Elle a vraiment fait grincer des dents avant même de rouler ! Premier modèle 100 % électrique de Maranello, révélée aux yeux du grand public le 25 mai dernier à Rome, la Ferrari Luce vient pourtant de battre tous les records lors de la Monterey Car Week. Son tout premier exemplaire de série, le «châssis 0», a été adjugé 40 millions de dollars (392 millions de DH) chez RM Sotheby’s, près de quarante fois son estimation initiale ! Une somme entièrement reversée à la Ferrari Foundation, qui relance un débat que les tifosi n’ont pas fini de trancher.
Présenté sans prix de réserve le 15 août lors de la vente Monterey de RM Sotheby’s, le châssis 0 de la Luce était annoncé à 1,1 million de dollars, soit à peine le double du tarif catalogue d’une Luce de série, fixé autour de 640 000 dollars. Chose incroyable, les enchères se sont envolées en quelques minutes, franchissant les paliers de 5, 10, puis 20 millions de dollars avant de s’emballer par bonds de plusieurs millions jusqu’au coup de marteau final, à savoir 40 millions de dollars.
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Un résultat qui propulse cette Luce parmi les voitures les plus chères jamais cédées aux enchères publiques. Elle devance largement la Ferrari Daytona SP3, vendue 17,8 millions de dollars lors de la même semaine, et surclasse même le McLaren F1 GTR «pop art» de Nick Mason, adjugé 34,6 millions de dollars alors qu’il était annoncé comme la pièce maîtresse de la vente.
Toujours est-il que ce châssis 0 n’a rien d’une Luce de série. Il s’agit du tout premier exemplaire de production du programme, identifié par une plaque dédiée et habillé par le département «Tailor Made» de Ferrari. Sa robe «Madreperla Semi-Gloss», un blanc nacré aux reflets irisés développé spécifiquement pour cette voiture, est associée à des jantes et des étriers de frein assortis. L’habitacle, en cuir métallisé Le Mans teinte Perla, se distingue par des touches «Grigio Corvara», une teinte inédite sur ce modèle habituellement finalisé en noir.

Sous la carrosserie, quatre moteurs électriques, un par roue, délivrent une puissance combinée de 1 050 chevaux pour un 0 à 100 km/h annoncé en 2,5 secondes. La Luce reste une cinq places, ce qui en fait, sur le papier, la Ferrari familiale la plus rapide jamais produite, sans le moindre cylindre.
Rappelons que cette vente était structurée comme une enchère caritative : en effet, la totalité du produit revient à la Ferrari Foundation, fondation reconnue d’utilité publique aux États-Unis, qui finance notamment M-TECH Alfredo Ferrari, un campus de formation technique de 32 000 m² en construction à Maranello.
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Que faut-il penser de tout cela ?
Une chose est sûre, c’est qu’il faut résister à la tentation de lire ce record comme une réhabilitation de la Luce électrique aux yeux des tifosi. Ce que 40 millions de dollars ont acheté à Monterey, ce n’est pas un jugement esthétique ou technique sur l’abandon du moteur thermique, c’est tout simplement un objet historique unique, le tout premier châssis d’un programme, assorti d’une cause caritative et d’une plaque numérotée. Mais la Luce de série, elle, continue de se vendre autour de 640 000 dollars, ni plus ni moins qu’avant l’enchère, et les critiques sur son style et sur la place de l’électrique chez Ferrari ne vont pas disparaître du jour au lendemain.

Cela dit, il faut reconnaître l’habileté de Ferrari. Car en transformant son lancement le plus contesté depuis des décennies en record d’enchère caritatif, la marque au cheval cabré impose un nouveau récit. En effet, on ne parle plus du style de la Luce, mais du chiffre. Faut-il rappeler également que Maranello n’a cessé de marteler, à qui l’aurait oublié, que son plan produit à horizon 2030 reste dominé par le thermique et l’hybride (40 % + 40 %), l’électrique ne représentant que 20 % de la gamme annoncée. Auquel cas, la Luce n’est pas un remplacement : c’est un ajout, une option supplémentaire dans un catalogue qui reste majoritairement à moteur thermique.
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Une question demeure : ce record traduit‑il la volonté du marché des collectionneurs de valoriser la toute «première» Ferrari électrique, indépendamment de sa motorisation, ou bien illustre‑t‑il la force de l’argument caritatif et de la rareté, capables d’éclipser, le temps d’une enchère, les débats esthétiques et idéologiques ? Le débat reste ouvert.