Prudence sur les marchés: les Bourses mondiales débutent la semaine dans l’incertitude, faute de signaux concrets de désescalade dans la guerre au Moyen-Orient, qui fait toujours grimper les prix du pétrole.
En Europe, dans les premiers échanges vers 7H10 GMT, Paris était à l’équilibre (+0,06%), tout comme Francfort (-0,04%) et Milan (-0,07%). Londres grappillait 0,18%. En Asie, l’indice Nikkei de Tokyo a lâché 2,79%. A Séoul, le Kospi a perdu 2,97%.
« Les marchés sont toujours fébriles, conséquence de l’incertitude géopolitique », analyse Christopher Dembik, pour Pictet. « À court terme, seule une bonne nouvelle sur le front de la guerre en Iran pourrait changer la donne », ajoute-t-il.
« Les conséquences du conflit sur les marchés deviennent de plus en plus sérieuses », résument les analystes de la Deutsche Bank. La guerre, déclenchée il y a un mois par les frappes des Etats-Unis et d’Israël contre l’Iran, qui a répliqué contre plusieurs pays de la région, ne donne en effet aucun signe d’apaisement.
Lire aussi | Guerre au Moyen-Orient: quelles répercussions pour le royaume ?
L’armée israélienne a dit répondre lundi matin à une attaque de missiles venant d’Iran. Le ministère saoudien de la Défense a lui annoncé tôt lundi l’interception de cinq missiles balistiques qui se dirigeaient vers l’est du pays, sans préciser leur origine.
Les prix du pétrole poursuivent leur flambée, en raison de la quasi-paralysie du détroit d’Ormuz, point stratégique pour l’approvisionnement mondial de l’or noir, en raison de la guerre.
Le West Texas Intermediate (WTI), référence du brut aux Etats-Unis, a franchi à nouveau le seuil des 100 dollars (101,57 le baril, en hausse de 1,94%). Le baril de Brent de la mer du nord s’échangeait lui à 116,05 dollars (+3,09%). Avant le conflit, ils évoluaient autour des 60 dollars le baril.
Lire aussi | Le pétrole s’installe à 100 dollars, les marchés suspendus à la guerre au Moyen-Orient
Les investisseurs ont fait fi de l’annonce de Donald Trump la veille, selon laquelle les Etats-Unis ont négocié avec l’Iran le passage imminent de 20 cargos pétroliers dans le détroit d’Ormuz. Ils prévoient « désormais un choc énergétique qui ne sera ni rapide ni facilement réversible », selon John Plassard de Cité Gestion Private Bank.
Les taux obligataires à des sommets
Le président américain a en outre affirmé que l’armée des Etats-Unis pouvait prendre « très facilement » le contrôle de l’île de Kharg, un site pétrolier essentiel pour l’Iran, lors d’un entretien au Financial Times diffusé dimanche soir.
Cible mi-mars d’une attaque américaine, cette bande de terre située dans le nord du Golfe abrite le plus grand terminal pétrolier de l’Iran qui assure environ 90% de ses exportations de brut, selon une récente note de la banque américaine JP Morgan.
« La situation d’ensemble laisse une large place aux spéculations et aux incertitudes », écrit Andreas Lipkow, chez CMC Markets. « Ce qui est certain, c’est que la hausse persistante des prix du pétrole continue d’alimenter des anticipations d’inflation dans l’économie mondiale », relève Ipek Ozkardeskaya, analyste pour Swissquote Bank.
Lire aussi | Les Etats-Unis sollicitent le Maroc pour les engrais
Résultat, les taux d’intérêt des dettes souveraines flambent depuis le début de la guerre et s’installent à des sommets lundi. Le rendement des titres français à dix ans atteignait lundi 3,83%, évoluant à des niveaux pas vus depuis 2009, contre 3,20% environ avant la guerre. Son équivalent allemand, référence en Europe, atteignait 3,08%, à des sommets depuis 2011.
Une inflation plus élevée réduit la valeur réelle des sommes versées par un emprunteur à ses créanciers. Ces derniers exigent par conséquent des taux d’intérêt plus élevés pour que leur investissement reste rentable.
Les investisseurs tablent en outre sur une politique monétaire des banques centrales plus restrictive, avec des hausses potentielles des taux directeurs pour combattre cette inflation, ce qui a un impact direct sur le coût de la dette des Etats.
Challenge (Avec AFP)