA peut-elle améliorer concrètement les services publics et simplifier les démarches des citoyens ? Quelles réformes des processus administratifs, de la gestion des données et de la gouvernance sont nécessaires pour éviter d’automatiser les lourdeurs existantes ?
A.F.M. : L’intelligence artificielle peut contribuer à améliorer les services publics, mais il faut aborder cette question en partant des difficultés rencontrées par les citoyens, et non des possibilités offertes par la technologie. Pour un usager, la qualité d’un service administratif se mesure assez simplement : peut-il obtenir une information fiable, accomplir sa démarche sans déplacements inutiles, connaître les délais de traitement et recevoir une réponse claire ? C’est sur ces attentes concrètes que l’IA doit apporter une véritable valeur ajoutée.
Prenons l’exemple d’une demande d’autorisation administrative. Un assistant intelligent pourrait guider le citoyen, lui expliquer les conditions à remplir, l’aider à constituer son dossier et l’informer de son avancement. Du côté de l’administration, l’IA pourrait faciliter la vérification des pièces, le classement des demandes ou l’identification des dossiers nécessitant une attention particulière. Des initiatives comme Idarati AI, présentée en 2026, illustrent cette orientation. Toutefois, si le citoyen doit toujours fournir plusieurs fois les mêmes documents, solliciter différents services et attendre des validations successives dont l’utilité n’est pas démontrée, nous aurons modernisé l’interface sans véritablement simplifier le service.
La première réforme doit donc porter sur les processus administratifs eux-mêmes. Avant d’automatiser une procédure, il faut en examiner chaque étape, supprimer les formalités injustifiées, clarifier les responsabilités et organiser les services autour du parcours du citoyen plutôt qu’autour des frontières entre administrations. Le Maroc dispose déjà d’un cadre important avec la loi 55-19 relative à la simplification administrative. Le programme gouvernemental 2026-2031 prévoit également de renforcer l’interopérabilité des systèmes et la circulation des données entre institutions publiques. L’enjeu est de traduire ces orientations en changements effectifs dans le fonctionnement quotidien des administrations.
La deuxième réforme concerne les données. L’IA ne peut produire des résultats fiables à partir d’informations incomplètes, contradictoires ou dispersées entre des systèmes qui ne communiquent pas. Il devient donc indispensable d’améliorer leur qualité, d’harmoniser les référentiels et d’organiser leur partage sécurisé entre les administrations habilitées. Cette circulation doit rester strictement encadrée : la protection des données personnelles, la traçabilité des accès et le respect des droits des citoyens sont essentiels pour instaurer la confiance dans les services publics numériques.
Enfin, la troisième réforme relève de la gouvernance. Chaque projet d’IA devrait répondre à un besoin précisément identifié, relever d’une responsabilité institutionnelle clairement définie et faire l’objet d’une évaluation régulière. Les agents publics devront être formés non seulement à l’utilisation de ces outils, mais également à l’interprétation critique de leurs résultats. Il faudra surtout maintenir un contrôle humain approprié sur les décisions susceptibles d’affecter les droits des citoyens, avec des possibilités effectives d’explication, de correction et de recours.
Cette transformation doit également rester inclusive. Une administration plus intelligente ne serait pas nécessairement plus accessible si elle laissait de côté les personnes peu familiarisées avec le numérique, les habitants des territoires insuffisamment connectés ou les citoyens ayant besoin d’un accompagnement humain. L’IA devrait donc compléter les dispositifs de proximité plutôt que les faire disparaître.
La réussite devra se mesurer à des résultats très concrets : moins de documents exigés, moins de déplacements, des délais raccourcis, moins d’erreurs et une meilleure satisfaction des usagers.
Le véritable enjeu n’est pas d’introduire l’intelligence artificielle dans une administration qui fonctionne comme auparavant, mais de repenser l’administration pour que l’IA contribue réellement à la rendre plus simple, plus efficace et plus proche du citoyen.
Challenge : Le Maroc est-il suffisamment préparé à la transformation des métiers par l’IA ? Comment former les compétences nécessaires et éviter que les bénéfices de cette révolution ne profitent qu’aux grandes entreprises et aux profils qualifiés, au détriment des PME, des jeunes et des territoires ?
