Le gouvernement nigérian a réaffirmé l’avancement du projet de gazoduc Nigeria–Maroc (NMGP), qui représente un axe stratégique dans la diplomatie énergétique régionale et en matière d’intégration économique en Afrique de l’Ouest. On vous relate les derniers développements d’un chantier titanesque estimé à plus de 200 milliards de dirhams.
Lors d’une déclaration récente dans la presse nigériane, le ministre nigérian du Gaz, Ekperikpe Ekpo, a indiqué que le tracé de plus de 5 000 kilomètres, destiné à traverser une douzaine de pays africains, progresse selon les engagements bilatéraux entre Abuja et Rabat. Cette confirmation intervient dans un contexte international tendu, où le gaz naturel est devenu une ressource hautement stratégique, à la fois instrument de souveraineté, facteur de compétitivité économique et énergie de transition.
Estimé à près de 200 milliards de dirhams, le NMGP dépasse largement le cadre d’une infrastructure énergétique classique. Il incarne une vision panafricaine fondée sur l’intégration régionale, la coopération Sud-Sud et la projection géo-économique de l’Afrique vers l’Europe. Lancé en 2016, le GAA devrait longer la côte atlantique du continent sur 7 000 kilomètres à travers 13 pays hôtes, ce qui en ferait le plus long du monde.
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Au total, la partie offshore (en mer) s’étendait sur 5 100 kilomètres, la partie terrestre sur 1 760 kilomètres. Par son tracé, ce projet pourrait aussi permettre de raccorder le Sénégal et la Mauritanie, lesquels disposent d’un important potentiel gazier. Aujourd’hui les fonds d’investissement intéressés par le gazoduc Nigeria-Maroc (NMGP) forment un consortium stratégique mêlant institutions multilatérales et partenaires du Golfe, avec le Fonds OPEP (14,3 millions USD pour la phase FEED II), la Banque Islamique de Développement (IsDB) et la Banque Européenne d’Investissement (EIB) en tête pour financer études et construction sur les 25 milliards USD estimés.
Les Émirats Arabes Unis se positionnent comme financeur clé depuis mai 2025, rejoignant potentiellement la Chine et les États-Unis pour une diversification des risques pays via une Project Company dédiée pilotée par NNPC et ONHYM. Cette architecture mixte (40-50% multilatéral) vise à sécuriser 30 milliards de m³ de gaz/an vers l’Europe.
Les signaux américains ont été confirmés par Wale Edun, ministre nigérian des Finances. Il a révélé dans une déclaration l’intérêt concret de Washington, via la DFC et des fonds souverains alliés, pour une enveloppe de 8 milliards de dollars garantie à 70%. « Nos échanges avec les partenaires américains ont été particulièrement fructueux concernant le projet NMGP. Les États-Unis ont manifesté un intérêt concret pour investir dans cette infrastructure majeure qui transformera l’approvisionnement énergétique de toute la région ouest-africaine », a déclaré le ministre..
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Au-delà des annonces politiques, que révèle réellement l’état d’avancement du gazoduc Maroc–Nigeria sur les ambitions énergétiques africaines, et sur la capacité du continent à porter des projets structurants de long terme ?
Un projet énergétique à forte charge géopolitique
« Le Maroc, sous l’impulsion d’une volonté royale, a su mettre en place une hiérarchie claire et coordonnée pour la réalisation de ses projets économiques, notamment dans le secteur énergétique. Cette approche a permis au Maroc de mobiliser efficacement les ressources politiques, économiques, et diplomatiques nécessaires à la concrétisation de ses ambitions, comme le montre le projet du gazoduc Nigeria- Maroc. Ce projet, avançant à un rythme significatif, illustre la capacité du Maroc à lever des fonds et à attirer des investissements directs étrangers, bénéficiant d’une stabilité politique et d’une stratégie d’ouverture économique. Le financement est un aspect crucial de ces projets d’envergure », nous confie Anas Abdoun, Expert en Géopolitique et Senior Analyst chez Stratas Advisors chargé de l’Afrique et du Moyen Orient
« Le tracé du NMGP, longeant la façade atlantique ouest-africaine et traversant plus d’une dizaine de pays, traduit cette ambition d’intégration régionale. Il ne s’agit pas uniquement d’acheminer le gaz nigérian vers le marché européen, mais de créer un corridor énergétique régional, capable d’alimenter les économies locales, de soutenir l’industrialisation et de renforcer la sécurité énergétique des pays traversés », poursuit l’expert.
