Cobaye volontaire de la longévité, l’entrepreneur américain Bryan Johnson tente depuis plusieurs années de rajeunir en inversant le vieillissement de ses cellules. L’ancien fondateur de l’entreprise BrainTree, solution de paiement revendue 800 millions de dollars à Paypal en 2013, consacre une partie de sa fortune à un programme ultra-strict regroupant:
– Alimentation contrôlée au quotidien
– Analyses biologiques et médicales régulières
– Séances d’entraînement couplées et mesures d’indicateurs de santé
L’objectif de Bryan Johnson est clair : diminuer son âge biologique en ciblant les procédés cellulaires du vieillissement. En outre, il a mis en place une campagne publicitaire sur les réseaux sociaux afin de promouvoir et vendre au grand public « Longevity mix », une solution qui, selon lui, permettrait de ralentir le vieillissement cellulaire.
Derrière cette approche, une idée qui gagne de plus en plus du terrain dans les laboratoires biologiques notamment de biotech, le fait que le vieillissement ne serait pas une fatalité mais serait en fait mesurable à travers certains mécanismes / dysfonctionnements cellulaires et métaboliques qu’une médecine de plus en plus sophistiquée pourrait traiter, corriger ou ralentir.
L’intérêt croissant des grandes fortunes mondiales pour le rajeunissement cellulaire et l’allongement de l’espérance de vie
Les recherches scientifiques sur le rajeunissement cellulaire attirent les capitaux de nombreuses grandes fortunes californiennes ; Altos Labs, société de biotechnologie qui se base sur les travaux du prix Nobel Shinya Yamanaka est financée par Jeff Bezos. Sam Altman, CEO et co-fondateur d’Open AI a investi dans Retro Biosciences, une start-up qui se fixe comme objectif d’allonger de plusieurs années l’espérance de vie en bonne santé.
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En outre, le PDG de Coinbase Brian Amstrong a lancé une biotech « NewLimit » spécialisée dans le traitement des cellules vieillissantes et Peter Thiel président de Palantir Technologies est lui aussi investisseur actif notamment dans les start-up Cambrian Bio ou encore Life Biosciences spécialisées en biotechnologies.
L’énorme potentiel de l’économie de la longévité
Avec le vieillissement de la population mondiale, le marché des biotechnologies dédiées au vieillissement est valorisé à plusieurs centaines de milliards de dollars voire même plus de 2000 milliards de dollars d’ici 2040.
Pour cause, les maladies liées à l’âge tels que les cancers, les maladies neurodégénératives ou encore les pathologies cardiovasculaires représentent l’une des principales causes de décès à l’échelle mondiale, notamment en Europe et aux Etats-Unis.
Dans ce cadre, les avancées scientifiques/médicales/technologiques qui restent à ce stade exploratoires sur le sujet deviennent un horizon économique et sociétal majeur, encore faut-il que la biologie s’aligne sur les ambitions d’une industrie jeune mais ambitieuse et dotée entre autres de capitaux conséquents, ceux des grandes fortunes californiennes.
Quand la quête de longévité s’invite au sommet des États
En septembre dernier, un échange informel capté par les micros entre Vladimir Poutine et Xi Jinging évoquait l’éventualité de rajeunir avec l’âge et ce, grâce aux progrès de la biotechnologie et des greffes d’organes. Le dirigeant chinois mentionnant la possibilité d’un allongement de l’espérance de vie jusqu’à 150 ans.
La diffusion de cet échange montre que ces idées gagnent progressivement du terrain et notamment aux plus hauts sommets des Etats.
L’espérance de vie, une amélioration continuelle sur plusieurs siècles
L’espérance de vie à travers les siècles n’est pas une constante. A l’échelle mondiale, elle se situait autour de 30-35 ans au Moyen Âge selon les deux chercheurs Angus Maddison et James C. Riley ; un niveau globalement stable jusqu’au début du 19ème siècle où elle atteignait entre 35 et 40 ans. Elle bondit de nouveau (+ 5 ans) au début du 20ème siècle pour atteindre près de 45 ans avant de connaître une nette accélération au cours du 20ème grâce aux progrès scientifiques particulièrement en médecine.
A la moitié du 20ème, elle vaut environ 46 à 50 ans et 67 ans à au début des années 2000 et plus de 72 ans aujourd’hui. La baisse de la mortalité des enfants et des nourrissons ainsi que l’amélioration des conditions de vie participent également à cette hausse accélérée.
Les dérives d’une promesse scientifique
Il est primordial de mettre en place des réglementations pour se prémunir de pratiques nocives, voire dangereuses, des risques éthiques sont associés à ce nouveau marché de la longévité, en l’occurrence :
– Les dons et le commerce d’organes,
– La facturation de traitements extrêmement coûteux
– La commercialisation de traitements inefficaces
L’entrepreneur Bryan Johnson a expérimenté une transfusion de plasma provenant de son fils, une méthode depuis obsolète faute de preuves scientifiques solides.
Plus largement, à mesure que l’espoir de ralentir le vieillissement humain progresse, jusqu’où la société sera-t-elle prête à aller pour gagner quelques années supplémentaires de vie ?
Charaf Louhmadi est consultant, chroniqueur & auteur d’ouvrages. Il est ingénieur financier, auteur de l’ouvrage « Fragments d’histoire des crises financières » et intervenant au sein du pôle Léonard de Vinci, ainsi qu’à IMT Atlantique. Il publie des chroniques économiques et financières pour la presse espagnole et portugaise dans « RankiaPro Europe Magazine».