A.F.M. : Le Maroc a commencé à poser les bases de cette transition, mais il serait prématuré de considérer que nous sommes déjà suffisamment préparés. Les ambitions affichées et les programmes de formation engagés constituent des avancées importantes. Toutefois, la préparation d’un pays ne se mesure pas uniquement au nombre de personnes formées ou de dispositifs créés, mais à la capacité de ses entreprises, de ses institutions et de ses travailleurs à s’adapter concrètement aux transformations des métiers. Or, la Banque mondiale soulignait encore, en juillet 2026, la diffusion limitée des technologies numériques avancées dans le tissu entrepreneurial marocain.
L’IA ne va pas nécessairement faire disparaître des métiers entiers. Dans bien des cas, elle en transformera les tâches, les méthodes de travail et les compétences requises. Cette évolution peut être porteuse d’opportunités, mais elle comporte également des risques, notamment pour les travailleurs dont certaines activités sont automatisables et pour les jeunes qui cherchent à acquérir leur première expérience professionnelle. Nous devons donc anticiper ces transformations, métier par métier et secteur par secteur, en associant les entreprises, les partenaires sociaux, les universités et les organismes de formation.
Sur le plan des compétences, je privilégierais une approche à trois niveaux. Le premier consiste à développer une véritable culture de l’IA accessible à tous, fondée sur la compréhension de ses possibilités, de ses limites et de ses risques. Le deuxième concerne les compétences professionnelles : apprendre à un enseignant, à un technicien, à un comptable ou à un responsable d’entreprise à intégrer judicieusement l’IA dans son activité. Le troisième vise la formation de spécialistes capables de concevoir, d’adapter et de superviser les systèmes. Il ne faudrait surtout pas réserver cette transformation aux seuls ingénieurs et informaticiens.
La feuille de route Maroc IA 2030 prévoit de former et de certifier 200000 talents, tandis que le programme gouvernemental accorde une place importante à la formation continue et à la requalification. Ces orientations sont essentielles. Encore faut-il que les formations soient suffisamment souples, accessibles et adaptées aux besoins réels des métiers. Je pense notamment à des parcours courts, progressifs et pratiques, construits autour de situations professionnelles concrètes, avec une évaluation des compétences effectivement acquises. Une certification n’a de valeur que si elle correspond à une capacité réelle d’agir.
Mais la formation, à elle seule, ne suffira pas à prévenir les inégalités. Une grande entreprise peut généralement mobiliser des compétences spécialisées et investir dans des solutions technologiques. Une petite entreprise n’en a pas toujours les moyens. Il faudrait donc développer des dispositifs d’accompagnement de proximité permettant aux PME d’identifier leurs besoins, d’accéder à des outils abordables et de bénéficier de ressources techniques mutualisées. L’objectif n’est pas que chaque entreprise possède sa propre intelligence artificielle, mais qu’elle puisse utiliser des solutions adaptées à son activité et en tirer un bénéfice réel.
Cette exigence d’inclusion concerne également les jeunes et les territoires. Il faut offrir des parcours accessibles aux diplômés comme aux personnes moins qualifiées, en associant formation, accompagnement et premières expériences professionnelles. Les universités, les centres de formation et les instituts JAZARI pourraient contribuer à rapprocher ces opportunités des différentes régions, à condition que leurs interventions répondent aux besoins économiques locaux. Il serait regrettable que les compétences et les investissements liés à l’IA se concentrent dans quelques grands pôles urbains, alors que les territoires ruraux disposent eux aussi de besoins et de potentiels importants.
Enfin, cette transition doit être accompagnée sur le plan social. Les travailleurs dont les tâches évoluent doivent pouvoir bénéficier de possibilités réelles de reconversion et de progression professionnelle. Il faudra également apprécier les résultats à travers la qualité des emplois créés ou transformés, l’insertion des jeunes et l’accès effectif des PME et des territoires aux nouvelles opportunités.
En définitive, notre ambition ne devrait pas être seulement de former davantage de Marocains à l’intelligence artificielle, mais de permettre au plus grand nombre d’acquérir les compétences nécessaires pour travailler avec elle, créer de la valeur et en partager les bénéfices.
Challenge : Quels indicateurs permettront de mesurer l’impact réel de l’IA au Maroc d’ici 2030 : productivité, emplois, qualité des services publics ou exportations vers l’Afrique ? Quels sont les principaux risques susceptibles de freiner cette ambition et d’empêcher le Royaume de changer véritablement de dimension ?
