Ce n’est pas un hasard si la dernière rencontre sur le Sahara Occidental (SO), appellation géographique, a eu lieu à Madrid, les 8 et 9 février. Car c’est là, en 1975, un 14 novembre, quelques jours après la Marche Verte, que les conditions de retrait de l’Espagne, Etat occupant, ont été établies. Réponse naturelle à une marche pacifique d’un peuple collectivement conscient de son histoire et convaincu du devoir national et patriotique de poursuive le processus de décolonisation.
C’est presque un «retour à la case départ». Comme pour dire à toutes et à tous que le Maghreb a perdu plus de 50 ans qui auraient dû être consacrés à la construction d’une fraternité maghrébine, comme réponse et suite logique aux sacrifices des mouvements de libération nationale en Afrique du Nord. La récente rencontre de Madrid, les 8 et 9 février, où les Etats Unis d’Amérique (EUA) ont joué un rôle important, a permis de réunir toutes les parties concernées : Maroc, Algérie, Front Polisario et Mauritanie. L’objectif de cette rencontre a été bien défini : se mettre d’accord sur «une solution politique définitive et mutuellement acceptable», conformément à la résolution 2797, adoptée par le Conseil de Sécurité (CS) de l’ONU, le 31 octobre 2025. «L’Initiative» présentée par le Maroc en 2007 a été enrichie par des propositions pratiques et détaillées.
Ainsi, les EUA ont joué un «rôle facilitateur» dans ce «dossier poussiéreux». La rencontre constitue aussi un moment décisif où la résolution définitive du différend entre dans une phase technique et pratique. Le «comité technique», qui devra être constitué d’experts juridiques, est appelé à définir les «modalités concrètes d’application», base d’une feuille de route (FR) pouvant être intitulée d’ores et déjà «Madrid 2026», honorant ainsi en particulier les EUA et l’Espagne. Cette FR, une fois adoptée au mois de mai prochain, les mois suivants devront permettre d’évoluer sereinement vers une mouture finale qui sera adoptée au mois de novembre prochain par le CS de l’ONU. Ce qui devrait permettre aussi de mettre fin à une longue parenthèse qui a duré plus d’un demi siècle, et d’entamer la construction d’un nouvel avenir régional, sans complexe et sans aucune séquelle. C’est tout à fait possible, car l’histoire, même si elle n’est pas linéaire, a toujours le dernier mot.
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Dans les années 1970, le contexte mondial était celui de la «guerre froide». La question nationale du Sahara Marocain a été fortement exposée à un piège viral où le patriotisme marocain a été perçu, à tort, au niveau international, comme une réaction chauviniste. Des erreurs ont été commises de part et d’autre dès le lendemain de l’indépendance partielle du Maroc, en 1955, avec notamment le massacre du mouvement de libération nationale au Sud, dans ce qui est appelé «Opération Ecouvillon». La plupart des peuples dans les Etats libérés de l’emprise coloniale directe, faisaient face à une «confiscation de l’indépendance», acquise souvent avec de grands sacrifices. Le néocolonialisme a vidé le projet de libération nationale de sa substance première et réelle que sont les droits politiques, civils, économiques et sociaux.
Après 1975, l’engrenage du Sahara va durer plus d’un demi siècle. Le Maroc a fait un grand pas en avant en 2007, à travers «l’Initiative marocaine pour la négociation d’un statut d’autonomie de la région du Sahara», dans le cadre de la souveraineté du Royaume, de son intégrité territoriale et de son unité nationale. Cette initiative a été nourrie par la sagesse et une volonté constructive de paix, imprégnée de compromis et de pragmatisme. Sans attendre la réponse, le Maroc a entamé un développement prioritaire des régions du Sud, prouvant ainsi, par des actes concrets, que les richesses de ces régions sont avant tout à la disposition des populations de ces mêmes régions. C’est le contenu même du principe d’autodétermination des peuples qui a été mis en œuvre. Reste la formalisation politique de cette réalité patiemment construite.
Le point 3 de «l’Initiative» est d’ailleurs explicite : «Cette initiative s’inscrit dans le cadre de l’édification d’une société démocratique et moderne, fondée sur l’Etat de droit, les libertés individuelles et collectives et le développement économique et social. Comme telle, elle apporte la promesse d’un avenir meilleur pour les populations de la région, met fin à la séparation et à l’exil, et favorise la réconciliation». Le point 5 de «l’Initiative» prévoit à son tour que «les populations du Sahara géreront elles-mêmes et démocratiquement leurs affaires à travers des organes législatif, exécutif et judiciaire, dotés de compétences exclusives. Elles disposeront des ressources financières nécessaires au développement de la région dans tous les domaines et participeront, de manière active, à la vie économique, sociale et culturelle du Royaume».
