Entre équilibre économique des officines et droit des citoyens à un accès régulier et bon marché aux médicaments, le bras de fer entre pharmaciens et l’exécutif va crescendo. Quand les premiers arguent d’une réforme qui met en péril l’avenir des pharmacies, le gouvernement défend son droit à protéger les citoyens contre des prix du médicament jugés trop excessifs. A l’heure où le gouvernement met sous pression également les laboratoires pharmaceutiques, les négociations avec ces derniers et les autorités Marocaines s’annoncent particulièrement ardues.
«L’enfer des prix du médicament, c’est les autres», les pharmaciens et le ministère de tutelle se renvoient la balle dans ce qu’il est convenu d’appeler la crise du médicament au Maroc. Alors que les réseaux sociaux bruissent (à tort ou à raison, c’est selon le type de traitements) de médicaments hors de prix, dont certains sont commercialisés à moitié prix voire même plus, dans d’autres pays, les pharmaciens se défendent de gagner des marges indécentes face à un gouvernement finalisant son projet de décret. Dans ce bras de fer, la réponse de la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc (CSPM), a instauré des premières actions de lutte consistant dans le port d’un brassard noir par tous les pharmaciens du pays, du 18 août au 9 septembre 2025, date à laquelle devait être instauré un sit-in national devant le siège du ministère de la Santé à Rabat.
Dans leur défense, les pharmaciens craignent que ce décret «n’accentue la vulnérabilité des pharmacies en instaurant de nouveaux tarifs sans proposer de mesures d’accompagnement, une situation qui pourrait perturber l’équilibre économique des officines et entraîner des fermetures massives.
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De son côté, le gouvernement qui compte bien proposer en débat, ce nouveau projet de décret visant à revoir le système de tarification des médicaments au Maroc au premier Conseil de gouvernement qui marquera la rentrée politique, ne comprend pas pourquoi cette fièvre a subitement flambé alors que le texte, a fait l’objet de discussions intenses avec les professionnels du secteur.
Or, ce décret dont l’objectif fort louable d’alléger la facture pour les citoyens, de renforcer la production locale et de mieux organiser la distribution, a fini par provoquer un front de refus des professionnels qui ont dit «oui» du bout des lèvres à une réforme qui a déjà fait couler beaucoup d’encre depuis les fameuses sorties de Fouzi Lekjaa, qui n’avait pas hésité à plusieurs reprises de qualifier le coût des médicaments de «trop élevé» évoquant au passage la nécessité d’une réforme urgente du secteur.
Sur le terrain, le ministère de la Santé avait bien pris soin dès le début, de mettre au parfum les professionnels du secteur à travers une série de rencontres, « cherchant un consensus sur un nouveau décret qui permettra, une fois adopté, une baisse significative des prix des médicaments, tout en assurant un équilibre entre la protection du consommateur et la promotion de la production locale, » comme l’avait précisé le 21 Juillet dernier Amine Tahraoui.
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Le ministre de la Santé et de la Protection sociale, qui s’adressait aux députés de la première Chambre avait précisé que son département a mené ce chantier dans le cadre d’une approche participative élargie, avec plus de 30 réunions avec les acteurs concernés, notamment les fédérations industrielles, les représentants des pharmaciens et des assurances, ajoutant que ce nouveau modèle repose sur des principes innovants portant notamment sur la réduction des délais de révision des prix, la mise en œuvre progressive de la réforme pour garantir la stabilité, la préservation des médicaments à bas prix et la promotion de la production locale.
Le responsable gouvernemental avait souligné au passage, que le gouvernement a fait de la réforme du système de tarification des médicaments un choix souverain et responsable, dépassant l’aspect technique pour intégrer une dimension socio-économique profonde, visant à renforcer le pouvoir d’achat des citoyens, garantir l’équité dans l’accès aux médicaments et encourager l’investissement national dans ce secteur stratégique.
De l’autre côté, même si on ne veut pas fermer la porte à une réforme du secteur, les professionnels du médicament freinent des quatre fers, évoquant une législation obsolète, une fiscalité lourde et une production locale pieds et poings liés par les génériques, alors que la majorité des médicaments innovants et coûteux échappent au contrôle puisqu’ils sont fabriqués soit sous sous brevet, soit importés au prix fixé par les laboratoires étrangers. Ils plaident également pour une remise en question des modèles de fixation des prix des médicaments qui sont fixés par l’État, en consultation avec plusieurs instances, dont le ministère de la Santé, l’Agence nationale de l’assurance-maladie (ANAM), et le ministère des Finances.
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En tout état de cause, si la fièvre couvait, elle repart de plus belle et les pharmaciens ne se priveront pas d’exprimer leur colère malgré plusieurs mois de discussions entre les syndicats de pharmaciens et les autorités sur la baisse de certains médicaments.