L’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption (INPPLC) vient d’adopter une cinquième stratégie de lutte contre la corruption. En fait, les stratégies se suivent, sans évaluation de celles d’avant et sans impacts réellement pressentis dans le mode de gouvernance publique et dans la vie sociale quotidienne des citoyens.
Mardi 9 septembre, le nouveau Président de l’INPPLC, Mohamed Benalilou, a dévoilé la 5ème stratégie nationale de lutte contre la corruption, couvrant la période 2025-2030. Cette énième stratégie est perçue comme une «feuille de route » (FR). Il est donc question de passer de l’intention à des actes concrets. La nouvelle stratégie place la prévention comme «pilier central de l’action publique », tout en érigeant la probité en norme structurante de la gouvernance publique. Le nouveau Président de l’instance espère donner un nouveau souffle à l’institution qu’il préside. La non transparence a un coût pas seulement financier, en tant qu’obstacle principal au développement. La nouvelle approche semble s’inscrire dans un changement de paradigme en privilégiant une logique de prévention systémique. Dans cette optique, le Président de l’INPPLC a déclaré : «L’enjeu est de déplacer l’action publique vers la gestion des risques, l’anticipation des dérives et la consolidation durable de la confiance entre l’État et les citoyens.
La stratégie ambitionne également de rendre les politiques de probité mesurables à travers des indicateurs de performance, afin de sortir le combat contre la corruption du registre du discours pour l’ancrer dans celui des résultats tangibles». En effet, l’ambition est de « créer un environnement institutionnel propice à la transparence, à la redevabilité et à l’éthique dans la gestion publique », tout en intégrant l’ensemble des acteurs concernés, notamment les médias, le secteur privé et la société civile. A cet égard, six axes ont été retenus, déclinés en 24 sous-axes et 99 projets opérationnels. Et pour chaque projet, ont été définis des objectifs, avec des indicateurs de performance et d’impact. Le cadre théorique est donc bien conçu, avec des mécanismes de suivi et de correction.
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Le 1er axe s’intitule : «Leadership normatif et pilotage stratégique de l’intégrité ». Dans cet axe, l’INPPLC se positionne comme «chef d’orchestre de la politique nationale de probité». Cet axe prévoit aussi une évaluation de la stratégie précédente 2015-2025. Ainsi, l’on apprend qu’une nouvelle stratégie est élaborée sans évaluation préalable de celle d’avant. Il est aussi question de mettre en place «un système national de mesure de la corruption et l’élaboration d’un baromètre national de l’intégrité (…)». L’on va ainsi apprendre à s’observer nous-mêmes avant de l’être de l’extérieur. Espérons que ce regard ne soit pas trop narcissique. L’axe 2 vise une « prévention et détection précoce des risques», en tant que pilier central de la lutte anticorruption. Ce qui suppose au préalable l’existence de «cartographies» permettant de prioriser les « zones à risques élevés ». Ainsi, seront visés en priorité les marchés publics, l’investissement et les services essentiels. Le but est de renforcer la « vigilance institutionnelle ». L’axe 3 est afférent à l’ancrage de la culture de l’intégrité dans la société.
En effet, la dimension culturelle de la corruption est fondamentale. Elle est la plus profonde et la plus difficile à changer. Ce qui exige une diffusion des valeurs de probité à tous les niveaux et dans tous les domaines, en particulier au sein de la jeunesse. Cet axe est aussi inséparable du soutien au journalisme d’investigation et au rôle fondamental des acteurs de la société civile, notamment les « lanceurs d’alerte ». C’est là un volet récemment malmené et marginalisé dans le nouveau code de procédures pénales.
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Néanmoins, l’axe 4 essaie d’y remédier à travers la création d’une dynamique partenariale aux niveaux national et international. L’axe 5 est dédié au numérique, comme moteur stratégique de la modernisation de la lutte contre la corruption, en promouvant la dématérialisation des procédures et donc la traçabilité des décisions (…). Enfin, l’axe 6 est consacré à l’instance elle-même, appelée à renforcer qualitativement son propre mode de fonctionnement et d’intervention, aux niveaux national et territorial.
Les attentes sociales en matière de transparence sont très fortes. Toute nouvelle carence dans la mise en œuvre effective de cette nouvelle stratégie risque de renforcer encore plus le scepticisme et la méfiance vis-à-vis des institutions, tout en alimentant le nihilisme. La volonté politique demeure le premier moteur à mettre en marche pour éviter de nouvelles déceptions. Le drame actuel à Asfi, suite aux inondations, en est une illustration. Les victimes de la corruption sont aussi les premières victimes des catastrophes pas si naturelles qu’on le pense.