Alors que le Maroc amorce la phase décisive du déploiement de la 5G, cette nouvelle génération de connectivité soulève de nombreuses questions : modèle économique, écosystèmes impactés, mutation industrielle et opportunités pour les entreprises. L’Expert en télécoms Khalid Ziani décrypte les transformations à venir et les conditions d’un véritable basculement vers l’économie numérique 5G.
Challenge : En quoi la 5G transforme-t-elle le modèle de revenus des opérateurs télécoms ?
Khalid Ziani : La 5G transforme réellement le modèle de revenus, car elle touche à l’ensemble des offres actuelles. Les formules prépayées, avec des recharges de 30 gigas et des durées limitées, vont devoir évoluer. Avec l’augmentation des débits, la consommation de données va exploser, et les forfaits actuels deviendront rapidement insuffisants. L’utilisateur pourrait se sentir floué, ce qui oblige les opérateurs à repenser leurs offres.
Mais le véritable changement viendra des nouveaux services permis par la 5G, notamment dans l’Internet des objets (IoT). C’est une formidable opportunité pour les opérateurs marocains, qui pourront proposer des services connectés pour des capteurs, compteurs intelligents, véhicules autonomes, etc. Cela impliquera un modèle de revenus centré sur la data consommée, et non plus sur les abonnements classiques. Les opérateurs marocains devront donc inventer de nouveaux modèles de tarification.
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Challenge : Dans quels écosystèmes technologiques son impact se fera-t-il sentir en premier ?
La 5G bénéficiera en priorité à l’Internet des objets (IoT), grâce à sa faible latence et à son débit très élevé. Elle permettra à une multitude d’objets connectés de communiquer efficacement : terminaux de paiement, véhicules autonomes, compteurs d’eau et d’électricité, capteurs météorologiques, ou encore capteurs de circulation. Tous ces objets pourront échanger des données en temps réel grâce à la 5G.
En revanche, l’impact sur le cloud sera limité. La vraie révolution du cloud repose davantage sur le déploiement de la fibre optique et sur l’émergence d’opérateurs d’infrastructure neutres, capables de connecter les datacenters à des coûts compétitifs. La 5G n’aura donc qu’un impact marginal sur le cloud, essentiellement pour la résilience et le backup.
Challenge : Comment la 5G peut-elle accélérer l’industrie 4.0 au Maroc ?
La 5G est parfaitement adaptée aux besoins de l’industrie 4.0, puisqu’elle assure une connectivité à très haut débit et à très faible latence pour les capteurs installés sur les chaînes de production. Cela permet une communication instantanée et précise, essentielle dans les usines intelligentes, la robotique, la maintenance prédictive ou même la télémédecine et les opérations à distance.
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La technologie 5G permet à chaque objet connecté de n’utiliser la bande passante que pour ses besoins réels, optimisant ainsi la consommation d’énergie et la gestion du réseau. C’est donc une technologie à la fois performante et économe, au service de la productivité industrielle.
Challenge : Sous quelles conditions la 5G peut-elle réellement améliorer la productivité des entreprises et des administrations ?
La 5G est un levier majeur d’amélioration de la productivité, comme toutes les grandes innovations télécoms. Mais sa particularité réside dans son très haut débit et sa faible latence, qui ouvrent la voie à l’automatisation, à l’innovation et à la création de nouveaux services.
Les entreprises pourront renforcer leur efficacité, améliorer la qualité de service, et même repenser leur relation client. Quant aux administrations, elles pourront utiliser la 5G pour des services d’alerte ou de sécurité, par exemple en générant des notifications instantanées sur tous les mobiles connectés dans une zone donnée. C’est une véritable révolution dans la gestion publique et les services d’urgence.
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Challenge : Dans quels secteurs les effets de la 5G apparaîtront-ils le plus rapidement ?
Nous n’en sommes qu’au début du déploiement, avec une 5G dite non-standalone c’est-à-dire reposant encore partiellement sur les infrastructures 4G. Il faudra attendre la bascule vers une 5G standalone, totalement indépendante, pour en percevoir tout le potentiel.
À ce moment-là, les débits atteindront jusqu’à 2 gigabits par seconde, permettant le développement d’applications dans la santé connectée, les villes intelligentes, l’agriculture de précision, la logistique ou encore les transports connectés. Mais cela nécessite que les opérateurs adaptent complètement le cœur de leurs réseaux. Les premiers effets se feront donc sentir dans les secteurs où la connectivité est déjà au cœur des opérations, avant de s’étendre à l’ensemble de l’économie.
Son parcours
Khalid Ziani est un expert reconnu du secteur des télécommunications, avec plus de vingt ans d’expérience dans les technologies mobiles et les infrastructures réseaux. Il s’est spécialisé dans la transformation digitale et l’innovation technologique. Consultant indépendant et conférencier, il accompagne aujourd’hui plusieurs entreprises et institutions dans la conception de stratégies liées à la 5G, à l’Internet des objets et à la transformation numérique.
Son actu
Le Maroc amorce une nouvelle phase du déploiement progressif de la 5G, actuellement mené par les trois opérateurs nationaux sous la supervision de l’ANRT. Les premières zones pilotes sont déjà opérationnelles dans certaines grandes villes, en attendant la généralisation du réseau et la mise en service de la 5G standalone.