A.F.M. : La question de l’évaluation sera déterminante. Une stratégie nationale ne peut être appréciée uniquement à travers le nombre de projets lancés, les investissements annoncés ou les personnes formées. Ces éléments renseignent surtout sur les moyens mobilisés. D’ici 2030, il faudra mesurer la transformation effective de notre économie, de nos services publics et de nos capacités technologiques. Le programme gouvernemental 2026-2031 prévoit d’ailleurs de relier les engagements publics à des indicateurs annuels de réalisation et d’impact. Cette exigence devrait pleinement s’appliquer à l’intelligence artificielle.
Sur le plan économique, je retiendrais d’abord les gains réels de productivité : l’évolution de la valeur ajoutée par heure travaillée, la réduction des coûts de production, l’amélioration de la qualité ou encore la diminution des délais. Mais il faudra surtout déterminer dans quelle mesure ces progrès résultent effectivement de l’IA. Une entreprise peut devenir plus performante pour de nombreuses raisons, et il serait scientifiquement discutable d’attribuer automatiquement l’ensemble de ses gains à l’intelligence artificielle.
Concernant l’emploi, il ne suffira pas de comptabiliser les nouveaux postes liés à l’IA. Nous devrons également observer les emplois transformés, les reconversions réussies, l’évolution des qualifications, la qualité des rémunérations et les possibilités d’insertion des jeunes. Il faudra distinguer les créations brutes d’emplois de leur évolution nette, en tenant compte des activités susceptibles d’être automatisées. De même, le nombre de personnes certifiées ne devrait pas se substituer à l’évaluation des compétences réellement acquises et mobilisées.
Pour les services publics, les indicateurs sont concrets : combien de temps un citoyen gagne-t-il dans ses démarches ? Combien de déplacements ou de documents lui sont épargnés ? Les erreurs diminuent-elles ? Les réponses sont-elles plus rapides, plus fiables et plus accessibles ? Et surtout, les usagers sont-ils davantage satisfaits ? Ces résultats permettront d’apprécier la contribution réelle de l’IA à la modernisation administrative.
L’ambition africaine mérite également d’être évaluée. Je pense notamment au nombre de solutions d’IA conçues ou adaptées au Maroc et effectivement commercialisées dans d’autres pays africains, au chiffre d’affaires réalisé, à la fidélisation des clients et aux partenariats technologiques durables. Notre expérience dans les services numériques, nos compétences multilingues et notre savoir-faire dans certains domaines comme l’agriculture, l’éducation ou la santé peuvent offrir des perspectives intéressantes. Toutefois, il ne faudrait pas confondre la multiplication des accords de coopération avec l’existence d’une véritable activité exportatrice. Le rayonnement technologique doit aussi se traduire en valeur économique et en solutions utiles aux partenaires africains.
Pour rendre ces mesures crédibles, je proposerais un tableau de bord national de l’impact de l’IA, accessible au public, actualisé chaque année et soumis à une évaluation indépendante. Il devrait partir d’une situation de référence clairement établie, suivre les résultats par secteur et par territoire et, autant que possible, comparer les évolutions observées avec ce qui se serait produit sans l’introduction de l’IA. Nous pourrions ainsi mieux distinguer les ambitions, les réalisations et les impacts réellement démontrés.
Les risques sont à la fois technologiques, économiques, institutionnels et humains. Je pense particulièrement à la fragmentation des initiatives entre administrations, à l’insuffisante qualité des données, au manque de compétences adaptées, au coût des infrastructures et à la dépendance envers certains fournisseurs. À cela s’ajoutent les risques de cybersécurité, les difficultés d’adoption par les PME et la possibilité que les bénéfices se concentrent dans quelques grandes entreprises ou territoires. J’insisterais aussi sur un risque moins visible : multiplier les expérimentations sans parvenir à les transformer en solutions durables, largement utilisées et régulièrement évaluées.
Pour limiter ces risques, il faudra une gouvernance capable de coordonner les initiatives, d’identifier rapidement les difficultés et de réorienter les moyens lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous. La transparence et l’évaluation ne doivent pas intervenir uniquement à l’échéance de 2030 ; elles doivent accompagner la stratégie tout au long de sa mise en œuvre.
En définitive, le Maroc aura véritablement changé de dimension lorsque nous pourrons démontrer, chiffres et résultats à l’appui, que l’intelligence artificielle améliore durablement notre productivité, la qualité de nos services publics, les perspectives professionnelles de nos citoyens et notre capacité à créer des solutions compétitives au-delà de nos frontières.