La réhabilitation urbaine, la redynamisation commerciale, l’innovation numérique et l’amélioration de la mobilité figurent parmi les priorités du Maârif, l’un des principaux centres d’attraction de la ville de Casablanca. Dans cet entretien, Abdessadeq Mourchid, président du Conseil de l’arrondissement, revient sur les défis de la gouvernance locale, les projets engagés pour renforcer l’attractivité du quartier et les attentes des citoyens.
Challenge : Comment évaluez-vous la gouvernance de Casablanca et les principaux défis auxquels la métropole est confrontée ?
Abdessadeq Mourchid : La gouvernance de Casablanca ne souffre pas de blocages politiques majeurs. Les instances élues évoluent dans un climat marqué par le consensus, le respect mutuel et la volonté de faire avancer les projets. Les principales difficultés sont davantage liées aux contraintes financières. Les besoins d’une métropole comme Casablanca sont considérables, qu’il s’agisse des infrastructures, des équipements collectifs ou des services publics. L’enjeu est donc de mobiliser les ressources nécessaires, de hiérarchiser les priorités et d’assurer la continuité des projets au service des citoyens.
Challenge : Le Maârif a longtemps été considéré comme l’un des principaux pôles commerciaux de Casablanca. Comment comptez-vous lui redonner son attractivité ?
A. M. : Le Maârif a connu une transformation importante à partir de la fin des années 1980 et du début des années 1990, notamment avec l’implantation de nouvelles enseignes et l’émergence du Twin Center. Toutefois, l’évolution des habitudes de consommation et la concurrence des grands centres commerciaux ont modifié son positionnement. Notre objectif est de renforcer son attractivité à travers un programme de réhabilitation portant sur les infrastructures de base, l’éclairage public, les fontaines, les jardins et les espaces verts. Nous accordons également une attention particulière à la rénovation des marchés publics, notamment le grand marché du Maârif et le marché Rivera, afin de moderniser le commerce de proximité et d’améliorer les conditions d’accueil des commerçants et des consommateurs.
Challenge : Quelle place accordez-vous à la culture, au sport et à la vie associative dans cette stratégie ?
A. M. : La revitalisation du Maârif ne peut se limiter au commerce et aux infrastructures. Elle doit également favoriser la culture, les loisirs et la vie associative. Le centre culturel Mohamed Zafzaf a été réhabilité, tandis qu’un centre dédié aux associations, baptisé Ahmed Sabri, a été créé en partenariat avec les ministères de l’Intérieur et de la Culture. Le programme comprend également de nouveaux théâtres, des salles couvertes et des terrains de sport. Ces équipements visent à rapprocher les activités culturelles et sportives des habitants, notamment des jeunes, et à faire du Maârif un quartier où il fait bon vivre.
Challenge : Où en sont les projets de restructuration du quartier du Maârif, dont la réhabilitation du Twin Center ?
A. M. : La publication du plan d’aménagement du Maârif ouvre la voie à l’engagement des procédures d’expropriation pour cause d’utilité publique concernant le site du quartier du Maârif. Nous tenons toutefois à préserver les commerçants qui y exercent actuellement leur activité. Le projet prévoit une réhabilitation sur place, sans déplacement des bénéficiaires actuels, afin de maintenir la continuité commerciale et de préserver l’identité du quartier. Concernant le Twin Center, ses propriétaires ont engagé des travaux de réhabilitation en vue d’y aménager un nouveau centre commercial, ce qui pourrait contribuer au renouvellement de l’offre commerciale du secteur.
Challenge : Le numérique peut-il constituer un levier d’insertion professionnelle pour les jeunes ?
A. M. : Absolument. Nous souhaitons faire des équipements publics des espaces d’apprentissage et d’ouverture sur les nouvelles opportunités économiques. Le centre Zafzaf accueille désormais le premier centre de gaming de Casablanca, réalisé en partenariat avec Casa Events et la Fédération de Gaming. L’accès est gratuit pour les jeunes résidant dans l’arrondissement et âgés d’au moins 16 ans. Par ailleurs, des travaux doivent démarrer dans les locaux de l’ancienne bibliothèque pour aménager, avec un financement de l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), une plateforme dédiée à la formation et au travail dans les métiers du numérique. L’objectif est de rapprocher les jeunes des compétences recherchées sur le marché de l’emploi.
Challenge : Comment la participation citoyenne peut-elle améliorer la gestion locale ?
A. M. : La société civile casablancaise a considérablement évolué. Elle est aujourd’hui plus active, mieux informée et davantage structurée. Les responsables publics doivent en tenir compte en privilégiant une écoute réelle des habitants et des associations. Il ne suffit plus de concevoir des projets en interne pour les présenter ensuite aux citoyens. Il faut instaurer un dialogue continu, comprendre les préoccupations du terrain, expliquer les choix opérés et, lorsque cela est possible, adapter les interventions aux besoins exprimés. Cette démarche contribue à renforcer la confiance envers les institutions et à améliorer l’efficacité de l’action publique.
Challenge : Malgré les projets engagés, quel est, selon vous, le principal défi auquel Casablanca doit faire face ?
A. M. : La mobilité demeure le problème le plus pressant de la métropole. Les embouteillages affectent quotidiennement les habitants, les travailleurs et les opérateurs économiques, tandis que les périodes de forte circulation semblent s’étendre au-delà des heures de pointe traditionnelles. Le Plan de développement du Grand Casablanca a consacré 16 milliards de dirhams sur une enveloppe globale de 33 milliards à la mobilité, notamment au tramway et aux infrastructures routières. Ces investissements ont permis des avancées, mais les besoins restent considérables.
Il faut poursuivre les efforts, examiner les expériences d’autres grandes villes et adapter les solutions à la réalité casablancaise. La réalisation de ponts et de trémies figure parmi les pistes envisageables. Toutefois, la réponse doit s’inscrire dans une vision globale intégrant les transports collectifs, la gestion des flux et la planification des déplacements.
Challenge : Quel est votre objectif pour l’avenir du Maârif et, plus largement, pour Casablanca ?
A. M. : Notre ambition est de redonner au Maârif une place de premier plan dans le paysage casablancais, en associant dynamisme commercial, réhabilitation urbaine, culture, sport et innovation numérique. La réussite de cette démarche dépendra de la mobilisation des ressources financières, de la coordination entre les acteurs et de notre capacité à rester à l’écoute des citoyens. À l’échelle de Casablanca, l’amélioration de la mobilité constitue une condition essentielle pour renforcer la compétitivité économique de la métropole et améliorer durablement la qualité de vie de ses habitants.