Alors que Uber prépare son retour au Maroc, le leader mondial des VTC réduit sa présence dans d’autres régions. Le 25 septembre 2025 dernier, Uber a officiellement mis fin à ses activités en Côte d’Ivoire, marquant la fin d’une aventure lancée en 2019.
Lorsque Uber débarque à Abidjan, le groupe californien nourrit une ambition claire : s’imposer comme acteur majeur du transport urbain dans une capitale africaine en pleine expansion, vitrine de l’Afrique de l’Ouest francophone.
Avec son image de mastodonte du secteur, sa puissance financière et sa technologie éprouvée sur plusieurs continents, Uber partait avec une longueur d’avance. Mais six ans plus tard, la plateforme annonce son retrait du marché ivoirien, une décision qui surprend par son caractère radical et qui marque l’échec d’un modèle face à un concurrent rusé et agile : Yango.
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Ce départ ne relève pas d’un simple choix stratégique de portefeuille. Il révèle les difficultés structurelles d’Uber à comprendre la dynamique des marchés africains et à s’y adapter. En Côte d’Ivoire, où l’économie urbaine informelle cohabite avec des ambitions de modernisation, le succès ne se mesure pas seulement en termes de technologie, mais dans la capacité à s’ancrer dans l’écosystème local, à maîtriser la régulation et à s’aligner sur les réalités économiques des consommateurs et des chauffeurs. À ce jeu, Yango, filiale du russe Yandex, a su transformer ses handicaps en avantages, occupant rapidement le vide laissé par le géant américain.
Un marché ivoirien exigeant
La Côte d’Ivoire, locomotive économique de l’UEMOA, affiche une croissance robuste et une urbanisation rapide. Abidjan, avec ses 6 millions d’habitants, offre un terrain propice aux services de mobilité numérique. Mais ce marché est aussi exigeant : pouvoir d’achat contraint, concurrence des taxis traditionnels, forte sensibilité aux prix et exigences réglementaires strictes.
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Uber a péché par une stratégie trop standardisée. Le groupe a appliqué ses modèles tarifaires internationaux sans les ajuster à la réalité ivoirienne. Ses coûts opérationnels — rémunération des chauffeurs, maintenance de la flotte, exigences technologiques — ont fini par peser face à un consommateur local attentif au moindre franc CFA dépensé. Yango, à l’inverse, a misé sur une politique tarifaire agressive, une flexibilité accrue et une meilleure intégration dans l’écosystème réglementaire ivoirien, allant jusqu’à travailler main dans la main avec les autorités pour l’homologation des véhicules et la formation des chauffeurs.
La sortie d’Uber redistribue les cartes. D’un côté, elle renforce la position de Yango et d’autres concurrents comme Heetch, qui deviennent des quasi-monopoles de fait, capables d’imposer leurs conditions aux chauffeurs comme aux clients. De l’autre, elle pose la question de l’attractivité du marché ivoirien pour les grandes plateformes internationales. Si Uber, avec sa puissance financière et sa marque, échoue, quel signal cela envoie-t-il aux autres acteurs mondiaux de la tech ?