Dans un continent porté par une croissance globalement soutenue, mais traversé par des divergences de plus en plus marquées entre économies à faible risque et zones à forte vulnérabilité, la sélectivité géographique et sectorielle ne relève plus du choix stratégique, mais elle s’impose désormais comme la condition même de la performance et de la réussite économique en Afrique.
Dans son Country Risk Atlas 2026, Allianz Trade a mis en perspective le risque de non-paiement pour les entreprises dans 83 pays, dont 13 économies africaines clés. Dans cet article, nous mettons la lumière sur les économies les plus en vue sur le continent. 10 économies à savoir l’Algérie, la Côte d’Ivoire, l’Egypte, le Ghana, le Kenya, le Maroc, le Nigeria, le Sénégal, l’Afrique du Sud et la Tunisie. Si l’année 2025 a vu une amélioration globale des risques-pays mondial, l’Afrique quant à elle présente des contrastes remarquables: du Maroc solide (B1) à la Tunisie fragile (D4), en passant par le Sénégal miné par une dette cachée, analysons les dynamiques à l’œuvre.
Dans l’édition 2026 du Country Risk Atlas ; Allianz Trade analyse les dynamiques de risque dans 83 pays représentant près de 94 % du PIB mondial. À travers une méthodologie combinant indicateurs macroéconomiques, financiers, politiques et structurels, le rapport dresse une cartographie fine des risques de non-paiement auxquels sont exposées les entreprises sur un horizon de 12 à 24 mois. Pour l’Afrique, le diagnostic est nuancé.
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Si plusieurs économies ont bénéficié en 2025 d’un environnement macroéconomique plus favorable — détente monétaire, amélioration des termes de l’échange, stabilisation relative des devises — ces progrès demeurent fragiles et souvent insuffisants pour entraîner une amélioration du rating global. Le continent reste ainsi caractérisé par une coexistence de pôles de résilience et de poches de vulnérabilité aiguë, où les risques politiques, budgétaires et de gouvernance continuent de peser lourdement sur les perspectives à moyen terme.
Dans ce paysage contrasté, quatre grandes économies concentrent particulièrement l’attention des investisseurs et des analystes : le Maroc, l’Afrique du Sud, l’Égypte et le Nigeria. À elles seules, elles incarnent les lignes de fracture de l’Afrique économique de 2026 : potentiel de croissance, poids démographique, rôle géopolitique, mais aussi vulnérabilités structurelles persistantes.
Une Afrique à deux vitesses : entre amélioration conjoncturelle et fragilités structurelles
Le principal enseignement du Country Risk Atlas 2026 est clair : l’amélioration observée en 2025 masque des risques de fond toujours élevés. À court terme, plusieurs économies africaines ont bénéficié d’un reflux de l’inflation, d’un assouplissement des conditions financières et, pour les pays exportateurs de matières premières, de recettes encore confortables. Ces facteurs ont permis de réduire certaines tensions immédiates, notamment en matière de liquidité et de financement externe.
Cependant, à moyen terme, les vulnérabilités demeurent. La dette publique reste élevée dans de nombreux pays, les marges budgétaires sont étroites et la capacité à absorber de nouveaux chocs — qu’ils soient climatiques, géopolitiques ou financiers — reste limitée. Allianz Trade souligne en particulier la persistance des risques liés à l’environnement des affaires : gouvernance, sécurité juridique, efficacité administrative et prévisibilité réglementaire continuent de constituer des freins majeurs à l’investissement privé.
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Dans ce contexte, le Maroc se distingue par un profil de risque relativement maîtrisé. L’économie marocaine bénéficie d’une diversification sectorielle plus avancée que nombre de ses pairs africains, d’une intégration commerciale croissante avec l’Europe et d’une politique macroéconomique globalement prudente. Les investissements dans les infrastructures, l’industrie automobile, l’aéronautique et, plus récemment, les énergies renouvelables renforcent la capacité du pays à attirer des capitaux à long terme.
