Classé deuxième en Afrique et dans le monde arabe par le rapport Business Ready 2025, le Maroc affiche des performances supérieures aux moyennes mondiale et régionale. Pour Pr Ahmed Azirar, économiste et fondateur du CEREM, ces résultats traduisent des avancées réelles, mais aussi des contrastes persistants. Si le cadre réglementaire et les services publics progressent, l’efficacité opérationnelle demeure le maillon faible. Confiance, capital humain, justice, digitalisation et reddition des comptes sont, selon lui, les clés pour transformer l’essai et faire du climat des affaires un véritable levier d’investissement, d’emploi et de croissance inclusive.
Challenge : Le Maroc se classe deuxième en Afrique et dans le monde arabe dans le rapport Business Ready 2025, avec des scores supérieurs aux moyennes mondiale et régionale. Selon vous, quels sont les facteurs clés qui expliquent cette performance et en quoi reflète-t-elle une transformation réelle du climat des affaires au Maroc plutôt qu’un simple progrès réglementaire ?
Pr Ahmed Azirar : La lecture des scores du Maroc est encourageante, avec une moyenne globale de 63,44/100. Cela fait néanmoins ressortir des contrastes. Le cadre réglementaire et les services publics y sont meilleurs comparés à la moyenne mondiale et à beaucoup de pays comparables, mais l’efficacité opérationnelle reste problématique.
Lire aussi | Un climat des affaires en progrès, mais sous tension opérationnelle
Certes, le travail du comité national et de ses sous-comités régionaux améliore l’écosystème. Mais si l’armature juridique et les services publics aux entreprises existent, leur application sur le terrain souffre encore de limites.
À titre d’exemples, au premier niveau, les lois concurrentielles ne sont pas convenablement appliquées, et au second niveau, la digitalisation des entreprises est encore en retard. La célérité d’application revient tant à l’administration qu’aux entreprises.
Challenge : Justement, le rapport met en évidence un contraste entre de bons résultats sur le cadre réglementaire et la qualité des services publics, et une performance plus faible en matière d’efficacité opérationnelle. Comment expliquez-vous ce décalage entre les règles, les dispositifs mis en place et l’expérience concrète des entreprises sur le terrain ?
A.A : C’est une question de confiance mutuelle et de capital humain. L’administration tient toujours les rênes solidement, car il y a des pratiques non conformes de la part de certaines entreprises. Et celles-ci se plaignent de bureaucratie et demandent une plus grande liberté d’action. La confiance se construit progressivement. On le voit au niveau de la douane. Au niveau des impôts, la dématérialisation améliore les rapports entre les contribuables et l’administration. Il y a également beaucoup à faire au niveau de la justice, qui est la clé pour que le climat soit au top. Dans tous ces domaines, le capital humain, correctement géré, est la clé de la réussite.
Lire aussi | Business Ready 2025 : le Maroc mieux armé que ses voisins
Challenge : Plusieurs thématiques affichent des scores élevés, notamment la création et l’implantation des entreprises, le commerce international et les services d’utilité publique. Ces avancées sont-elles aujourd’hui suffisantes pour attirer davantage d’investissements privés, en particulier étrangers, dans un contexte de concurrence accrue entre pays africains ?
A.A : Ce n’est jamais suffisant du fait de la concurrence mondiale, qui, de plus, n’est jamais parfaitement loyale. Les investisseurs étrangers sont regardants sur la stabilité du pays, l’état de la concurrence, la dimension du marché et le règlement des conflits, y compris en justice. Mais leurs décisions ne dépendent pas simplement de ces données macro que les ratings mondiaux suivent. L’agressivité promotionnelle et l’intelligence économique appliquée à tous les stades aident à asseoir une image de marque positive.
Le cadre incitatif marocain est compétitif ; il faudrait que la promotion du pays soit dynamique pour le faire voir davantage. C’est le travail des associations, des entreprises et des organismes de promotion, y compris la diplomatie. Le Maroc avance. Il faut plus de vitesse et davantage d’efficacité.
Challenge : Le rapport souligne des marges d’amélioration dans des domaines à fort effet de levier, comme le marché du travail et le règlement des difficultés des entreprises, dans un pays à population active jeune comme le Maroc. Quelles réformes vous semblent prioritaires pour combler ce « gap d’efficacité » et renforcer l’impact du climat des affaires sur la création d’emplois et la croissance inclusive ?
A.A : Le marché de l’emploi est suffisamment flexible ; il faudrait agir au plan de la productivité et de la responsabilité sociale des entreprises.
Le dialogue social doit être serein et réaliste. Là, le taux d’encadrement des entreprises est à améliorer. Le fonctionnement du système de formation continue est à dynamiser et à gérer efficacement. Et puis, encore et toujours, la reddition des comptes au niveau central et au niveau décentralisé des territoires.
Bio express
Le Professeur Ahmed Azirar, titulaire d’un doctorat d’État en sciences économiques, possède des certificats nationaux et internationaux en management international, négociation internationale et gestion de projets. En tant que professeur universitaire, il enseigne l’économie, le commerce international et l’intelligence des marchés. Son parcours inclut une expérience en gestion administrative, en cabinet ministériel, ainsi qu’en conseil auprès d’entreprises, d’administrations et d’associations professionnelles. Il est le fondateur de l’Association marocaine des économistes d’entreprise (AMEEN) et cofondateur de l’IMIS et de l’AMSE. De plus, il est chercheur associé à l’IRES. En reconnaissance de ses réalisations, il a été décoré en 2014 du Wissam de l’Ordre du Mérite du Royaume du Maroc et a reçu, en 2011, une distinction de l’Organisation mondiale des douanes pour ses services. Ancien secrétaire général de l’ASMEX, le Professeur Azirar est également auteur de nombreux ouvrages.