Porté par le Nouveau Pacte de l’investissement, le nouveau dispositif d’aide aux TPME ambitionne de rééquilibrer l’activité économique, de créer de l’emploi stable et de soutenir l’investissement productif sur tout le territoire. Pour Anouar El Basrhiri, DG de TMS Consulting, ce mécanisme marque « une rupture attendue depuis longtemps » et pourrait enclencher une véritable transformation du tissu entrepreneurial marocain, à condition que les acteurs publics et privés jouent pleinement leur rôle.
Pendant des années, les TPME ont évolué dans un environnement peu lisible, marqué par une absence de visibilité, une difficulté d’accès au crédit et un accompagnement administratif souvent fragmenté. Le nouveau dispositif prévu dans le cadre du Nouveau Pacte de l’investissement veut précisément corriger ces angles morts. En mettant l’accent sur la simplicité, la prévisibilité et l’appui financier direct, il introduit une logique plus claire et plus accessible pour les petites entreprises, longtemps considérées comme «le maillon fragile du tissu économique».
Pour Anouar El Basrhiri, ce changement de posture est fondamental. «Ce dispositif apporte quelque chose que les TPME attendent depuis longtemps, surtout en matière de clarté, de visibilité et de soutien financier direct », affirme-t-il. Selon lui, l’un des signaux les plus forts envoyés par l’État est la reconnaissance du rôle stratégique de ces structures : «Les TPME ne sont plus à la marge, elles sont au centre de la stratégie d’investissement du pays. Les règles sont simples, les primes sont clairement définies, et les entreprises savent dès le départ ce qu’elles peuvent obtenir. Cela rassure les porteurs de projets et leur permet de planifier leurs investissements avec plus de confiance. »
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Au cœur du dispositif, trois types de primes modulables, emploi, territoire et secteur prioritaire, permettant d’atteindre jusqu’à 30 % du montant total de l’investissement. Une orientation assumée vers des projets productifs, créateurs d’emplois durables et générateurs de valeur locale. « Les projets qui bénéficieront le plus de ce dispositif seront ceux reposant sur une activité productive, créatrice d’emplois et porteuse de valeur ajoutée locale », explique Anouar El Basrhiri. Qu’il s’agisse de transformation industrielle, de tourisme, ou encore de services productifs, les projets les mieux structurés auront une longueur d’avance. Il insiste toutefois, sur un point déterminant : « Ce ne sera pas une question de taille, mais de sérieux et de préparation. »
L’une des ambitions clés du mécanisme est d’inciter les entrepreneurs à investir au-delà des trois grands pôles économiques. À ce titre, les primes territoriales allant jusqu’à 15 % représentent un levier concret de rééquilibrage. « Pour beaucoup de TPME, ces primes peuvent faire la différence entre un projet viable et un projet abandonné», assure le DG de TMS Consulting. Avec la saturation et la hausse des coûts dans les métropoles, il estime que de nouveaux territoires – Béni Mellal, Ouarzazate, Guelmim ou encore certaines provinces du Sud – gagneront en attractivité. « Le mécanisme n’inversera pas la tendance du jour au lendemain, mais il va clairement encourager une redistribution progressive de l’investissement. »
Reste toutefois un maillon délicat : l’accompagnement administratif. Les CRI, désormais responsables de la validation et du suivi des projets, ont considérablement progressé avec la digitalisation et les commissions unifiées. Mais le risque d’un accès inégal demeure. «Toutes les TPME ne sont pas au même niveau de structuration, et c’est là que se situe le vrai risque», prévient El Basrhiri. Pour lui, les CRI ne pourront réussir seuls: «Les TPME ont souvent besoin d’un appui externe pour structurer et modéliser leur projet, sans oublier aussi le rôle que les banques devraient jouer pour la réussite – ou l’échec – de ce dispositif. Le succès dépendra de la capacité des CRI et des partenaires privés à travailler ensemble.»