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Alors que le point 6 précise que «l’Etat conservera ses compétences dans les domaines régaliens, en particulier la défense, les relations extérieures et les attributions constitutionnelles et religieuses du Souverain» (…). D’ailleurs, il faut souligner qu’il s’agit là d’un processus qui s’intègre dans un cadre national beaucoup plus large qui est celui de la «Régionalisation avancée», avec quelques spécificités pour les régions du Sud du Royaume. Après un patient et long travail diplomatique de fond, le Maroc a pu convaincre une grande partie de la communauté internationale du caractère juste de la cause nationale marocaine et de la proposition réaliste de paix formulée dans «l’Initiative».
A la fin du mois d’octobre 2025, soit presque 50 ans après l’accord de Madrid de 1975, le CS de l’ONU a reconnu cette Initiative en tant que solution réaliste et possible pour mettre définitivement fin à un différend artificiel et à une situation conflictuelle et énormément coûteuse pour l’ensemble des peuples de la région. En réalité, cette proposition du Maroc ne peut être qu’encouragée, compte tenu de nombreux conflits qui perdurent autour de la Méditerranée et en Afrique, voire en Europe, notamment en Ukraine et en Palestine qui connait un processus génocidaire continu depuis plusieurs décennies. C’est aussi le cas de la Libye, Etat affaibli et divisé, risquant un éclatement, du Soudan, divisé en deux Etats, et connaissant actuellement une guerre civile dévastatrice (…).
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Régler définitivement et irréversiblement le conflit du Sahara Occidental devrait permettre dans le contexte mondial actuel, non seulement d’entamer l’instauration d’une paix durable en Afrique du Nord et au Sud de la Méditerranée, mais aussi de redonner de l’espoir et un nouveau souffle au droit international, surtout à l’instance onusienne, profondément affaiblie au cours des dernières années. Dans tout conflit armé, il n’y a ni vainqueurs ni vaincus. Il ne peut y avoir que des séquelles négatives qui alimentent tôt ou tard de nouveaux conflits. La paix réelle se nourrit de la justice et de la sagesse. Le Maghreb a surtout besoin de tourner définitivement cette page mal écrite, pour entamer un nouvel avenir prospère où les peuples sont les vrais acteurs et maitres de leur destin.
Sahara : la force première de la cause nationale
La question du Sahara concerne en premier lieu l’ensemble des marocains, sans aucune exception. C’est une question nationale. Certes, le Maroc est un Etat-membre de la communauté internationale et, à travers la diplomatie, son principal objectif est de convaincre les autres Etats du caractère juste de sa cause. Néanmoins, sa force première réside dans le peuple marocain qui a été, est et sera le premier à consentir, de manière continue, des sacrifices aussi bien financiers qu’humains, à travers plusieurs générations de jeunes soldats mobilisés 24 h sur 24 pour défendre la patrie. Aussi, aujourd’hui, la transparence des médias nationaux publics est une exigence minimale. La dernière rencontre de Madrid a été quasi-totalement absente dans les médias publics financés par le contribuable marocain. Une anomalie incompréhensible, à un moment où les intempéries et les inondations ont été vécues en direct par tous les marocains, grâce à ces mêmes médias qui ont su faire preuve de professionnalisme. Le « silence officiel » dans les médias politiques est-il un choix politique ? Les marocains sont obligés de s’informer auprès des médias étatsuniens ou espagnols pour suivre de manière détaillée et précise cette affaire qui les concerne directement. Ils se connectent aussi aux réseaux sociaux, avec un risque élevé de manipulation et de désinformation. Aussi, sur ce dossier, la transparence médiatique est contournable. Elle est même stratégique dans l’optique d’une mobilisation nationale, en cas d’obstacles ou de difficultés. Par ailleurs, le rôle de certains « facilitateurs », tels que les EUA, tout en reconnaissant leur importance, devrait être relativisé. L’Espagne est concernée dans la mesure où elle a été un Etat colonisateur de cette région du Sahara Occidental. Elle est aussi concernée par la paix au sud de la Méditerranée, compte tenu de sa proximité. Ce n’est pas le cas des EUA qui n’agissent que par intérêt. Prudence et vigilance sont donc nécessaires.