Dans les couloirs de la Primature à Kinshasa, son pas est calme, mais son arrivée résonne comme un séisme politique. Judith Suminwa Tuluka n’est pas seulement la Première ministre de la République démocratique du Congo. Elle est la première femme de l’histoire de son pays à occuper cette fonction, brisant en avril 2024 un plafond de verre que beaucoup pensaient indépassable. Dans un État traversé par les tensions, les espoirs et les défis structurels, cette économiste discrète mais déterminée incarne une nouvelle manière de gouverner, faite de méthode, de constance et de vision.
Avant la lumière, Judith Suminwa Tuluka a construit sa carrière loin des tribunes. Formée en Belgique, passée par la banque, puis par les rouages exigeants du Programme des Nations unies pour le développement, elle a développé un rare savoir-faire. Celui de comprendre la complexité congolaise sans céder au fatalisme, articuler la technique et l’humain, et inscrire l’action publique dans le long terme. Son passage au ministère du Budget puis au Conseil présidentiel de veille stratégique l’a placée au cœur des décisions. Elle y affine une méthode qui deviendra sa signature, écouter, analyser, planifier, et avancer sans fracas, mais sans jamais reculer.
Une nomination qui change l’histoire
Le 1er avril 2024, lorsque le Président Félix Tshisekedi la désigne pour former le gouvernement, le pays bascule dans une nouvelle ère. Pour la première fois, une femme prend les rênes de l’exécutif. La symbolique est immense, mais Judith Suminwa Tuluka ne se laisse pas absorber par l’émotion. Elle compose un gouvernement resserré, où les femmes représentent un tiers des responsabilités. Elle place la paix, la reconstruction et la cohésion au cœur de son programme, consciente que l’histoire jugera moins la première femme que la qualité du travail accompli.
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La force d’un leadership féminin assumé
Dans un pays qui a longtemps relégué les femmes aux marges du pouvoir, Judith Suminwa Tuluka incarne une rupture culturelle autant qu’institutionnelle. Son leadership est tout sauf spectaculaire. Il s’exprime par la patience, par la constance, par cette capacité à rassembler autour d’objectifs simples mais structurants, de pacifier l’Est, restaurer la confiance, moderniser l’économie, et créer les conditions d’un développement durable. Le symbole inspire bien au-delà des frontières congolaises. Dans un continent où les femmes gravitent encore trop rarement aux plus hauts niveaux de l’État, elle devient une référence, une preuve que la compétence finit par s’imposer aux archaïsmes.
Une figure qui parle au Maroc
Au Maroc, où les enjeux de gouvernance, de parité et de transformation publique sont au cœur des débats, le parcours de Judith Suminwa Tuluka trouve un écho particulier. Son approche fondée sur la planification, l’efficacité administrative et la diplomatie du développement rappelle des chantiers familiers. Son ascension témoigne d’une Afrique qui se réinvente, qui renforce sa technocratie, qui fait émerger des profils capables de conjuguer expertise, stabilité et ambition.
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Derrière sa discrétion, Judith Suminwa Tuluka laisse entrevoir un leadership d’une grande solidité. Confrontée aux attentes d’un pays immense, aux crises récurrentes et aux défis économiques, elle avance avec une conviction discrète, mais résolue. Elle sait que chaque réforme, chaque arbitrage, chaque geste politique construit non seulement sa crédibilité, mais aussi la possibilité d’un futur différent pour des millions de Congolais. Elle est entrée dans l’histoire. Reste à écrire le reste, celui d’une gouvernance féminine qui pourrait bien redessiner les contours du pouvoir en Afrique centrale.