Dans l’univers feutré mais stratégique des fusions-acquisitions, Salma Bennaddou Idrissi évolue depuis un quart de siècle avec la même passion intacte. «Je suis tombée dans le M&A un peu comme Obélix dans la marmite », confie-t-elle avec humour. Le déclic remonte à son premier stage chez Lazard, alors qu’elle était encore en école de commerce. Une révélation fondatrice. Elle poursuit ensuite près de dix années chez CFG Bank, qu’elle décrit comme une véritable école d’excellence, où elle affine sa maîtrise d’un métier à la fois technique, sophistiqué et profondément humain.
Car derrière chaque opération financière, rappelle-t-elle, se joue un tournant de vie : une transmission, une croissance, une page qui se tourne. «Ce sont des moments décisifs pour un fondateur ou un dirigeant, mais aussi pour toutes les femmes et les hommes qui font vivre l’entreprise. » Cette dimension humaine devient encore plus centrale lorsqu’elle fonde, il y a près de quinze ans, Burj Finance, sa propre banque d’affaires.
Avec une conviction simple – être aux côtés des entrepreneurs dans les moments clés de leur histoire – elle bâtit une structure qui accompagne aussi bien des PME familiales que des groupes plus structurés. Cession, ouverture du capital, restructuration : pour elle, ces étapes ne sont jamais de simples transactions financières. Elles exigent recul, méthode et sérénité. Son rôle, dit-elle, consiste à apporter de la structure et à sécuriser ces phases sensibles, avec une approche de partenaire de long terme.
Il y a quatre ans, elle élargit encore son champ d’action en lançant Kalys Ventures, un fonds de venture capital basé à Casablanca. Objectif : soutenir la nouvelle génération d’entreprises innovantes et contribuer à faire émerger les futurs leaders économiques. Le fonds investit dans de jeunes sociétés en croissance, en leur apportant à la fois des capitaux et un accompagnement stratégique.
Pour Salma Bennaddou Idrissi, ces deux activités ne s’opposent pas, elles se complètent. Les entreprises établies ont besoin d’innovation pour poursuivre leur développement ; les startups, elles, doivent s’ancrer dans l’économie réelle pour croître durablement. « Mon rôle est de faire dialoguer ces deux univers et de créer des passerelles concrètes entre eux. »
Sur la place des femmes, son regard est lucide mais optimiste. « Les lignes sont en train de bouger», observe-t-elle. De plus en plus de femmes accèdent à des responsabilités économiques et financières majeures, gagnant en visibilité et en légitimité. Elle rencontre, dans son métier, des entrepreneuses remarquables, audacieuses et ambitieuses, même si elles expriment parfois cette ambition avec plus de retenue.
Pourtant, lorsqu’il s’agit de lever des fonds ou d’ouvrir leur capital, elles restent encore minoritaires. Le principal frein, selon elle, n’est ni la compétence ni l’accès au financement, mais l’autocensure. « Beaucoup attendent d’être totalement prêtes avant d’avancer, alors qu’en pratique personne ne l’est jamais vraiment. »
Son actualité reflète un contexte en mouvement. Elle perçoit chez les dirigeants une énergie nouvelle : décisions accélérées, projets concrétisés, vision plus affirmée du long terme. Avec ses équipes chez Burj Finance et Kalys Ventures, elle accompagne cette dynamique, intervenant à la fois auprès d’entreprises établies à des moments structurants et auprès de jeunes fondateurs en quête d’ancrage et d’accélération.
Ce qui la marque aujourd’hui, c’est l’implication croissante d’entrepreneurs confirmés, de family offices et de groupes aux côtés des startups et des PME. Au-delà des capitaux, ils apportent temps, expérience et réseau. Une convergence qu’elle s’attache à orchestrer.