La transition énergétique ne peut plus être pensée comme une simple addition de capacités installées. Elle ne se résume ni à des objectifs de production, ni à des calendriers de mise en service, ni même à l’ampleur des investissements engagés. Elle pose désormais une question plus structurante pour le Maroc. Comment faire de cette transformation un véritable levier industriel, capable de produire de la valeur localement, de consolider des savoir-faire nationaux et de renforcer durablement notre souveraineté énergétique.
C’est précisément ce que révèle le programme Noor Atlas. Avec six centrales solaires photovoltaïques totalisant 305 MW, réparties entre Aïn Béni Mathar, Boudnib, Bouanane, Enjil, Tata et Tan-Tan, ce projet marque une nouvelle étape dans la concrétisation de la stratégie énergétique du Royaume. Porté par Masen en partenariat avec l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE), il répond à plusieurs impératifs à la fois. Renforcer la production d’électricité renouvelable, améliorer la qualité de l’alimentation électrique dans plusieurs régions du pays et contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. La mise en service progressive des différentes centrales à partir de 2027 donnera une traduction concrète à cette ambition.
Mais l’importance de Noor Atlas dépasse largement sa seule dimension énergétique. Ce programme nous rappelle qu’une transition réussie ne se mesure pas seulement à l’énergie injectée dans le réseau. Elle se mesure aussi à ce que le pays est capable de concevoir, fabriquer, intégrer, raccorder et maintenir par lui-même. C’est à ce niveau que se joue aujourd’hui une part essentielle de la compétitivité future du Maroc.
Depuis plusieurs années, le Royaume a démontré sa capacité à porter une vision claire et cohérente dans le domaine des énergies renouvelables. À travers des objectifs ambitieux – atteindre plus de 52 % de capacités électriques installées d’origine renouvelable à horizon 2030 – et des projets structurants, le Maroc s’est positionné comme un acteur de référence à l’échelle régionale.
Cette trajectoire renforce également son attractivité auprès des investisseurs internationaux, dans un contexte où la disponibilité d’une énergie compétitive et bas carbone devient un critère déterminant d’implantation industrielle. À mesure que les exigences de décarbonation s’intensifient ; notamment avec l’entrée en vigueur de mécanismes comme le CBAM en Europe ; la capacité à proposer une énergie décarbonée, fiable et accessible devient un véritable levier de compétitivité.
La phase qui s’ouvre appelle désormais un approfondissement. Il ne s’agit plus seulement de déployer des infrastructures, mais de densifier autour d’elles un véritable tissu industriel.

Cette exigence est au cœur de la logique d’intégration industrielle. Derrière cette expression, il y a une réalité très concrète : celle d’un écosystème structuré, dans lequel interagissent industriels, développeurs de projets, entreprises d’ingénierie, EPC, équipementiers, acteurs du raccordement, opérateurs de réseaux, ainsi que les métiers de l’exploitation et de la maintenance.
Ensemble, ces acteurs participent à la construction d’une chaîne de valeur nationale cohérente et intégrée. C’est cette chaîne qui permet de maximiser les retombées économiques des investissements énergétiques, de créer des emplois qualifiés et d’ancrer durablement des compétences technologiques décisives sur le territoire.
Dans cette dynamique, les dispositifs de coopération sectorielle jouent un rôle déterminant. Le Cluster ENR, en fédérant entreprises, institutions et acteurs de l’innovation autour de projets structurants, contribue à renforcer les synergies entre les différentes composantes de la filière. Cette articulation entre vision publique, porteurs de projets, industriels et centres d’expertise devient essentielle pour faire émerger au Maroc une filière des énergies renouvelables non seulement active, mais robuste, compétitive et durable.
C’est dans ce cadre que la participation d’entreprises implantées industriellement au Maroc prend tout son sens. Aux côtés de ses partenaires, Nexans Maroc a été retenu dans le cadre du projet Noor Atlas, contribuant à la fourniture de câbles et de solutions de transformateurs de puissance destinées au réseau de collecte et d’évacuation de l’énergie produite.
Au-delà de la performance technique, cette contribution illustre la capacité d’un écosystème industriel local à répondre aux standards élevés exigés par des infrastructures énergétiques stratégiques, dans une logique de collaboration et de complémentarité entre acteurs.
Cette capacité est fondamentale. Elle montre que la transition énergétique marocaine peut devenir un moteur de contenu local et non un simple débouché pour des équipements importés. Le fait que les solutions déployées dans le cadre de Noor Atlas soient annoncées comme entièrement produites au Maroc par des équipes marocaines est, à cet égard, un signal important. Il traduit une montée en puissance industrielle qui doit être encouragée, consolidée et étendue à l’ensemble de la chaîne de valeur.
Car le véritable enjeu est là. Chaque projet énergétique doit être pensé non seulement pour ce qu’il produit en mégawatts, mais aussi pour ce qu’il laisse en héritage économique. De nouvelles compétences. De nouveaux métiers. Des capacités industrielles renforcées. Une meilleure maîtrise technique. Une plus grande résilience du pays face aux mutations énergétiques mondiales.
Le Maroc a aujourd’hui l’opportunité de franchir un cap. Celui qui consiste à faire converger ambition climatique, politique industrielle et création de valeur locale. Noor Atlas illustre cette possibilité avec force. En liant développement des énergies renouvelables, aménagement territorial, mobilisation des compétences nationales et implication de l’industrie locale, ce programme dessine une voie exigeante mais cohérente.
La transition énergétique n’aura de pleine portée que si elle devient aussi une transition industrielle. C’est à cette condition qu’elle pourra produire des effets durables sur l’économie nationale. C’est à cette condition également qu’elle renforcera réellement la souveraineté énergétique du Royaume. Le Maroc a déjà montré qu’il pouvait être un pays de vision et d’exécution. Il lui revient désormais de prouver qu’il peut aussi être un pays de profondeur industrielle.