Alors que la guerre au Moyen-Orient semble s’éterniser, doit-on s’attendre à des chocs énergétiques et économiques majeurs sur le royaume ? Faut-il craindre un épisode d’inflation exponentiel des prix de l’énergie ? Le Maroc pourra-t-il y faire face ? Y a-t-il un risque de pénurie ?
Sur les possibles retombées du conflit qui fait rage au Moyen-Orient et dont personne ne peut prévoir la fin jusqu’à présent, les responsables gouvernementaux se veulent rassurants sur les éventuelles répercussions négatives sur l’économie nationale. Que ce soit Nadia Fettah, qui est montée au front sur la chaîne BFM TV pour préciser que les autorités marocaines restaient vigilantes face aux conséquences potentielles du conflit tout en rassurant sur la capacité du pays à absorber n’importe quel choc externe, ou encore Ahmed Bouari, le ministre de l’Agriculture, qui ne manque pas, à chacun de ses déplacements, de rappeler que les pluies salvatrices qui se sont abattues sur différentes régions du Royaume laissent présager d’une excellente campagne agricole. Sur ce plan-là, les Marocains n’auront pas trop à se soucier du panier de la ménagère puisque l’essentiel des produits agricoles sera disponible grâce à une amélioration attendue des rendements des différentes cultures, notamment les céréales, les cultures maraîchères et les arbres fruitiers.
Selon le ministère de tutelle, la superficie labourée a atteint 4,5 millions d’hectares, dont environ 10 % en zones irriguées, avec un taux de mécanisation estimé à 95 %. Les grandes cultures d’automne couvrent plus de 4 millions d’hectares, en progression de 40 % par rapport à la campagne précédente. Cette superficie comprend notamment 3,7 millions d’hectares de céréales, 430 000 hectares de cultures fourragères, 113000 hectares de légumineuses alimentaires et 44 500 hectares de cultures sucrières, en hausse de 24 % sur un an.
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Les filières arboricoles enregistrent également une nette amélioration. La production d’agrumes est estimée à 1,9 million de tonnes, en progression de 24 %, tandis que celle de l’olive avoisine les 2 millions de tonnes, affichant une hausse spectaculaire de 106 %. La production de dattes est estimée à 160 000 tonnes, en augmentation de 55 % par rapport à la précédente campagne.
Les prix de la viande devraient se stabiliser en raison du programme de reconstitution du cheptel national, dont le nombre de bénéficiaires a atteint 1,13 million à ce jour, pour une enveloppe financière globale de 5,306 milliards de dirhams.
Reste la question du blé importé. Bien que le Maroc soit fortement dépendant des importations massives de céréales, avec des estimations atteignant environ 11 millions de tonnes, le circuit d’importation ne devrait pas être perturbé par la guerre, en raison du fait que les importations de céréales proviennent essentiellement de France, avec une diversification vers la Russie et le Canada pour le blé dur, et sont acheminées à travers l’Atlantique ou la Méditerranée.
Reste la question hautement sensible des prix du carburant. Dès les lendemains du choc Iran/États-Unis/Israël, le prix de l’essence a légèrement augmenté à la pompe. Un phénomène normal puisque les prix sont indexés sur les marchés du Brent, dont les cours ont progressé de plus de 12 % du 28 février au 3 mars 2026, avec un prix de 85 dollars le baril. Si le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du commerce mondial de pétrole, continue d’être fermé, les contrats à terme sur le gaz naturel liquéfié, qui ont également enregistré une hausse contenue, peuvent avoir un impact direct sur le Maroc, importateur net d’hydrocarbures couvrant plus de 90 % de ses besoins énergétiques par des achats extérieurs, accentuant ainsi les pressions sur les réserves en devises et sur la balance courante. Sachant qu’en 2025, la facture énergétique représentait déjà plusieurs milliards de dollars, soit une part substantielle du déficit commercial.
L’impact inflationniste est réel puisque l’augmentation des prix des carburants se répercutera forcément sur les coûts de transport et, par conséquent, sur l’industrie, l’agriculture et les services. Une forte hausse des coûts logistiques impacte sans aucun doute l’indice des prix à la consommation, avec un effet significatif sur le pouvoir d’achat des ménages.
Mais on peut estimer qu’à quelque chose malheur est bon, puisque le blocage des échanges commerciaux, notamment via une route maritime stratégique comme le détroit d’Ormuz, et l’allongement des routes maritimes devraient profiter à ce hub international qu’est TangerMed, qui a notamment montré sa capacité à fonctionner à plein régime au moment où d’autres ports étaient à l’arrêt, comme cela s’était produit au cours de la crise du Covid.
Des transporteurs majeurs comme Maersk et MSC, qui ont suspendu leurs traversées dans la région du Moyen-Orient, devraient forcément rediriger leurs navires vers des ports sécurisés comme celui de Tanger afin de réduire les risques pour leurs équipages et leurs cargaisons. Même si ces déroutages obligatoires impliquent des trajectoires plus longues, notamment autour du cap de Bonne-Espérance en Afrique du Sud, cela ajoute jusqu’à 30 % de durée de navigation supplémentaire comparée à la route via le canal de Suez.
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L’escalade militaire dans la région, marquée par les tensions entre États-Unis et Israël d’un côté, et l’Iran de l’autre, risque de provoquer de fortes perturbations sur les marchés énergétiques mondiaux, mais il semble qu’une économie marocaine dont la résilience n’est plus à démontrer saura encore une fois surmonter cette énième crise. Le gouvernement a déjà réfléchi à des mécanismes de compensation ciblés ou à des modulations fiscales temporaires, même si ces mesures représentent néanmoins un coût budgétaire important.