Sebta et Melilla : en moins d’une semaine, 67 morts d’après les autorités espagnoles et 11 morts d’après le porte parole du ministère de l’intérieur au Maroc. Plus de 1000 morts depuis le 1er janvier de cette année. Ces chiffres, déclarés lors des évènements récents survenus au nord du Maroc, ne comprennent pas les « personnes disparues ». En effet, en quelques jours, des dizaines de milliers de personnes, ont essayé de pénétrer dans les deux enclaves marocaines occupées par l’Espagne.
Après la « pluie d’images » à travers les réseaux sociaux, et après l’émotion à chaud, où se mêlent colère et tristesse face aux pertes humaines, voire indignation (…), le moment est venu de céder la parole à la « raison froide » pour mieux dissiper le « brouillard » où ont l’habitude de se cacher nos « responsables politiques et/ou publics » qui ne s’avèrent finalement être que des « irresponsables », sans être pour autant exemptés, tout au moins moralement, quant à leur rôle institutionnel passif/figuratif qu’ils accomplissent avec un excès de zèle négativement actif.
En effet, Marocaines et Marocains ont pris l’habitude à être traités comme des « étrangers » dans leur propre pays. C’est le sens profond de la « hogra ». Le « gouvernement est en vacances ». Un « repos bien mérité après tant de travail pour la Nation ». Mais, en face, premier ministre et ministre de l’intérieur espagnols étaient présents sur le terrain. De même, brillaient par leur absence, parlementaires, élus locaux et institutions concernées telles que le Conseil National des Droits de l’Homme. En fait, ils ont toujours été absents. La « machine Maroc » peut tourner en leur absence, toujours dans un même sens.
Dans quelques semaines, des « élections législatives » sont prévues, au niveau national. Plusieurs jours après le déclenchement desdits évènements, le ministère de l’intérieur, à travers son porte parole, a déclaré un nombre de 11 personnes mortes, la plupart en se noyant. Ce nombre ne représente même pas le 1/6ème de celui déclaré par les autorités espagnoles qui, elles, ont compté des cadavres tout à fait identifiables en tant qu’êtres humains ayant perdu la vie. Or c’est ce même ministère de l’intérieur qui va prochainement superviser l’opération électorale prévue le 23 septembre. C’est aussi ce même ministère qui est appelé à jouer un rôle politique central dans la restauration de la confiance des marocains dans leurs institutions. A-t-on besoin de commenter cette réalité pour comprendre plus que l’indifférence, le comportement négatif, le rejet explicite du processus électoral pour manque de crédibilité ? Dans quelques semaines, ce sera aussi le premier anniversaire des manifestations des jeunes dits « GENZ » ou « GEN212 », survenues, un an auparavant, en 2025. Un grand nombre de ces jeunes ont fait l’objet de poursuites et de condamnations pénales, parfois à de lourdes peines.
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Plusieurs lectures ont été faites face aux évènements de Sebta et Melilla. En quelques jours, des images prises au nord du Maroc, dans l’extrême sud-ouest méditerranéen, ont traversé le monde. Les médias, surtout en Europe, en ont fait la une. Les mouvements d’extrême droite ont sauté dessus pour en faire leur pain bénit. Au niveau national, les médias publics se sont déclarés absents, donnant ainsi la meilleure preuve quant à leur « discipline exemplaire », à tel point que même les Etats totalitaires n’ont pas pu cacher leur admiration pour ce modèle d’obéissance. Il s’agit en fait d’un « silence assourdissant ». Quelques « chiens de garde » (Paul Nizan) ont même qualifié ce silence comme « expression d’une sagesse ». Espérons, que ce « sage recul » soit suivi d’une « lumière », capable d’expliquer, et d’éclairer les processus décisionnels en vue d’agir cette fois-ci avec responsabilité. Il n’est jamais trop tard. Autrement, ce sera le « mythe de Sisyphe » dans lequel a été constamment pétrie la population marocaine.
Depuis longtemps, les portes de la forteresse Europe n’ont pas cessé de se refermer, malgré la tendance au vieillissement de sa population et la baisse de la croissance démographique. L’idéologie anti-immigration a fortement nourri et renforcé les mouvements d’extrême droite, de plus en plus ouvertement néofascistes ou néonazis, n’ayant même plus besoin de se cacher derrière cet euphémisme démodé qu’est la dénomination pudique « illibéralisme », attribuée par la droite traditionnelle en Europe, en fait elle-même incapable de rompre avec un ordre international qui demeure fortement imprégné par les profondes séquelles de la période coloniale. Or cet ordre international est actuellement en agonie.
Mais l’importance médiatique actuelle du Maroc dans le monde n’est pas nouvelle. Elle découle d’abord de son emplacement géographique/géopolitique exceptionnel, en tant que point de rencontre entre deux continents, entre l’Océan Atlantique et la Mer méditerranée, à quelques kilomètres de l’Europe, surplombant le détroit de Gibraltar (…)
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A l’intérieur du Maroc, l’évènement a constitué une matière quotidienne de débats entre les marocains, malgré l’absence et le silence des acteurs officiels et des médias publics. Une situation qui ne peut qu’approfondir et aggraver encore plus le fossé séparant le discours politique officiel et la réalité sociale telle que vécue par la grande majorité de la population. En effet, à presque 2 mois des prochaines élections législatives, les jeunes, dont la majorité écrasante n’est guère inscrite sur les listes électorales, ont préféré « voter avec leurs pieds », en marchant vers les enclaves marocaines occupées par l’Espagne. Certains auraient parcouru des centaines de kilomètres à pieds. Non pas pour réclamer l’intégration de ces enclaves marocaines au territoire national, mais pour quitter leur pays et se diriger vers l’Europe. Et cela après avoir tout essayé, en descendant dans les rues, en manifestant pacifiquement, en dénonçant les inégalités et l’injustice sociale, en tentant de s’exprimer à travers des chansons (…). Ils n’ont rencontré que cécité, surdité et violence systémique. « Sans espoir ni ici, ni ailleurs ». N’est-ce pas une impasse ? Mais pour qui ? Presque cinq millions de jeunes âgés de 15 à 34 ans ne sont ni en phase scolaire ou universitaire, ni en formation professionnelle, ni en emploi. Ce sont les chiffres des institutions officielles, tout récemment repris par le wali de Bank Al Maghreb lors de sa présentation du rapport annuel de la Banque centrale devant le Souverain. Ces jeunes dits NEET sont bien informés. Elles et ils savent que leur pays dispose d’un grand potentiel économique capable de faire vivre toute la population marocaine dans des conditions équitables, tout en garantissant le respect de la dignité de toutes et de tous. Elles et ils savent que le Maroc a connu au cours des dernières années une croissance importante avec un développement des grandes infrastructures, mais sans impact positif sur la majorité de la population. Elles et ils savent que la pauvreté et la misère ne sont pas tombées du ciel. Celles-ci ont des causes à rechercher sur terre, dans la société, dans le mode de gouvernance, dans la manière dont les richesses sont possédées, produites, accumulées et réparties (…). Sans s’attaquer à ces causes bien identifiées et les vaincre, voire les éradiquer, il sera impossible de construire un autre Maroc, un Maroc équitable où règne le respect de la dignité humaine et où toutes et tous les marocains sont réellement attachés à leur pays, tout en étant prêts à offrir ce qui n’a pas de prix : leur vie. Existence sociale concrète et conscience sont indissociables. L’une nourrit l’autre. L’herbe est plus que sèche. Il suffit d’une étincelle et le feu pourrait se propager là où on l’attend le moins.