Néanmoins, Allianz Trade pointe des risques persistants, notamment liés à la contrainte hydrique, à la dépendance énergétique partielle et aux pressions sociales dans un contexte de pouvoir d’achat sous tension. Le Maroc illustre ainsi un cas de résilience conditionnelle : solide à court terme, mais dépendante de la poursuite des réformes structurelles et de la capacité à renforcer la productivité et l’inclusion sociale. L’Afrique du Sud quant à elle, conserve un poids systémique majeur sur le continent, mais son profil de risque demeure élevé. Faible croissance, chômage structurel massif, tensions sociales récurrentes et fragilités du secteur public — notamment dans l’énergie et les transports — continuent de peser sur les perspectives.
Si le cadre institutionnel reste relativement robuste comparé à d’autres économies africaines, Allianz Trade alerte sur l’érosion progressive de la capacité de l’État à soutenir l’activité et à restaurer la confiance des investisseurs. Dans ce contexte, le risque de non-paiement pour les entreprises reste significatif, en particulier dans les secteurs exposés à la demande intérieure et aux infrastructures défaillantes. L’Afrique du Sud incarne ainsi une économie à fort potentiel, mais freinée par des blocages structurels profonds.
L’Égypte et le Nigeria partagent un point commun : leur taille et leur rôle géopolitique en font des économies incontournables, mais aussi particulièrement exposées aux déséquilibres macroéconomiques. En Égypte, les efforts de stabilisation — réformes monétaires, ajustements budgétaires, soutien des partenaires internationaux — ont permis d’éviter une crise aiguë. Toutefois, le niveau d’endettement, la dépendance aux financements extérieurs et la pression démographique maintiennent un niveau de risque élevé à moyen terme.
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Au Nigeria, première économie et premier producteur de pétrole du continent, les réformes du taux de change et la fin progressive des subventions énergétiques constituent des signaux positifs. Mais Allianz Trade souligne la persistance de risques financiers et politiques importants, liés à la volatilité des recettes pétrolières, à l’inflation et à un environnement sécuritaire dégradé dans plusieurs régions.
Vers un nouveau paradigme de décision pour les entreprises
Au-delà des cas nationaux, le message central du Country Risk Atlas 2026 est sans ambiguïté : l’Afrique ne peut plus être abordée comme un bloc homogène. Pour les entreprises, investisseurs et assureurs-crédit, la gestion du risque doit devenir plus granulaire, plus dynamique et résolument prospective. La sélectivité géographique — choix des marchés, des régions, voire des villes — et la sélectivité sectorielle — identification des activités les plus résilientes — sont désormais indispensables. Dans un environnement marqué par l’incertitude géopolitique, la fragmentation du commerce mondial et la montée des risques climatiques, la capacité à anticiper les points de rupture devient un avantage compétitif déterminant.
L’édition 2026 du classement d’Allianz Trade confirme que l’Afrique reste un continent d’opportunités, mais à condition d’en maîtriser finement les risques. Plus que jamais, la réussite économique en Afrique repose sur une lecture lucide des vulnérabilités, une allocation sélective du capital et une compréhension approfondie des trajectoires nationales.
Vulnérabilités et atouts par pays
| Pays | Note risque (2026) | Vulnérabilités structurelles | Atouts clés |
| Maroc | B1 (Low) | Chômage jeunes 35%, vulnérabilité climatique ; dette ~65% PIB | Hub industriel UE (500k véhicules exportés), phosphates (+20%), inflation 1%, réserves records |
| Afrique du Sud | B3 (Medium) | Inégalités extrêmes, violence sociale, chocs commerciaux (tarifs US) | Hub logistique (+328% trafic), réformes structurelles, croissance robuste |
| Égypte | D3 (Sensitive) | Dette 97% PIB, inflation 10.5%, chômage jeunes élevé | Croissance 4.7%, soutiens FMI/Qatar, désinflation en cours |
| Nigeria | C3 (Sensitive) | Dépendance pétrole 90%, inflation 12.9%, insécurité Nord-Est | Croissance 3.7%, raffinerie Dangote, marché 232M habitants |
Source / Allianz Trade