Société

Aïd Al-Adha : Le sacrifiant sacrifié?

La hausse des prix des moutons pour l’Aïd Al-Adha crée un dilemme pour de nombreux ménages, confrontés à des défis économiques croissants. Entre tradition religieuse et réalités financières, l’équilibre se trouve compromis.

« C’était en 2000 que j’ai acheté mon premier mouton juste après mon mariage au prix de 900 DH. En 2005, le prix est passé à 2000 DH et jusqu’à aujourd’hui je n’ai plus acheté de mouton », nous confie Hicham du haut de ses 50 ans. Simo, lui, jeune d’à peine 20 ans, nous confie que ses parents ont décidé de ne pas faire le sacrifice. Guerre, crise climatique, inflation, ces trois dernières années, la fête islamique de l’Aïd, moment de symbolisme religieux et de communion festive, est devenu un moment d’angoisse exacerbée par une situation économique précaire où le pouvoir d’achat des ménages en souffrance suscite des inquiétudes croissantes face à l’escalade des prix des moutons.

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Attachement au symbole religieux ou réalisme face à la difficulté économique ? Aujourd’hui, l’opinion publique semble partagée. Même si les élites ne sont pas restées indifférentes, avec notamment la mesure d’importation de 600 000 têtes de moutons afin de garantir un approvisionnement suffisant sur le marché, le coût élevé des moutons pour l’Aïd Al-Adha suscite un vif débat. D’un côté, certains proposent d’annuler carrément la fête pour alléger les charges économiques des familles. De l’autre, les défenseurs de cette célébration traditionnelle expriment leur indignation, considérant le sacrifice comme un pilier incontournable de leur foi. Pour ces derniers, maintenir le rite est essentiel, même en dépit des difficultés économiques.

Alors que les bêtes semblent disponibles, la question du prix des moutons reste préoccupante. La sécheresse et l’inflation font peser une menace sur les prix, qui pourraient entraîner un même scénario d’Aïd, toutes craintes confondues, comme celui de l’année dernière.

Une conjonction de crises…

« Les éleveurs marocains font face depuis quelques années à un trilemme : les séquelles de la crise du covid, la conjoncture climatique, et l’inflation des coûts de l’alimentation du bétail qui ont de facto une incidence sur le prix final », martèle l’agro-économiste et ruraliste Larbi Zagdouni. Et d’ajouter : « Aujourd’hui, la rareté de l’eau pousse aussi les éleveurs soit à se débarrasser d’une partie de leur cheptel, soit à acheter à des coûts très élevés des aliments pour bétail. Pour ceux qui n’ont pas les moyens, ils se retrouvent à faire avec, ce qui au final fait qu’on a des animaux mal nourris, qui sont du coup faibles en résistance et peuvent contracter facilement des maladies. On a donc de ce point de vue une baisse du cheptel, en plus du renchérissement des coûts ».

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De son côté, l’économiste Abdeghani Youmni a mis le doigt sur un mal plus pernicieux : « cette hausse vertigineuse ne s’explique pas seulement par l’inflation et la hausse des prix des produits alimentaires du bétail, des engrais et des hydrocarbures, il y a un surcoût caché lié à l’opportunisme et aux spéculations. Il est indéniable que le gouvernement a pris et prend des mesures pour amortir les effets de la perte du pouvoir d’achat des ménages en utilisant la manne des subventions et des dépenses fiscales en direction du secteur agricole. ».

Selon nos investigations, on a pu apprendre que le prix du mouton cette année oscille entre 3000 et 8000 DH. « Le Sardi est devenu hors de prix cette année », nous confie une de nos sources. De plus, le prix du charbon cette année a augmenté par rapport à l’année dernière. Le prix du kilogramme de charbon s’est élevé à 7 dirhams dans les marchés de gros, et coûte entre 10 et 13 dirhams le kilogramme dans les marchés populaires.

Même contexte dans le monde musulman

En Tunisie, le prix du mouton fait également grincer des dents. Ils peuvent atteindre 1 500 dinars – soit environ 440 euros – soit trois fois plus que le SMIC (salaire minimum) actuel en Tunisie. Au Sénégal, le vent de l’inflation souffle également. Selon une enquête faite par le média Seneweb, les prix cette année ont augmenté de 6 %, soit 200 000 FCFA pour un mouton moyen. En Côte d’Ivoire, le quotidien Fratmat décrit un contexte de fête où les marchandises restent très élevées. Rappelons que pour la Côte d’Ivoire, les bétails quittent soit le Mali soit le Niger pour regagner Abidjan. Ces deux pays faisant face à des crises sécuritaires et économiques, le ravitaillement en bétail vers certains pays de la sous-région sera complexe cette année.

 
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