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Rappelons que le projet est porté conjointement par la Nigerian National Petroleum Company et l’Office National des Hydrocarbures et des Mines, avec l’appui de partenaires techniques et financiers internationaux. Les études de faisabilité et d’ingénierie ont déjà franchi plusieurs étapes. L’enjeu central réside désormais dans la structuration d’un montage financier hybride, capable d’assurer la viabilité économique du projet tout en préservant son caractère stratégique.
En effet, le projet « traduit la volonté de structurer un espace atlantique africain intégré, où l’énergie devient instrument de souveraineté autant que vecteur d’interdépendance », analyse Yasmina Asrarguis, expert en Relation internationale, avant de faire remarquer: « À ce stade, l’avancement confirmé par Abuja témoigne moins d’un simple progrès technique que d’une consolidation politique progressive d’un axe stratégique appelé à redéfinir les équilibres régionaux ».
Plusieurs modèles d’affaires seront mis en place au niveau de chaque tronçon du projet : tronçon Nigéria-Côte d’Ivoire, tronçon Sénégal-Mauritanie-Maroc lié au Gazoduc Maghreb-Europe (et par ricochet à l’Europe) et tronçon Côte d’Ivoire-Sénégal. Les études d’ingénierie détaillées, bouclées en avril 2024, confirment que l’infrastructure est techniquement réalisable et économiquement viable. Selon Africa intelligence les phases de terrassement, de pose des conduites et de tests de pression s’échelonnent entre 2026 et 2029, pour une première livraison de gaz nigérian à la frontière maroco-européenne en 2030.
Une véritable aura géostratégique
« Aujourd’hui ce projet a une véritable aura géostratégique sur le continent. Dans une Afrique où la question de l’énergie constitue un véritable défi, ce projet permettra non seulement au pays africain de dépasser les problématiques délaitage d’électricité mais aussi aura une incidence positive sur la croissance économique des Etats », expliquait l’expert en énergie Said Guemara dans l’un de nos papiers sur ce dossier.
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De son côté, Abdoun déclare : « il convient de souligner deux éléments qui mettent en lumière l’influence économique croissante du Maroc dans la région. Premièrement, le projet de gazoduc Nigeria-Maroc bénéficie d’un engouement régional et est soutenu par un certain nombre d’organisations régionales et internationales telles que la CEDEAO et l’OPEP. Cette adhésion régionale témoigne non seulement de la viabilité du projet mais aussi de l’influence du Maroc en tant que catalyseur de coopération économique ».
Et d’ajouter : « Deuxièmement, le statut avancé du Maroc auprès de l’Union européenne positionne le royaume comme un acteur clé dans le secteur énergétique régional et européen. L’intérêt et le suivi du projet par la Direction générale de l’Énergie de la Commission européenne, ainsi que le déblocage d’une somme de 300 milliards de dollars destinée à financer l’importation de gaz en dehors de la Russie, soulignent l’importance stratégique du Maroc dans la diversification des sources énergétiques de l’Europe. Le suivi du projet par Bruxelles témoigne de la confiance que l’Union européenne place dans le projet de gazoduc Nigeria-Maroc et dans la capacité du Maroc à contribuer à la sécurité énergétique européenne ».
Le gazoduc Maroc–Nigeria n’est pas seulement un projet d’infrastructure. Il est le reflet d’une Afrique qui tente de penser sa souveraineté énergétique à l’échelle continentale, en misant sur le pragmatisme, les partenariats et la vision de long terme
Projet Gazoduc Afrique Atlantique :
• Longueur du gazoduc : 6.000 kilomètres.
• Investissement total estimé : 25 milliards de dollars.
• Capacité de transport : Jusqu’à 40 milliards de mètres cubes de gaz par an.
• Revenus cumulés attendus : 500 milliards de dollars pour les pays traversés sur plusieurs décennies.
Infrastructures liées au Maroc :
• Terminal de GNL à Jorf Lasfar : Investissement de 4,5 milliards de dirhams (environ 440 millions de dollars).