Le conducteur de 2026 n’a plus grand-chose à voir avec celui d’il y a cinq ans ! C’est ce que révèle la dernière livrée de l’enquête «Mobility Consumer Pulse», menée par le «McKinsey Center for Future Mobility» auprès de plus de 20 000 usagers en Chine, en Allemagne, au Japon, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Intitulée «How consumers are reshaping the future of mobility», cette étude dresse le portrait d’un automobiliste aux budgets resserrés, mais aux exigences technologiques toujours plus élevées, de moins en moins fidèle aux marques historiques et de plus en plus tenté par de nouveaux modes de transport. Des tendances qui redessinent déjà l’avenir de l’industrie automobile. Décryptage !
Premier constat de cette enquête : l’incertitude économique pèse directement sur les intentions d’achat. En moyenne, 32 % des personnes interrogées prévoient de reporter l’achat de leur prochain véhicule pour des raisons financières, et 45 % envisagent de se tourner vers une catégorie de véhicule inférieure à celle initialement prévue. Ces contraintes touchent en particulier les ménages avec enfants, les foyers à revenus modestes et les habitants des zones rurales. Près d’un consommateur sur deux prévoit désormais un budget inférieur à 40 000 dollars pour son prochain véhicule, tous segments confondus.
Cependant, restriction budgétaire ne rime pas avec renoncement à la qualité. En effet, le rapport qualité-prix arrive en tête des critères d’achat pour 60 % des répondants, juste derrière la qualité elle-même, et ce, quel que soit le niveau de revenu. Un signal clair pour les constructeurs : la montée en puissance de nouvelles marques, notamment chinoises, qui proposent des véhicules performants à prix compétitifs, impose désormais à l’ensemble du secteur une discipline accrue sur l’efficacité produit.
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L’électrique poursuit sa progression
On s’en doute évidemment, l’intérêt pour les véhicules électriques continue de croître, sans toutefois progresser au même rythme partout, souligne McKinsey. Dans le détail, la Chine reste largement en tête, avec plus de 80 % des répondants qui envisagent un prochain véhicule électrique, contre environ la moitié en Europe, 37 % au Japon et 36 % aux États-Unis. Longtemps identifiée comme le principal frein, l’autonomie recule nettement dans les préoccupations des consommateurs : elle n’est plus citée que par 20 % des sceptiques, contre 45 % il y a trois ans à peine, un basculement lié aux progrès réalisés sur la capacité des batteries.
Et ce n’est pas tout. L’enquête relève aussi un élargissement du profil des acheteurs. Alors que les premiers adoptants de l’électrique étaient majoritairement des clients aisés, technophiles et sensibles aux enjeux environnementaux, la nouvelle vague d’acheteurs potentiels comprend une part croissante de familles de la classe moyenne et de consommateurs plus pragmatiques, au budget en moyenne inférieur de 15 000 dollars. L’exposition directe au véhicule électrique, au sein du foyer, demeure par ailleurs le facteur le plus déterminant dans la décision d’achat : les ménages combinant thermique et électrique sont trois à quatre fois plus enclins à franchir le pas.
La technologie, terrain décisif de la competition
Autre évolution marquante : les critères de différenciation traditionnels des constructeurs, tels que le design ou le confort, perdent du terrain face à la technologie embarquée. Les systèmes avancés d’aide à la conduite (ADAS), les technologies de motorisation et les écosystèmes numériques gagnent en importance dans la décision d’achat, au point qu’environ un quart des consommateurs se disent prêts à changer de marque pour bénéficier de meilleures fonctionnalités de conduite autonome, une proportion qui grimpe à 50 % en Chine.
Force est de constater selon l’étude que ce basculement technologique profite particulièrement aux marques chinoises, dont la perception s’améliore rapidement en Europe grâce à un rapport qualité-prix jugé supérieur et à une avance perçue sur l’électrique et les aides à la conduite. Si leur part de marché reste encore limitée, environ 12 % des ventes de véhicules électriques neufs en Allemagne et 21 % au Royaume-Uni, la dynamique de perception s’est nettement inversée en quelques années, forçant les constructeurs historiques à revoir leur stratégie de communication technologique.
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Un parcours d’achat qui change
Le parcours client se transforme également. En effet, deux tiers des acheteurs de véhicules neufs combinent désormais recherche en ligne et passage en concession, tandis que les outils d’intelligence artificielle s’imposent progressivement dans les habitudes de recherche : 28 % des acheteurs de moins de 45 ans y ont eu recours lors de leur dernier achat, contre seulement 5 % chez les plus de 45 ans. Si la satisfaction globale envers l’expérience en concession reste élevée, à 71 %, le niveau de personnalisation des interactions demeure un point faible, cité comme facteur décisif par près d’un jeune consommateur sur deux.
Vers un écosystème de mobilité plus diversifié
Au-delà de la voiture individuelle, l’enquête souligne une diversification progressive des modes de déplacement. Les véhicules autonomes partagés et la micromobilité apparaissent comme les relais de croissance les plus prometteurs, portés par une curiosité croissante des usagers et par les progrès technologiques. Certains freins qui subsistent, comme la confiance limitée envers la conduite autonome, les préoccupations de sécurité, le prix encore élevés, tendent à s’estomper avec l’expérience directe du service. Pour la micromobilité, en revanche, la sécurité et la fiabilité opérationnelle restent les principaux obstacles à lever, aux côtés d’infrastructures cyclables encore jugées insuffisantes.
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Quid du devenir de l’automobile ?
Pris ensemble, ces signaux dégagés par l’étude dessinent un consommateur automobile plus difficile à catégoriser qu’auparavant : plutôt soucieux de son budget mais exigeant sur la technologie, ouvert à l’électrique mais pragmatique, moins fidèle à une marque mais plus attentif à la valeur globale de l’offre.
Cela dit pour les constructeurs, l’enjeu des prochaines années se joue sur plusieurs fronts à la fois : proposer un rapport qualité-prix solide, accélérer sur les technologies d’aide à la conduite, adapter l’offre électrique à une clientèle plus large, fluidifier le parcours d’achat et, enfin, intégrer les nouveaux usages de mobilité partagée dans une stratégie de long terme.
Et selon l’étude, les acteurs capables d’anticiper ces attentes en mutation rapide seront les mieux placés pour conserver, ou conquérir, la confiance des automobilistes de demain.