Hausse de plus de 18 % des dépenses des ménages, flambée des ventes alimentaires, pression sur les prix et essor de “l’économie de la foi” : le mois de Ramadan reconfigure temporairement les équilibres économiques. Pour Youssef Guerraoui Filali, il ne s’agit pas d’un véritable moteur structurel de croissance, mais d’un pic saisonnier de consommation, souvent réalisé au détriment de l’épargne, dans un modèle culturel pleinement assumé.
Challenge : Selon les données du HCP, les dépenses des ménages augmentent de plus de 18 % pendant le Ramadan. Peut-on parler d’un véritable moteur de croissance pour l’économie marocaine ou seulement d’un pic de consommation saisonnier ?
Youssef Guerraoui Filali : ALa dépense moyenne par ménage augmente de plus de 18 %, durant le mois de Ramadan, par rapport aux autres mois de l’année. Certes, il s’agit d’une amélioration de la consommation, mais au détriment de l’épargne. On constate un gaspillage, malheureusement un gaspillage alimentaire, et bon nombre d’aliments finissent par être rejetés.
Il s’agit d’un pic de consommation, lié à l’état d’esprit du jeûne pendant le mois de Ramadan. Les ventes des produits alimentaires connaissent des hausses exponentielles, variant de 25 à 55 %, pendant le mois sacré, tels que les produits laitiers, les œufs, les sucreries, entre autres.
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Challenge : La flambée des prix alimentaires relève-t-elle d’un simple jeu de l’offre et de la demande ou révèle-t-elle des phénomènes de spéculation préoccupants ?
Y.G.F : La flambée des prix alimentaires est liée à plusieurs facteurs. D’une part, il s’agit de la disponibilité des articles sur les marchés locaux, de telle manière à réaliser un équilibre économique entre l’offre et la demande sur un marché donné. Cependant, il est question de maintenir la production à un certain niveau afin d’approvisionner à temps les marchés.
D’autre part, les contrôles des prix doivent s’opérer à la source, depuis le producteur jusqu’aux transporteurs, tout en limitant les intermédiations qui sont responsables des spéculations.
Challenge : Entre Omra, transferts de la diaspora et boom du secteur du voyage, quel est l’impact réel de cette “économie de la foi” sur les devises et la balance commerciale du Maroc ?
Y.G.F : Ces événements engendrent l’augmentation des dépenses de voyage. En revanche, l’impact sur les devises n’est pas très significatif puisque la sortie de devises n’est pas libellée en euros ou en dollars. Ces dépenses n’impactent véritablement pas la balance commerciale des biens, à l’exception des achats annexes (cadeaux, produits importés…).
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Comme estimation, ladite économie de la foi peut avoisiner les 3 milliards de dirhams de valeur, ce qui reste peu significatif en termes macroéconomiques, au moment où l’on a des transferts des MRE qui dépassent aujourd’hui les 100 milliards de dirhams.
Challenge : Comment expliquer la coexistence entre spiritualité et hyperconsommation : paradoxe culturel ou modèle économique assumé ?
Y.G.F : Selon moi, il s’agit d’un modèle économique assumé et reflété dans la culture du ménage marocain. On dépense plus pendant le mois de Ramadan et on épargne, pour la catégorie des personnes âgées, afin de faire l’Omra ou le pèlerinage, considérés comme un investissement spirituel et religieux.
Pour le pays réceptionnaire, l’Arabie saoudite, c’est toute une branche de l’économie, puisqu’il s’agit de solides recettes touristiques avoisinant les 175 milliards de dollars pour une année civile.