Ce dicton populaire est plein de sagesse. Les marocains aiment le répéter spontanément pour dire que ce sont les causes internes qui déterminent en dernière instance et expliquent les évènements sociaux comme ceux que le Maroc a récemment vécus. Ce dicton exprime en fait une prise de conscience sociale qui invite les gouvernants à mieux observer et à comprendre la réalité au lieu de lui tourner le dos. Une nation intérieurement solide est aussi une nation résiliente, voire immunisée contre les vents externes et autres manipulations et complots réels ou imaginaires. Or quelles sont les composantes principales de cette « solidité interne », premier facteur de résilience ? N’est-ce pas en premier lieu la démocratie réelle et effective, c’est-à-dire un système de gouvernance où les citoyens, femmes et hommes, sont les vrais acteurs dans les processus de décision du vivre ensemble et du devenir collectif ?
Les prochaines élections législatives devront se dérouler dans quelques semaines, plus exactement un 23 septembre 2026. Face à cette journée, le scepticisme domine. Le sous-système électoral actuel ne garantit guère la transparence et la régularité nécessaires et suffisantes pour exprimer démocratiquement un choix collectif. En effet, le processus électoral, aux niveaux territorial ou national, comporte une multiplicité de « zones grises » qui renforce et légitime le doute. C’est la première source explicative de la « désaffection citoyenne » vis-à-vis de ce processus. Plus des deux-tiers des citoyennes et citoyens en âge de voter ne sont pas inscrits sur les listes électorales ou n’y participent pas. Et déjà, plusieurs signes confirment à nouveau ce scepticisme dominant.
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Selon la vision dominante, médiatiquement diffusée, le processus électoral est avant tout un processus technique où le ministère de l’intérieur est un acteur central, voire quasi-unique. Les partis politiques (PP) en compétition électorale ne sont pas des acteurs qui proposent des programmes politiques, encore moins un projet de société. Les « orientations stratégiques » sont déjà définies. Le rôle du PP ou des PP coalisés, ayant obtenu le plus de voix/votes, se limite au processus de déclinaison de ces orientations et surtout à la gestion technique des projets. D’où l’accent mis dans les discours de la quasi-totalité des PP sur l’« efficacité technique ». Cette efficacité va être auto-appréciée à travers l’auto-évaluation des résultats atteints. Les choix stratégiques ne se discutent pas. Dans cette optique, l’opération électorale est un simple moment ou un mécanisme de reproduction du statu quo. L’absence de mécanismes institutionnels crédibles de reddition des comptes aggrave le scepticisme vis-à-vis du processus électoral et de la « politique » en général. La « démocratie » au sens officiel est ainsi réduite à un pauvre formalisme/spectacle électoral et institutionnel.
De ce fait, les opposants aux « choix stratégiques » sont forcément/inévitablement « radicaux », c’est à dire prônant une remise en cause politique systémique avec des solutions politiques qui s’attaquent aux causes structurelles inhérentes auxdits choix politiques stratégiques. Dans ce contexte, le moment des élections peut surtout être pour les « radicaux » un moment de communication, certes non négligeable, pour contribuer encore plus à une prise de conscience quant aux limites intrinsèques du processus électoral dans la construction réelle et effective d’un système de gouvernance substantiellement démocratique. C’est aussi le rôle postélectoral des « radicaux » éventuellement élus au sein des « institutions élues », avec un risque inévitable de récupération ou de neutralisation.
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Pour autant, cette réalité n’est guère statique et ne devrait pas justifier le scepticisme ambiant, tout en contribuant consciemment ou inconsciemment au nihilisme. Les « forces politiques vivantes », c’est-à-dire ayant pu résister aux vents de l’opportunisme, sont appelées à concentrer leurs actions dans les espaces extra-institutionnels, à travers l’auto-organisation de toutes les catégories sociales qui subissent les conséquences négatives des politiques publiques (pas seulement au sens économique/matériel) et y résistent, mais de manière dispersée. Le « discours radical » devrait surtout clarifier le lien causal entre les choix politiques stratégiques et leur déclinaison à travers lesdites politiques publiques. La « prise de conscience radicale » est préalablement basée sur un travail profond et patient de compréhension collective de ce « lien causal ». L’auto-organisation est, en même temps que cette compréhension individuelle et collective, un processus dynamique de gestation d’une pratique de changement à la fois individuel, sociétal et institutionnel. L’auto-organisation combine subtilement la théorie et la pratique, pour devenir une « praxis révolutionnaire ».