En 2025, la population mondiale a dépassé les 8,5 milliards dont presque 25% est considérée musulmane. La population musulmane est présente sur tous les continents, surtout en Asie et en Afrique. Elle connait une croissance rapide. Mais l’Islam est d’abord un ensemble de valeurs morales et humanistes. Plus que le nombre de musulmans dans le monde, c’est ce qui fait sa force réelle et son avenir.
Selon le Pew Research Center, 49 pays dans le monde ont une majorité de population musulmane (Voir tableau ci-contre). Les trois premiers pays se situent en Asie. Il s’agit de l’Indonésie, l’Inde et le Pakistan. A eux seuls, ces trois pays cumulent plus du tiers (668 millions, en 2025) de la population musulmane dans le monde. Cette réalité humaine, culturelle et géographique révèle la grande diversité des origines des musulmans et permet de démystifier une certaine vision erronée où l’Islam est ramené à l’arabité. En effet, les arabes musulmans ne représentent que 18% de la population musulmane dans le monde. Et nombreux sont les arabes de confession juive ou chrétienne.
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D’après les projections démographiques, en 2050, l’Inde devrait devenir le plus grand pays à population musulmane et dépasser l’Indonésie. Néanmoins, malgré cette croissance relative en Inde, les musulmans y seront toujours minoritaires dans ce berceau mondial des religions, des cultures et de la sagesse. Les statistiques du Peww Research Center adoptent une définition assez souple et large du concept de musulman. Ces statistiques ne témoignent pas de la pratique religieuse régulière (ritualité), ni de la foi individuelle (religiosité, dimension subjective) des personnes se déclarant musulmanes, mais plutôt de leur lien avec l’Islam, en tant que composante culturelle, historique et identitaire.

En effet, impossible de comprendre la forte présence géographique de l’Islam dans le monde sans une démarche historique. « L’originalité de l’Islam n’est pas dans sa doctrine ni dans son rituel. La doctrine est une variante adaptée du monothéisme judéo-chrétien ; les rites sont puisés dans le même fond avec intégration de pratiques du paganisme arabe pourvues d’un nouveau sens. C’est une «religion fondée » dont l’initiateur est un prophète (Muhammad) envoyé par Dieu pour exprimer sa volonté » (Maxime Rodinson). Bien que dépassant un milliard de personnes, soit 66,70% de la population musulmane dans le monde, les musulmans en Asie ne représentent que 24,30% de la population totale de ce continent. Inversement, c’est dans les régions du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord que la population musulmane, composée principalement d’arabes et d’amazighs, est la plus nombreuse et y prédomine, avec 91,20% de la population totale de cette région, appelée communément « région MENA (Middle East and North Africa) », mais 27,10% de la population musulmane dans le monde. En Afrique subsaharienne, le pourcentage des musulmans est presque de 30% (29,60%) de la population, mais représente 15,70% de la population musulmane dans le monde.
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Quant à l’Europe où a émergé une « peur de l’Islam » qualifiée « islamophobie », qui est en fait une instrumentation idéologique et politique de la religion musulmane par les mouvements de droite et d’extrême droite qui se nourrissent de peur et de haine de l’autre, le pourcentage de musulmans par rapport à la population totale est de 6%, soit 2,70% de la population musulmane dans le monde (Voir encadré ci-contre). Trois pays en Europe sont composés d’une population à majorité musulmane. Il s’agit de la Turquie, où 89,50% de la population est musulmane, du Kosovo, avec 88%, et de la Bosnie-Herzégovine, avec 50,70%. L’Albanie, bien qu’ayant connu un « régime communiste », est composée d’une population musulmane représentant 45,90% du total de la population.
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En fait, c’est aussi le cas de nombreux autres pays qui faisaient partie de l’URSS, tels que l’Azerbaïdjan, avec 96,90% de musulmans par rapport à la population totale, du Kazakhstan, avec 70,20%, du Kirghizistan, avec 80%, de l’Ouzbékistan, avec 88,70%, du Tadjikistan, avec 97,90% et du Turkménistan, avec 93,70%. C’est aussi là, une réalité à creuser pour comprendre la nature réelle du conflit russo-ukrainien. Si la Russie avait réellement une ambition et une volonté expansionniste sur le plan territorial, c’est vers ces Etats qu’elle l’aurait fait. Le malheur de l’Ukraine est à rechercher surtout à travers la volonté occidentale d’extension de l’OTAN, percevant la Russie comme une menace potentielle, malgré l’effondrement de l’URSS, et l’abandon du système soviétique/socialiste. En fait, c’est toute l’Europe qui s’est retrouvée piégée par sa dépendance vis-à-vis des Etats Unis d’Amérique (EUA), dans le domaine militaire.

Musulmans en Europe : menace réelle ou fiction ?
D’après le Zentralinstitut Islam-Archiv-Deutshland, le nombre de musulmans en Europe atteint 53 millions, en 2007, y compris les parties européennes de la Turquie et de la Russie) dont environ 25 millions en Russie, 5,7 millions dans la partie européenne de la Turquie, 16 millions dans l’Union Européenne (UE) dont 5,5 millions en France, 3,5 millions en Allemagne, 1,5 million en Grande Bretagne, 1 million aux Pays Bas et en Italie, ce qui est proche de 7% de la population européenne totale (730 millions). Alors que les musulmans des Balkans sont originaires d’Europe, la grande majorité sont des migrants (ou descendants des migrants), venus en plusieurs vagues après la seconde guerre mondiale et ayant contribué à la reconstruction de l’Europe quasi-totalement détruite par la guerre.
Selon le Pew Research Center, il y avait 25,8 millions de musulmans en Europe (UE et Royaume Uni) en 2016, soit presque 5% de la population totale. Selon les estimations, le % devrait atteindre entre 7,4% et 14% de la population totale, en 2050. Les pays à majorité musulmane sont l’Albanie, l’Azerbaïdjan, le Kosovo, et la Turquie. Une présence importante est aussi observée dans la Macédoine du Nord (35%), Chypre (23%), Monténégro (18%), Bulgarie (8 à 13%) et Russie (12%).
Cette réalité est-elle source de diversité et d’enrichissement humain et culturel, ou au contraire un facteur d’affaiblissement ? Deux « ingrédients » permettent de neutraliser la raison : la peur et la haine. Alors que les problèmes sociaux, notamment le chômage, et la remise en cause graduelle des systèmes de protection sociale, s’expliquent principalement à partir des choix de délocalisation des entreprises et de la priorité accordée aux budgets militaires, les mouvements et organisations de droite et d’extrême droite font de l’Islam un bouc émissaire. En fait, l’Islam est loin d’être la seule caractéristique identitaire et culturelle des musulmans. Ces derniers ne constituent guère un bloc homogène. La compréhension et la pratique de l’Islam sont très diversifiées. A cela, s’ajoutent les différences de langues et de cultures. L’expression « Islam européen » n’a aucun sens. C’est une fabrication de l’esprit. L’Islam est actuellement utilisé par des mouvements qui renaissent de la « fécondité du ventre du monstre ». Le « juif » est remplacé par le « musulman ». Ces mouvements se renforcent avec le déclin du droit international, déclin illustré en particulier par le processus génocidaire mené à Gaza par l’extrême droite sioniste, en toute impunité. Déjà, ces mouvements observent les actions anti-immigration mises en œuvre dans les EUA par D. Trump, s’en inspirent et se préparent…. La résistance aussi.