La première force du Royaume dans la défense de son intégrité territoriale réside dans la vérité historique et la justice de sa cause nationale. Certes, le contexte international est actuellement favorable à la diplomatie marocaine, mais les avancées réalisées ne devraient surtout pas devenir source d’orgueil et de narcissisme. Il faudrait éviter les anciens pièges et écueils idéologiques de la guerre froide qui avaient initialement affaibli la posture marocaine au niveau international. Les avancées diplomatiques s’expliquent particulièrement par une volonté nationale sincèrement constructive de la paix, mais aussi par une volonté politique d’assurer réellement un processus interne de démocratisation qui donne une solide assise à la proposition d’autonomie dans la souveraineté.
Deux argumentaires méritent d’être mis en avant : l’histoire, comme source d’explication et de vérité, et la justice internationale, comme réponse constructive d’une paix définitive. Fin des années 1950 : à travers « l’Opération Ecouvillon », France et Espagne s’étaient aillées à nouveau, comme à l’époque de la guerre du Rif, contre le mouvement de libération nationale au Sud du Maroc/au Sahara (MLNS). La géographie et le rapport militaire plus que disproportionnel des forces adverses expliquent la défaite du MLNS. Mais ce n’était que partie remise. C’est aussi un contexte où les diverses composantes du mouvement de libération nationale en Afrique du Nord, avaient intégré une dimension émancipatrice pour l’ensemble du Maghreb.
En effet, à partir du Caire, le « Bureau du Maghreb Arabe », organisme politique et stratégique clé, fondé en 1947 en Egypte, présidé par Abdelkrim el Khattabi, grand symbole national de la lutte anticoloniale, assurait la coordination de l’action des mouvements nationalistes d’Algérie, du Maroc et de Tunisie. Cette période très féconde en espoir, mérite d’être mieux prospectée et connue par les générations actuelles dans l’ensemble des pays du Maghreb. C’est le rôle des intellectuels en général, et en particulier des historiens non asservis et non avilis.
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Pour le Maroc, l’indépendance a initialement été territorialement partielle. Ce qui explique d’ailleurs les réserves exprimées par le Royaume lors de la création de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), en 1963, quant à l’adhésion au principe de l’intangibilité des frontières, dans la mesure où les frontières du Maroc, Etat-Nation, avaient été arbitrairement tracées et dessinées selon les rapports de force, le désir et le tempérament des Etats coloniaux, à travers notamment la Conférence de Berlin (1884-1885), organisée à l’initiative du chancelier allemand Otton von Bismarck, et ayant réuni quatorze pays européens pour le partage et la colonisation de l’Afrique.
D’ailleurs, ce n’est qu’après 1956 que certaines zones au Sud du Maroc telles que Tarfaya et Ifni ont été rétrocédées, respectivement en 1958 et 1969, au Royaume. De 1961 à 1971, a existé un « ministère de la Mauritanie et du Sahara », initialement dirigé par Fall Ould Omeir, dont une grande avenue à Rabat porte toujours le nom. En 1975, la Marche Verte, après l’avis consultatif de la Cour Internationale de Justice qui a reconnu l’existence de liens historiques des populations du Sahara Occidental avec le Royaume du Maroc et la Mauritanie, a été la plus haute expression populaire de cette vérité historique. Ce qui a permis d’éviter une balkanisation de la région du Maghreb, à l’instar de ce qu’envisageait la France coloniale au sud de l’Algérie, en créant un nouvel Etat, en vue de garder la main mise sur les ressources souterraines de pétrole et de gaz.
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L’auteur de ces lignes n’est pas un historien, mais un citoyen marocain attaché à la réalité historique et à la défense de la mémoire collective constitutive de l’identité nationale. Certes, la stratégie des MLN au Maghreb était beaucoup plus ambitieuse et ne se limitait nullement à la dimension historico-géographique/territoriale/spatiale. Elle allait au-delà d’une vision nationaliste et chauviniste. En effet, le processus de libération devait permettre à l’ensemble des peuples du Maghreb d’exercer leur autodétermination et de construire un devenir collectif pour faire collectivement face au néocolonialisme, avec des modes de gouvernance garantissant la participation effective des populations en tant que premières sources des décisions publiques/collectives.
Le contexte mondial de la « guerre froide » a eu certainement une influence négative sur ce processus. Mais les causes internes propres à chaque formation sociale du Maghreb, ont été déterminantes. En effet, plusieurs décennies après les indépendances, les intérêts particuliers et les égoïsmes des uns et des autres l’ont emporté, au détriment de l’idéal maghrébin resté presque à l’état embryonnaire. Une grande partie des ressources nationales a été et demeure affectée à l’achat des armes dont profitent les « marchands de la mort ». La Lybie, depuis la chute du régime de Mouammar el Kadhafi, connait une instabilité permanente dont profitent ces mêmes « marchands de la mort ». Le Soudan s’enfonce dans une guerre civile, presque sans issue, après avoir été divisé en deux Etats.
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De manière générale, l’Afrique, malgré son potentiel et ses richesses exceptionnelles, demeure intérieurement affaiblie et incapable de tracer sa propre voie libératrice. Dans ce contexte, le nord de l’Afrique peut devenir une « locomotive continentale », en commençant par une réconciliation avec les nobles idéaux portés auparavant par les MLN. En effet, ces idéaux ne sont pas morts ni enterrés. Ils ont juste besoin d’un nouveau souffle créateur d’espoir et d’une nouvelle dynamique où les sociétés civiles peuvent jouer un rôle fondamental de renaissance multidimensionnelle, sur la base d’une « solidarité maghrébine sans frontière ».
Cette tendance lourde existe déjà objectivement. Elle mérite un « investissement subjectif » pour faire émerger des alternatives regroupant et unifiant dans l’action autour d’un nouvel idéal commun, mobilisateur de la jeunesse maghrébine qui aspire à un avenir meilleur où le respect de la dignité humaine est au centre de toutes les revendications sociales à décliner en politiques publiques.