Qu’est-ce que le Brent et le WTI ?
Le Brent et le WTI sont les deux principaux benchmarks à l’échelle mondiale relatifs au prix du pétrole brut. Le Brent est essentiellement extrait en offshore, précisément en mer du Nord et le WTI (West Texas Intermediate), produit aux Etats-Unis, notamment au Texas ; c’est la référence la plus importante aux USA.
L’extraction du Brent se fait offshore et nécessite des installation complexes et coûteuses. Le WTI est quant à lui onshore et extrait soit de manière conventionnelle soit par voie de fracturation hydraulique, technique coûteuse et désastreuse pour l’environnement. D’où le fait qu’elle soit interdite dans certains pays européens.
Dans les roches de schistes, faiblement perméables, le pétrole américain, qui rappelons-le est moins lourd et contient moins de soufre que le Brent donc par ricochet plus simple à raffiner, est piégé dans des micro-pores. Il est donc nécessaire dans ces conditions de fracturer la roche. La fracturation hydraulique consiste à injecter, à haute pression, de l’eau, du sable et d’autres additifs en vue de fracturer la roche de schiste, permettant la création de fissures. Le sable aide à maintenir l’ouverture des fissures et ainsi le pétrole peut converger vers des puits pour y être pompé.
Pourquoi parle-t-on de baril ?
L’unité de mesure du Brent et du WTI est le baril, qui correspond à environ 159 litres soient 42 gallons américains.
L’origine est relativement lointaine, précisément au 19ème siècle ; aux Etats-Unis, le pétrole y est transporté dans des barils en bois, servant initialement à transporter des marchandises (whisky, poissons…). Depuis, cette référence est toujours la norme en termes de valorisation pétrolière, en l’occurrence pour le Brent crude oil et le West Texas Intermediate.
A noter évidemment qu’on ne transporte plus de pétrole aujourd’hui à grande échelle dans des barils mais plutôt via des pipelines, des réservoirs ou encore des tankers. Il s’agit donc d’une unité « historique » mais toujours valable pour les benchmarks.
Brent & WTI : Rendements et volatilités records durant le conflit au Moyen-Orient
Les variations des rendements du Brent et du WTI entre les mois de février et de mars derniers sont exceptionnellement élevées ; si l’on considère des rendements mensuels sur la base des calculs de rendements journaliers relatifs et non-logarithmiques, nous retrouvons une variation de 455,3% pour le Brent et 409,86% pour le WTI.

La volatilité mensuelle, elle-aussi calculée avec la méthode historique avec un proxy (approximation méthodologique) commun de 21 jours ouvrés pour février et mars, montre une hausse très significative ;143,71% pour le Brent et 175,78% pour le WTI. Cela démontre l’ampleur exceptionnelle de l’impact du conflit au Moyen-Orient sur l’industrie pétrolière.

Cette très forte volatilité est corrélée aux perturbations que connaît le désormais très célèbre détroit d’Ormuz qui voit transiter 20% du pétrole mondial, soit un volume d’environ 20 millions de barils journaliers, essentiellement destinés et consommés par les pays asiatiques dont le très puissant empire du Milieu.
Des pays fortement producteurs/exportateurs de pétrole sont dépendants et pour certains d’entre eux partiellement voire complètement enclavés par le détroit, à l’image de :
- L’Irak
- Koweït
- Bahreïn
- Qatar (essentiellement pour les bateaux exportant le GNL)
- Les très puissants Émirats arabes unis mais qui peuvent toutefois contourner, tout comme la puissante monarchie saoudienne via des oléoducs (Fujairah pour l’UAE, et Petroline / East-West Pipeline à destination de la mer rouge pour l’Arabie Saoudite)
Comment les hedge fund maximisent leurs gains en période trouble
Les périodes de fortes volatilités sont une aubaine pour certains hedge fund, qui n’hésitent pas à anticiper des mouvements de marché en vue d’amplifier au maximum leurs gains à court termes. Détenir des positions « longues » de Brent et de WTI ou d’ETF associés en anticipant la guerre au moyen orient a permis de générer des gains records. D’autres stratégies consistant à acheter des actions en lien avec le secteur énergétique sont souvent adoptées et amplifiées par des produits dérivés à fort effet de levier.
Dans le passé, des gérants se sont enrichis par exemple en pariant contre les marchés immobiliers en 2007, ou en « shortant » rapidement des entreprises financières lors de la crise de 2008.
Dans tous les cas, la stratégie demeure la même et peut s’avérer fortement lucrative ; anticiper les déséquilibres générés par les chocs (matières premières, change, taux d’intérêt, actions) et se positionner rapidement. A titre d’exemple, le VIX, indice de la peur a sans doute été traité (via des dérivés) massivement par certains fonds spéculatifs, ce dernier a enregistré une hausse de plus de 65% entre les 25 février et 6 mars derniers, sur fond de conflit au Moyen-Orient.
* Charaf Louhmadi est consultant, chroniqueur & auteur d’ouvrages. Il est ingénieur financier, auteur de l’ouvrage « Fragments d’histoire des crises financières » et intervenant au sein du pôle Léonard de Vinci, ainsi qu’à IMT Atlantique. Il publie des chroniques économiques et financières pour la presse espagnole et portugaise dans « RankiaPro Europe Magazine».