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Au-delà du financement, le dispositif impose un changement de culture. Formalisation, emplois déclarés, gouvernance renforcée… autant d’exigences qui pourraient professionnaliser profondément le tissu entrepreneurial. « Ce dispositif pousse les TPME à travailler différemment, à formaliser leurs projets, à recruter en CDI, à structurer leur vision financière », analyse Anouar El Basrhiri. Selon lui, le cadre plus clair, plus sélectif, mais aussi plus juste, ouvre la voie à un véritable saut qualitatif : « Les TPME qui saisiront cette opportunité vont, à moyen terme, gagner en crédibilité, en stabilité et en capacité de financement. Et si les banques suivent également cette dynamique, alors oui, on peut parler d’une transformation durable du modèle de la TPME au Maroc. »
Avec 550 milliards de dirhams d’investissements à mobiliser, 500.000 emplois visés et une ambition clairement tournée vers les territoires, le nouveau dispositif d’aide aux TPME est plus qu’un soutien financier : il est un pivot stratégique pour ancrer la croissance dans l’économie réelle. Reste à savoir si l’ensemble de l’écosystème , État, banques, CRI, et TPME elles-mêmes, saura saisir cette opportunité pour faire émerger une nouvelle génération d’entreprises marocaines plus solides, plus visibles et pleinement actrices du développement du pays.

3 questions à Anouar El Basrhiri,DG de TMS Consulting
Challenge : L’un des objectifs majeurs est de rééquilibrer l’activité économique vers les territoires délaissés. Pensez-vous que ce mécanisme va réellement encourager les TPME à s’implanter hors des grands pôles comme Casablanca ou Rabat ?
Anouar El Basrhiri : Il y a de fortes chances que oui, surtout pour les projets productifs. Les primes territoriales allant jusqu’à 15 % représentent un avantage financier important, et pour beaucoup de TPME cela peut faire la différence entre un projet viable et un projet abandonné. Bien sûr, Casablanca et Rabat resteront attractives, mais de plus en plus d’entrepreneurs réalisent que les coûts logistiques, immobiliers et salariaux dans ces villes deviennent un frein. Avec ce dispositif, s’installer à Béni Mellal, Ouarzazate, Guelmim ou d’autres territoires moins saturés devient une alternative crédible et économiquement intéressante. Le mécanisme n’inversera pas la tendance du jour au lendemain, mais il va clairement encourager une redistribution progressive de l’investissement.
Challenge : L’accès au crédit et la lourdeur administrative restent des obstacles historiques pour les petites structures. Les CRI disposent-ils aujourd’hui des capacités suffisantes pour accompagner efficacement les TPME et éviter que le dispositif ne profite qu’aux entreprises les mieux structurées ?
A.E.B. : Les CRI ont énormément évolué ces dernières années : digitalisation des démarches, commissions unifiées, délais de traitement des dossiers… Il y a clairement une volonté d’être plus proches des entreprises. Mais il faut être honnête, toutes les TPME ne sont pas au même niveau de structuration, et c’est là que se situe le vrai risque. Sans accompagnement, le dispositif pourrait profiter davantage aux entreprises déjà organisées. Les CRI font leur part, mais les TPME ont souvent besoin d’un appui externe pour structurer et modéliser leur projet et sans oublier aussi le rôle que les banques devraient jouer pour la réussite ou l’échec de ce dispositif. Le succès de ce dispositif dépendra de la capacité des CRI et des partenaires privés à travailler ensemble pour éviter que les petites structures soient laissées de côté.
Challenge : Au-delà de l’appui financier, ce dispositif oblige les TPME à formaliser leurs projets, recruter en CDI et renforcer leur gouvernance. Peut-on s’attendre à une transformation durable du modèle de la TPME marocaine grâce à ce cadre plus clair et plus sélectif ?
A.E.B. : Oui, à condition que les entreprises jouent le jeu. Ce dispositif pousse les TPME à travailler différemment, formaliser leurs projets, recruter en CDI, renforcer leur gouvernance, structurer leur vision financière… Ce sont des exigences qui vont dans le sens de la professionnalisation du tissu entrepreneurial marocain. Les TPME qui saisiront cette opportunité vont, à moyen terme, gagner en crédibilité, en stabilité et en capacité de financement. C’est un dispositif plus clair, plus sélectif, mais aussi plus juste. Et j’insiste encore une fois que si les banques suivent également cette dynamique, alors oui, on peut parler d’une transformation durable du modèle de la TPME au Maroc.