À New York, l’administration Trump a adressé au Polisario un message sans ambiguïté : après cinq décennies d’impasse, la solution est « sur la table ». Derrière cette formule soigneusement calibrée de Mike Waltz se profile le plan marocain d’autonomie, consacré comme base du processus politique par la résolution 2797. Une séquence qui contrarie les calculs d’Alger.
La scène, en marge de la 81e Assemblée générale des Nations unies, n’aura duré que quelques échanges. Mais le message, lui, est lourd de conséquences. Mercredi 30 septembre, Mike Waltz, ambassadeur des États-Unis auprès de l’ONU, recevait à New York une délégation du Front Polisario conduite notamment par Mohamed Yeslem Beissat, chargé des Affaires étrangères de la milice séparatiste, et Mohamed Salem Ould Salek, conseiller de Brahim Ghali.
Le message de Washington
À l’issue de la rencontre, le diplomate américain publiait sur X un message de quatre phrases, au ton inhabituellement direct : « J’ai rencontré le Polisario. Les réfugiés des camps de Tindouf attendent depuis 50 ans. Ils méritent de véritables choix, et non une nouvelle décennie d’attente. La base d’une solution est sur la table. »
Une formule qui ne laisse guère de place au doute. Si Waltz ne cite pas explicitement le plan marocain d’autonomie, c’est bien celui-ci qui se trouve désormais au centre du processus onusien. Adoptée le 31 octobre 2025, la résolution 2797 du Conseil de sécurité a en effet consacré cette proposition comme base de négociation, renforçant ainsi la position de Rabat dans le règlement du conflit.
Pour le Polisario, venu chercher à Washington une éventuelle inflexion de la position américaine, la rencontre tourne donc plutôt au rappel à l’ordre.
Les camps de Tindouf au cœur du message
L’autre volet du message américain est tout aussi significatif. En mettant directement en avant le sort des populations des camps de Tindouf, Washington déplace le débat sur un terrain longtemps sensible pour Alger et le Polisario.
Depuis près d’un demi-siècle, ces populations vivent dans une situation d’attente devenue chronique, dans des camps situés sur le territoire algérien. Pour l’administration américaine, cette situation ne peut plus être dissociée de l’impasse politique. Les réfugiés, insiste Waltz, doivent pouvoir disposer de « véritables choix » quant à leur avenir.
Sur instruction de la Maison-Blanche et du président Donald Trump, le représentant américain aurait ainsi été chargé de transmettre aux responsables séparatistes un message clair : le statu quo n’est plus tenable et le temps des atermoiements touche à sa limite.
La formulation est importante. Washington ne se contente plus d’appeler à une solution politique « réaliste, pragmatique et durable ». Il met désormais l’accent sur la nécessité de traduire le cadre diplomatique existant en avancées concrètes.
Alger pris à contre-pied
Cette séquence intervient alors que la diplomatie algérienne tentait, ces dernières semaines, de décoder les intentions de Washington. Quelques jours avant la rencontre avec le Polisario, Mike Waltz s’était entretenu avec le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf.
Les échanges, conduits sur un registre plus diplomatique, avaient aussitôt alimenté les spéculations sur une possible inflexion américaine. Certains observateurs y avaient vu les prémices d’un rapprochement entre Washington et Alger, notamment sur fond d’intérêts énergétiques et de tensions liées au marché pétrolier.
La rencontre avec le Polisario vient toutefois sérieusement relativiser ces lectures. Sans fermer la porte au dialogue avec Alger, Washington semble surtout chercher à remettre la question du Sahara sur les rails du processus consacré par le Conseil de sécurité.
Pour Alger, qui continue de soutenir le droit à l’autodétermination tel que défendu par le Polisario, le signal est donc difficile à ignorer. D’autant que la proposition d’indépendance n’apparaît pas dans le message public de Waltz, tandis que le plan d’autonomie marocain est implicitement désigné comme la « base » permettant de sortir de l’impasse.
Trump veut accélérer
La temporalité de cette rencontre n’est pas anodine. Elle intervient à quelques jours de la réunion du Conseil de sécurité consacrée au dossier du Sahara, alors que la mise en œuvre de la résolution 2797 tarde encore à produire les résultats politiques escomptés.
Après plusieurs mois d’attentisme, l’administration Trump semble vouloir reprendre la main sur un dossier qui reste l’un des points de friction majeurs du Maghreb. La méthode américaine paraît désormais consister à mettre les protagonistes devant leurs responsabilités : une solution existe, elle est déjà identifiée, et les populations concernées ne peuvent continuer à attendre indéfiniment.
Reste la question décisive : le message de Washington sera-t-il suivi d’effets ? La prochaine étape se jouera dans les discussions autour du Conseil de sécurité, mais aussi dans la capacité du Polisario et surtout de son soutien algérien à accepter le nouveau rapport de force diplomatique.
Pour Rabat, la séquence constitue en tout cas un signal favorable. Pour Alger, elle rappelle surtout que, dans le dossier du Sahara, le temps diplomatique ne joue plus nécessairement en faveur du statu quo.