Le Projet de loi de finances (PLF 2027) devra introduire pour la première fois un dispositif formel d’étiquetage climatique des dépenses publiques. Une réforme qui entend faire du climat un véritable critère d’allocation des ressources de l’État.
Le Maroc s’apprête à franchir une nouvelle étape dans l’intégration des enjeux environnementaux à sa politique budgétaire. Le PLF 2027 sera le premier budget du Royaume à intégrer officiellement un mécanisme d’étiquetage climatique permettant d’identifier, de classer et de suivre les crédits publics selon leur impact potentiel sur le climat. L’objectif est de mieux mesurer la contribution des dépenses publiques à l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre et à l’adaptation aux effets du changement climatique.
Cette réforme a été engagée le 23 avril 2026, avec la signature par le chef du gouvernement de la circulaire n°6/2026 lançant le déploiement du dispositif. Une phase pilote a été retenue autour de trois départements : l’Équipement, le Transport et l’Agriculture. Leurs budgets pour les exercices 2026 et 2027 doivent servir de laboratoire afin de tester la méthodologie avant une éventuelle généralisation à l’ensemble des administrations publiques.
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Le chantier ne se limite pas à un exercice comptable. Il traduit une évolution de la manière dont l’État entend programmer et évaluer ses dépenses. La Direction du Budget a déjà organisé, les 18 et 19 juin à Rabat, un atelier destiné à renforcer les capacités des représentants des ministères pilotes et des membres du groupe de travail interministériel. Une unité climat a également été créée au sein du ministère de l’Économie et des Finances afin de coordonner les travaux et de veiller à l’alignement de la programmation budgétaire avec les objectifs climatiques du Maroc.
Une réforme qui s’inscrit dans une trajectoire plus large
Cette évolution prolonge les mesures engagées depuis plusieurs années. Dès 2024, le gouvernement avait commencé à intégrer la Contribution déterminée au niveau national (CDN) dans le cycle des programmes triennaux de dépenses de l’État. La circulaire n°5/2025 a ensuite rendu obligatoire la prise en compte des objectifs climatiques dans les projets de politiques publiques sectorielles.
L’enjeu financier est considérable. Le Maroc prévoit environ 96 milliards de dollars d’investissements climatiques à l’horizon 2035, dont 21 milliards destinés aux réseaux électriques et 13,9 milliards aux transports. Le pays vise parallèlement une réduction de 53% de ses émissions à l’horizon 2035 par rapport au scénario de référence, avec notamment une hausse significative de la part des énergies renouvelables et une sortie progressive du charbon prévue à l’horizon 2040.
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Cette orientation prend une importance particulière dans un pays fortement exposé aux conséquences du changement climatique. La période 2019-2023 a notamment été marquée par une sécheresse d’une durée et d’une intensité exceptionnelles, tandis que 2023 a enregistré un niveau de précipitations historiquement faible. Le budget vert doit ainsi permettre de rapprocher les engagements climatiques du Royaume des moyens financiers effectivement mobilisés.
Un instrument appelé à dépasser le calendrier électoral
Le PLF 2027 intervient toutefois dans un contexte politique particulier. Les ministères doivent transmettre leurs propositions avant le 31 août, tandis que les arbitrages budgétaires sont prévus du 7 au 17 septembre, quelques jours seulement avant les élections législatives du 23 septembre. Le gouvernement sortant prépare donc un budget dont l’exécution reviendra largement au prochain Exécutif.
C’est précisément ce qui donne au budget vert une portée particulière. En inscrivant les considérations climatiques dans la programmation budgétaire, le Maroc cherche à faire de ces engagements autre chose qu’une succession de politiques gouvernementales. Les objectifs climatiques associés à des ressources identifiées peuvent ainsi acquérir une continuité au-delà des alternances politiques.
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Le défi reste néanmoins important. La phase pilote ne concerne pour l’instant que trois ministères et la généralisation du dispositif n’est pas encore programmée. La méthodologie devra être affinée, les administrations formées et les outils de suivi consolidés. Selon les données citées par Les ÉCO, seuls 3% des besoins d’adaptation climatique auraient jusqu’ici été financés.
Avec le PLF 2027, le Maroc engage donc une transformation qui dépasse la seule présentation des comptes publics. Pour la première fois, l’impact climatique des dépenses doit entrer dans la mécanique de décision budgétaire. Une évolution encore expérimentale, mais qui pourrait progressivement imposer une nouvelle grille de lecture des politiques publiques.