La CGEM appelle à faire du secteur privé le principal moteur de l’investissement au Maroc, alors que les entreprises ne représentent qu’environ un tiers de l’effort global. Au forum « Entrepreneurs en mouvement », son président, Mehdi Tazi, a plaidé pour une administration plus réactive et des procédures simplifiées afin de libérer le potentiel des entreprises, soutenir la production locale et réduire la dépendance aux importations.
La Confédération générale des entreorises du Maroc (CGEM) a choisi de déplacer le débat sur l’investissement vers un point simple : le secteur privé doit devenir le principal moteur de l’effort national. Au forum « Entrepreneurs en mouvement », son président, Mehdi Tazi, a porté cette revendication en la reliant à deux conditions concrètes : une administration plus réactive et des procédures simplifiées. Derrière le discours sur le potentiel des entreprises, un chiffre fixe la limite de l’exercice : les entreprises ne représentent qu’environ un tiers de l’effort global d’investissement. La CGEM ne demande donc pas seulement une place dans le dispositif ; elle demande un changement de centre de gravité. Et ce changement ne peut pas être décrété par une déclaration d’intention.
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Le message du patronat s’inscrit dans une logique de hiérarchie économique. Faire du secteur privé le moteur principal, cela signifie que l’investissement des entreprises doit peser davantage dans la formation du capital, entraîner la production locale et réduire la dépendance aux importations. La CGEM ne se contente pas de défendre l’idée que les entreprises créent de la richesse ; elle affirme que leur poids actuel, limité à environ un tiers de l’effort global, ne correspond pas à l’ambition affichée.
La ligne motrice
Le forum « Entrepreneurs en mouvement » devient ainsi une tribune pour dire que le potentiel existe, mais qu’il est contraint. Le mot « libérer » employé par Mehdi Tazi n’est pas anodin : il déplace la question de l’investissement du terrain des incitations vers celui des obstacles. Ce sont les délais, les procédures, la réactivité administrative qui sont désignés comme des variables économiques.
« Une administration lente n’est pas seulement un problème de confort bureaucratique ; elle coûte du temps, donc de l’argent, et elle retarde des décisions d’investissement », nous confie un patron. A cet effet, La CGEM fait donc du rôle du secteur privé sa ligne motrice, mais elle reconnaît implicitement que cette ligne ne peut pas avancer sans une transformation de la relation entre l’administration et l’entreprise. Le patronat demande ainsi une administration plus réactive. Si le privé doit être le moteur principal, l’administration doit être la courroie de transmission, pas le point de blocage. Or, le chiffre d’un tiers de l’effort global montre que la courroie pèse encore lourdement sur le rendement du moteur.
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« Dans le contexte conjoncturel actuel, mettre l’accent sur le secteur privé est une bonne initiative. C’est d’autant plus important pour le Maroc, à quelques années de la Coupe du monde, un rendez-vous qui représente une occasion de franchir un cap qualitatif en matière de développement », Driss Bouti, président de la CGEM Souss-Massa
La CGEM relie directement l’investissement privé à un objectif de souveraineté productive. Ce lien n’est pas mécanique. Soutenir la production locale ne se décrète pas par préférence nationale ; cela suppose des entreprises capables d’investir, de produire à coût compétitif et de tenir les délais. La simplification administrative peut aider, mais elle ne remplace ni la capacité industrielle, ni la logistique, ni la compétitivité. Le message du patronat est donc plus habile qu’il n’y paraît : il ne demande pas seulement des avantages pour les entreprises ; il présente l’investissement privé comme la condition d’un objectif national, la réduction de la dépendance aux importations. En ce sens, la CGEM tente de transformer une revendication catégorielle en projet collectif. La question est de savoir si le reste de l’économie accepte cette traduction.
Libérer le potentiel
Le forum « Entrepreneurs en mouvement » fournit le cadre symbolique de cette opération. Le nom suggère une dynamique, un déplacement, une mobilisation. Mais le contenu du message reste très institutionnel : administration, procédures, production locale, imports. La CGEM ne demande pas moins de politique publique ; il demande une politique publique qui ne ralentit pas les entreprises. Le forum sert à poser le cap. L’appel à une administration plus réactive a une portée qui dépasse la simplification des papiers.
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La réactivité administrative est une condition de confiance. Un investisseur qui attend une autorisation, une validation ou une réponse pendant des mois ne renonce pas seulement à un projet ; il révise à la baisse sa perception du risque. La CGEM le dit à sa manière : il faut libérer le potentiel des entreprises. Le potentiel n’est pas une ressource cachée ; c’est une capacité d’investissement qui reste sous-utilisée à cause de frictions. La simplification des procédures agit donc comme une politique économique à part entière.
Elle ne crée pas directement du capital, mais elle réduit le coût de l’attente et de l’incertitude. Dans un pays qui veut soutenir la production locale et réduire ses importations, ce coût compte autant que les incitations financières. Une entreprise qui renonce à produire localement parce que les démarches sont trop longues contribue, malgré elle, à la dépendance aux importations.
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« La CGEM ne veut pas seulement être une chambre de compensation des doléances patronales ; elle veut peser sur la définition de la politique économique. En faisant du secteur privé le moteur principal, elle revendique une centralité. En liant cette centralité à la production locale et aux importations, elle lui donne une justification nationale », nous explique l’économiste Omar Firano.
Le forum « Entrepreneurs en mouvement » donne à ce message une visibilité, mais il ne garantit pas sa traduction. La prochaine étape se jouera dans les textes, les délais et les décisions d’investissement. C’est là que l’on verra si la ligne motrice de la CGEM devient une politique, ou si elle reste une déclaration de principe.